Tunisie. Le pays sans bruit


Auteur d’un ouvrage de référence, l’Oubli de la cité, sur le Sud tunisien, et du Divan des rois, qui porte sur les relations de l’islam et de la politique, Jocelyne Dakhlia publie un ouvrage où elle tente de faire le point, sur le ton de la méditation personnelle et engagée, sur le processus enclenché en Tunisie. Elle s’interroge d’abord sur les raisons du soutien aveugle à Ben Ali. « La société tunisienne tout entière, dans l’ombre de son président, était créditée de positions par essence progressistes et laïcistes, et donc pro-occidentales, mais sur la base de ces quelques raccourcis et malentendus, Ben Ali a hérité de ce label d’impeccabilité et de modernité. » De manière plus originale, elle rappelle à ceux qui se plaignent des désaccords naissants entre les acteurs du processus démocratique que la démocratie ne se fait pas dans le consensus et que l’accord n’est jamais assuré : « Certes, la situation que vit la Tunisie dans l’attente d’un nouvelle Constitution et d’un nouveau cadre politique est éminemment inconfortable, au-delà de l’enthousiasme et de la fierté, et l’incertitude que porte en lui le régime transitoire favorise toutes les rumeurs et les craintes. Mais la crainte elle-même, la vigilance, sont après tout inhérentes au système démocratique : il repose sur la négociation permanente, et sur une veille constante face à la diversité politique. Il faut donc accepter qu’un principe minimum d’instabilité, voire la perspective de crises, s’inscrivent comme une forme de routine politique, s’énoncent, dans une certaine mesure au moins, comme une normalité. » Ces propos trouvent tout leur sens dans le cadre des conflits et dissensions qui ont surgi en Tunisie au sein du groupe chargé de la révision de la Constitution. Ils trouvent aussi leur sens hors de Tunisie, pour des « ailleurs » du printemps arabe.

O. M.

Actes Sud, 2011
128 p. 15 €