Arts et Lettres contre l'esclavage, de Marcel Dorigny


C’est à une «  histoire par l’art  » que convie Marcel Dorigny, pour apprécier les combats politiques des artistes et écrivains contre ­l’esclavage colonial, la traite négrière et leurs mémoires contemporaines. Les œuvres présentées et commentées ont «  participé à l’émergence d’une vision nouvelle de l’espèce humaine  ». Le lecteur pourra découvrir des représentations des navires négriers, où «  les nègres, entassés pêle-mêle, exposés à mille corruptions au fond d’un navire infecté  », voient leurs «  symptômes aggravés par le désespoir qui ronge [leurs] âmes et les traitements durs dont on [les] accable  », selon le chirurgien de marine Alexander Falconbridge en 1789. De cruels sévices sont infligés au corps de l’esclave, sanctions d’un manquement à l’effort ou au terme de chasses, conduites notamment à l’aide de chiens spécialement dressés pour réprimer les fuites d’esclaves, dont le gouverneur de la Martinique Donatien Rochambeau refuse de payer la nourriture : «  Vous devez leur donner à manger des nègres  » (1803). Dans son Tableau de Paris (1783), Louis-Sébastien Mercier rappelle que «  le père travaille péniblement ce sucre que le négrillon boit dans la même tasse avec sa riante maîtresse  ». L’artiste américaine Kara Walker fera de ce même sucre une «  subtilité  » monumentale dans la raffinerie Domino de Brooklyn en 2014, allégorie de la répétition de la violence historique.

 

Cercle d'art, 2018
2 p. 29 €