« Les règles sont simples. La recommandation générale, c’est qu’il n’y ait pas de manifestation dans les jours à venir […] Quand les demandes faites par des gens qui n’ont aucune légitimité pour cela, les manifestations seront interdites par les préfets. Parce que ce n’est pas le moment. Nous voulons le retour au calme. » Il suffit de lire attentivement la déclaration faite par Emmanuel Macron ce jeudi pour percevoir le réflexe autoritaire qui saisit le pouvoir, cinq jours après une importante journée de mobilisation sociale aux airs d’insurrection et à la veille de nouvelles manifestations ce samedi. Conseil de défense, déploiement de forces militaires et anti-terroristes, couvre-feux et interdictions de se rassembler, potentielles coupures des réseaux sociaux voire du réseau Internet… toute la semaine, pendant que les hélicoptères tournoyaient dans le ciel et que les commerces se barricadaient, la réaction gouvernementale à la journée du 17 octobre a visé la lutte contre les « casseurs » et la dénonciation de « l’ultra-gauche », bien plus que la résolution de la crise sur le fond, préférant dissuader la population de sortir dans la rue qu’assumer les failles connues dans le système de renseignement et l’organisation du maintien de l’ordre.
Ce réflexe autoritaire n’est pas nouveau pour un président visiblement moins libéral sur le plan des droits politiques qu’il ne l’est en économie. Au cours de ses deux mandats, des Gilets jaunes au Covid et à la loi retraites, de la révolte en Nouvelle-Calédonie à celle des quartiers populaires, chaque contestation de sa politique a été suivie non seulement de cette symbolique martiale, mais aussi de mesures frôlant dangereusement la sortie de l’État de droit. De quoi laisser croire à bon nombre de citoyens attachés à la démocratie qu’ils n’ont pas à craindre la victoire de l’extrême droite aux prochaines élections, puisque même les soi-disant libéraux adoptent des mesures toujours plus liberticides.
Plus qu’un rapport de forces avec un président sur le départ, la vaste contestation en cours constitue une irruption prévisible dans le champ politique des crises écologique, économique et sociale que connaissent nos sociétés. Alors que les décisions du duo Trump-Poutine pèsent chaque jour sur le monde, alors que la Chine poursuit son essor économique sans ouvrir d’espace démocratique, il faut redire que notre espace politique est précieux. Les revendications qui s’y expriment, même et peut-être surtout quand elles sortent du cadre de la loi, devraient être accueillies par les démocraties avec d’autres outils que ceux des régimes anti-libéraux. Dans le climat de veillée d’armes que connaît actuellement la France, on ne peut rien craindre de plus qu’un tel vide politique.
La rédaction