SÉCULARISATION ET LAÏCITÉ


Auteur de travaux de référence sur la sécularisation européenne et occidentale, Jean-Claude Monod propose dans cet ouvrage bref, serré et d’une grande limpidité, une synthèse de ses propres réflexions à un moment où les débats sur la laïcité reviennent régulièrement sur le devant de la scène politique et médiatique. Telle est la thématique centrale du livre : le retour de la question laïque (dans le cas français car il y a une diversification des voies nationales) est indissociable d’une évolution de la sécularisation, initiée dans le monde occidental, à l’échelle mondiale. Deux mouvements se croisent : « La remontée de la question laïque, ou de la laïcité comme réponse politique au problème de la relation entre État et Églises ou groupes religieux, ne se comprend que sur le fond d’une certaine critique de la sécularisation. » Alors que la laïcité (à la française) est affectée par « l’érosion de son socle de justification civique-républicain et la progression de son pôle libéral-individualiste, on assiste par ailleurs à un redéploiement du religieux et de nouvelles formes de théologies politiques ». C’est en scrutant, relecture de Max Weber aidant (voir l’article de J.-C. Monod dans notre numéro sur les religions de mars-avril 2007), les évolutions de la sécularisation à l’échelle mondiale et en analysant la crise de légitimation de la laïcité (et non pas seulement en raison de l’affaiblissement de la contre-culture catholique) que l’auteur privilégie une approche qui ne va pas dans le sens d’une sécularisation généralisée et propose, sans renoncer à l’esprit de la loi de 1905, une « reconstruction » (argumentée et concrète) des principes de la laïcité. Voilà un ouvrage qui peut éclairer les conseillers de Nicolas Sarkozy qui s’aventurent sur ces terrains minés… mais aussi nous tous.
O. M.

PUF, « Philosophies », 2008
160 p. 12 €