L'Églantine et le muguet, de Danièle Sallenave


L’Église est un monde, avait coutume de dire Émile Poulat, éminent sociologue et historien du catholicisme. Mais la laïcité aussi est un monde, comme on le voit dans ce livre de souvenirs de Danièle Sallenave, fille d’instituteurs laïques dans une région cléricale de l’Anjou, aujourd’hui académicienne française. Son livre raconte un retour sur sa terre d’enfance, pour une sorte de pèlerinage et d’enquête sur les villages où ses parents enseignèrent «  à l’ancienne  » dans des classes uniques. Outre les souvenirs familiaux, elle y retrouve les symboles, les monuments, la mémoire de la République laïque, de ses justes combats pour l’émancipation, contre le pouvoir de l’Église et des «  châteaux  » – un combat «  pour la justice et le progrès  » qu’elle a plus d’une fois continué dans des tribunes publiées dans la presse, et encore aujourd’hui, contre l’affirmation d’identités religieuses très conservatrices. Mais remonte aussi la mémoire – et l’amertume – de la République colonialiste, des massacres (quels que soient les torts mutuels) de la guerre de Vendée, d’un pacifisme peu éclairé, d’une pensée «  rad-soc  » doctrinaire et installée. Un livre ­inattendu et ­attachant sur un bout de culture laïque de la France profonde.

2018
544 p. 22 €