Il y a le temps de la société, et le temps politique. Que les deux se recoupent est déjà un motif de se réjouir. C’est ce qui semble se produire alors que débute le parcours législatif, à l’Assemblée nationale, de la loi dite intégrale et transpartisane sur les violences sexuelles et sexistes, proposée par 241 députés sur l’impulsion de 150 associations. Malgré ses imperfections, la trajectoire de ce texte – depuis le mouvement social vers les institutions – atteste de la possibilité d’une traduction en termes politiques d’un sujet douloureux, éprouvé au quotidien par de vastes segments de la population.
Si l’on peut d’abord espérer l'application des lois existantes, et si le risque demeure d’une réponse réflexe à la colère qui s’est exprimée dans l’opinion, notamment depuis l’affaire Lyhanna, le projet intègre la prévention, l’accompagnement des plaignants, l’accès aux soins, le renforcement de la pénalisation du viol, le repérage des violences dès le plus jeune âge. Il tente ainsi d’apporter des réponses de fond à l’incompréhension légitime devant les retards dans la prise en charge des violences et les difficultés des parcours judiciaires, devenus un véritable sujet de mobilisation, intime et collective. Les prises de parole, débats, manifestations (notamment chaque lundi sur le parvis du ministère de la Justice) sont autant d’indicateurs que la société a d’ores et déjà politisé ce dont elle faisait l’expérience… et cela, de manière plus vive et plus prompte que ses représentants.
Dans l’actualité politique qui en manque souvent, cette lame de fond constitue un bon signe démocratique. On ne peut que saluer tout le travail mené par les associations dont les députés se sont fait le relai, en délaissant, une fois n’est pas coutume, les enjeux partisans. L’évolution de la loi en commission, puis lors de son examen, sera déterminante : sur la question des moyens, encore très incertains en plein flou budgétaire, mais aussi dans l’équilibre général des mesures, au risque que la loi ne soit réduite à son volet répressif. Il serait dommage que le débat parlementaire soit recouvert par la temporalité politique, désormais entièrement tournée vers l’échéance présidentielle et tendue par la compétition électorale. Que le politique s’ajuste à la société, sans se réduire au jeu politicien, c’est bien ce que demandent les manifestants. Les violences faites aux femmes et aux enfants sont déjà politisées par les victimes et leurs soutiens : à nos représentants de continuer de s’en saisir.
La rédaction