Au premier jour de la visite du pape Léon XIV en France, le moins qu’on puisse dire est que celle-ci ne passe pas inaperçue. Son parcours a été scrupuleusement étudié, les moyens de communication déployés sont impressionnants, le dispositif de sécurité mis en place est calqué sur celui des Jeux olympiques, et l’on attend, pour chacun des temps de prière ou de célébrations prévus à Paris, à Saint-Denis, à Lourdes et à Metz, des foules immenses.
Comment expliquer cette aura de Léon XIV, qui prolonge à maints égards celle de son prédécesseur ? La papauté, en tant qu’institution, connait une évolution paradoxale : alors que l’Église est travaillée en interne par des difficultés, voire de profondes divisions, le pape bénéficie d’une grande visibilité internationale – peut-être même est-il aujourd’hui l’une des figures les plus reconnues à travers le monde. Sans doute cette reconnaissance s’explique-t-elle en partie par le style de communication du Vatican, particulièrement adapté à une époque de personnalisation politique et au règne des images. Mais c’est aussi que dès son élection, ce nouveau pape américain a fait le choix sans ambiguïté de porter une voix pour la paix et d’incarner une autorité morale, dans un paysage international qui en manque singulièrement.
Ce qui frappe également dans ce voyage apostolique, c’est le point auquel il semble susciter des attentes bien au-delà des seuls rangs chrétiens. Dans des sociétés européennes où la sécularisation est très avancée, nombre des tensions qui traversent l’Église de Rome sont en réalité d’une grande actualité : que l’on pense à la place des femmes, à la crise des vocations, à la prise en compte du caractère systémique des violences sexuelles ou au déplacement du centre de gravité de l’Église du Nord vers le Sud, il s’agit là d’autant de tensions qui travaillent bien au-delà des communautés religieuses, dans les consciences et dans l’époque au sens large. L’Église catholique, à ce titre, redevient peut-être un miroir du monde.
La rédaction