A quoi sert la rénovation urbaine?


Cet ouvrage collectif qui ne défend pas une thèse monolithique permet de comprendre pourquoi le programme de rénovation urbaine lancée en 2003 (et dont une suite doit être donnée en 2013) ne fait pas oublier ce qu’on appelle les banlieues et leurs populations. L’Agence de rénovation urbaine (Anru) a contribué « au nom de la mixité » à transformer le paysage urbain, à améliorer les modes de transport, à se préoccuper des conditions de logement et des espaces publics, et elle a favorisé une meilleure complémentarité entre les villes centres et leurs périphéries. Mais son action concerne avant tout les territoires et elle n’a pas réussi à modifier en profondeur les conditions de vie d’une population confrontée à la drogue, à la délinquance et à l’échec scolaire. La rénovation urbaine inaugurée par l’Anru pointe du doigt une politique trop territorialisée ; qui ne prend pas suffisamment en considération les populations mentalement assignées à résidence pour une partie d’entre elles. Jacques Donzelot, le maître d’œuvre de ce volume collectif, insiste depuis longtemps sur la nécessité pour la rénovation urbaine de « refaire société ». Ce qui exige d’élaborer des mesures associant mieux la ville et ses bords, mais aussi de respecter des populations souvent soumises aux cris de guerre des politiques identitaires pour lesquelles les difficultés de la rénovation résident dans les habitants eux-mêmes. Drôle de quadrature du cercle… « Car il ne suffit pas de faire arriver le tram dans un quartier, d’y tisser une nouvelle trame urbaine, d’y faire varier l’habitat […] pour que les habitants prennent de manière effective le chemin de la ville. Il faut tracer d’autres voies, de nature sensible et sociale, qui les mettent à l’aise avec les institutions et les entreprises. Il faut les initier à la ville, à ses opportunités, pour qu’ils se les approprient. » Il s’agit donc bien de « refaire de la ville » dans un univers urbanisé qui l’a défaite.

O. M.

PUF, La ville en débat, 2011
244 p. 12 €