Notre France
Publié dans le double contexte des printemps arabes et du débat provoqué par l’Ump (mais vite avorté) sur l’identité française, cet ouvrage à plusieurs voix a le mérite de rappeler que le parcours de beaucoup de gens venus du Proche-Orient les a conduits à séjourner en France, à y rester et à s’opposer depuis le pays des droits de l’homme à des régimes devenus dictatoriaux. C’est l’histoire du syrien Farouk Mardam Bey, qui a débarqué un jour dans une France considérée par lui comme la terre de la culture et des livres sans imaginer qu’il allait y rester pendant des décennies durant lesquelles il a exercé le beau métier d’éditeur avant d’être impliqué aujourd’hui dans les combats menés par les comités de coordination en Syrie. Ces parcours méditerranéens (dans le cas d’Edwy Plenel, ce fut un long séjour de jeunesse dans l’Algérie indépendante et dans le cas d’Elias Sanbar l’exil obligé d’une Palestine en suspens) rappellent à juste titre les liens du mouvement et des identités. C’est la grande leçon des anthropologues : il n’y a pas de communautés substantielles mais des écarts et des différences (entre communautés et au sein des communautés) qui sont plus ou moins supportables. Si ces réflexions ont donné lieu aux polémiques sur la différence et le racisme, rappeler qu’elles proviennent de parcours personnels est essentiel. Et plus que jamais aujourd’hui, puisque entre les acteurs des printemps arabes, les exilés politiques et la France, des liens sont tissés inéluctablement. Encore faut-il que ces parcours trouvent des échos collectifs dans des décisions politiques et économiques, au-delà de l’intervention militaire en Libye.
O. M.