Notre système international, de Guillaume Devin


Voilà des années qu’on nous annonce la fin de l’ordre mondial établi en 1945 sous égide des États-Unis, qui ont su imposer leur vision d’un monde libéral fondé sur les règles. Mais de quoi parlons-nous exactement ?

Pour Guillaume Devin, professeur émérite des Universités à Sciences-Po Paris, notre système international est polycentré, hétérogène, mondialisé, multilatéral et complexe. Polycentré du fait de la prolifération des États et autres acteurs internationaux, qui ont découlé le plus souvent de la disparition des empires. Il est hétérogène du fait de la disparité des niveaux de développement, de la variété des régimes politiques, des traditions sociales et culturelles, de la puissance, résultat des profondes inégalités mondiales. La mondialisation, entendue comme un processus d’extension des échanges de toute nature à l’échelle du monde, est un phénomène historique ancien. Mais la mondialisation est également financière et culturelle et il y a également une mondialisation des inégalités, de la sécurité, de la santé. La quatrième caractéristique du système international, celle qui est la plus en crise, est celle du multilatéralisme. Il ne s’agit pas seulement de l’impotence de l’Organisation des Nations unies et des autres organisations internationales, mais d’une perte de confiance généralisée dans leur capacité d’apporter des solutions équitables, durables et équilibrées aux grands problèmes mondiaux. Enfin, le système international est complexe, ce qui ne veut pas dire compliqué, mais comme l’a conçu Edgar Morin, « ce qui est relié ensemble ».

Les dimensions du système qu’a retenu l’auteur sont autant d’orientations pour l’action. On peut se mobiliser à tous les échelons, du mondial au local, en faveur d’un polycentrisme plus égalitaire entre les États et les sociétés. C’est ce qu’a commencé à faire l’Union européenne en concluant des accords commerciaux avec le Canada, l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est ou le Marché commun du Sud (Mercosur). On peut atténuer l’hétérogénéité du système afin de reprendre une partie du contrôle de la mondialisation en taxant les positions dominantes et régulant la concurrence, œuvre bien nécessaire en dépit de la réticence de Donald Trump à toute intervention de cette nature. On peut renforcer le multilatéralisme et réduire la complexité par une meilleure efficacité de l’action collective. Cependant, les acteurs ne disposent pas des mêmes moyens et leurs objectifs sont rarement à l’unisson. En somme, nous devons être le Sisyphe heureux.

Une approche politique des relations internationales, Le Cavalier Bleu, 2025
152 p. 19 €