Ce qui est personnel est politique. Les femmes dans la revue Esprit
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Ce qui est personnel est politique. Les femmes dans la revue Esprit

« Le personnalisme, qui ne mesure point l’importance d’une cause au tapage qu’elle déchaîne sur la place publique, se doit de proclamer que la situation moyenne de la femme est aujourd’hui […] le principal scandale du régime. » C’est ainsi qu’Emmanuel Mounier introduit la question de la situation sociale des femmes dans un dossier de la revue Esprit de juin 1936 intitulé La femme est aussi une personne.

En juin 1966, Ménie Grégoire, connue pour ses émissions de radio où l’on parlait librement de sexualité, affirme que « la promotion féminine », ce « mouvement qui nous ébranle depuis soixante-quinze ans, ne s’aurait s’arrêter » et que « le relent de “guerre des sexes”, qui n’a pas encore disparu de toutes nos études des problèmes féminins, explique sans doute à lui seul une part de l’immobilisme actuel ».

En novembre 1993, un dossier Masculin/Féminin, prend acte de la fin du féminisme de combat des années 1960, qui a laissé place à une attente plus individualiste et une neutralisation relative des différences de genre, liées à l’augmentation de l’activité féminine et aux pratiques de contraception. Michèle Metoudi y interroge la possibilité d’un héroïsme au féminin en relevant les représentations encore discriminantes des femmes dans le sport.

Dans un dossier de mars-avril 2001, Irène Théry invite à penser « l’un et l’autre sexe » dans leur relation et leur distinction à partir d’un éclairage sociologique, historique et anthropologique. Elle interroge le paradoxe démocratique qui consiste en la persistance d’une « hiérarchie des sexes », désormais nommée « distinction des sexes », qui englobe « la valeur féminine de la vie dans la valeur masculine du monde ». Dans un entretien, Françoise Héritier explique l’universelle domination masculine par le privilège de la féminité – le pouvoir de mettre au monde des enfants – et s’interroge sur les effets des nouvelles techniques de reproduction.

En octobre 2013, Alice Béja coordonne un dossier sur Les controverses du féminisme : rappelant que « ce qui est personnel est politique », il aborde les débats sur la prostitution, la pornographie, la bioéthique et les mobilisations féministes. Nadia Marzouki y propose de sortir de la querelle française autour du voile islamique – symbole d’oppression pour les uns, revendication identitaire pour les autres – par une attention à la polysémie des symboles religieux. Elle met en garde contre une tendance du combat pour l’égalité, qui peut parfois verser dans le désir d’exclusion totale du religieux.

En octobre 2017, après l’affaire Weinstein, la parole des femmes se libère de manière inédite autour du mouvement #MeToo. Pour Véronique Nahoum-Grappe, si ce dernier est « une lutte, avec des moyens peu courtois » contre les violences sexuelles liées à la domination masculine, « un mouvement qui naît des récits de vie de chacune, de leur intimité réflexive fait émerger un sujet politique majeur, le “nous” des femmes ».

[Photo de Jonathan McIntos]

mai 2018  -  #Metoo : Je, Elle, Nous
octobre 2013  -  La pudeur et l'affichage. Le féminisme est-il antireligieux ?
mars/avril 2001  -  La côte d'Adam. Retour sur le paradoxe démocratique
mars/avril 2001  -  Françoise Héritier : Privilège de la féminité et domination masculine. (Entretien)
novembre 1993  -  Les femmes dans l'héroïsme sportif
juin 1966  -  Les femmes au passé, au futur et au présent
juin 1936  -  La femme aussi est une personne