Le livre à l'heure numérique
Papiers, écrans: vers un nouveau vagabondage
Très informé et fluide, cet essai montre bien que le passage du papier à l’écran n’est pas, pour l’essentiel, une question technologique. Pour comprendre le changement du modèle économique qui transforme le monde de l’édition et, au-delà, celui de la réflexion, et espérer de nouveaux « vagabondages » prometteurs, il faut saisir, avec l’auteur, le contraste de deux temporalités. On connaît en effet une évolution lente du côté des usages : si la lecture sur écran semble progressivement s’affirmer depuis l’arrivée de nouveaux supports de lecture (notamment les tablettes), la migration des usages se fait lentement et ne peut prendre aucun éditeur par surprise. Beaucoup plus brutale, en revanche, est la montée en puissance de nouveaux acteurs, surtout anglo-saxons, qui s’imposent dans un secteur économique fragilisé par l’érosion de la lecture. Après avoir contesté les projets de Google qui cherchait à s’emparer des fonds éditoriaux sans tenir compte du droit d’auteur, les professionnels n’ont pas pris garde à la montée en puissance d’Amazon, qui veut désormais imposer ses conditions commerciales aux éditeurs, ce qui peut déséquilibrer très rapidement le marché du livre. L’édition n’étant plus qu’un sous-secteur de la « production de contenu », la force de frappe de groupes numériques internationaux (entre autres les fameux Gafa, Google-Amazon-Facebook-Apple) est bien supérieure aux chiffres habituellement maniés dans le monde de l’édition. Il ne faut donc pas trop se fier à la quasi-stabilité des usages, les projets industriels, eux, vont très vite.
M.-O. P.