Une autre fin du monde est possible, de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle
Après Comment tout peut s’effondrer (Seuil, 2015), Pablo Servigne et Raphaël Stevens reviennent nous parler de collapsologie avec Gauthier Chapelle dans ce nouvel ouvrage au sous-titre évocateur. Réchauffement de la planète aux conséquences irréversibles, extinction de masse… cette fois, l’effondrement n’est plus une hypothèse ; il aura bien lieu. Mais l’horizon se trouve au-delà : il ne s’agit plus de prévenir l’effondrement, mais de s’y préparer en s’extrayant de notre matrice de pensée actuelle, en réinventant notre manière de faire société et ainsi donner un sens à ce siècle tumultueux. Nous devons opérer un changement de posture radical, faire « un pas de côté » – et cela passe par le deuil de notre civilisation thermo-industrielle – et apprendre à mourir « non pas en tant qu’individus, mais en tant que civilisation ». Dès lors, la réponse à la peur légitime des bouleversements à venir n’est pas l’espoir ni l’optimisme, mais le courage. Le courage de changer radicalement de regard sur le monde en décloisonnant la pratique des sciences. Le courage de remettre en cause les mythes fondateurs de notre pensée scientiste actuelle et de recréer de nouveaux récits. Et le courage de lancer un immense effort de guerre, comparable à ceux que les Alliés ont pu produire pour se défaire de l’Allemagne nazie. Néanmoins, la collapsologie ne suffit plus. Dépassant leurs rôles de scientifiques, les trois co-auteurs énoncent alors ce qu’ils proposent d’appeler la « collapsosophie », les comportements et positionnements découlant de la perspective d’un effondrement global tout en dépassant le cadre strict des sciences. Cette nouvelle sagesse insiste sur l’importance de l’entraide, la réciprocité, la confiance, la sécurité et l’équité. La collapsosophie intègre pleinement la spiritualité, indispensable pour aborder la fin d’un monde capitaliste fondé sur la domination et l’exploitation de la nature et des êtres qui la composent. Ce changement de posture est indispensable pour changer notre vision du monde. Se rapprocher du vivant, revenir à son soi sauvage, cesser de dénigrer les expériences sociales en cours à travers le monde dans les zones à défendre, changer notre regard sur les migrants – que nous serons peut-être amenés à devenir : « Tout cela ne nous vaccinera pas contre un avenir catastrophique, cela nous permettra en revanche de le vivre de manière moins catastrophique. »