La mort est en train de changer de Dominique Eddé
Cet ouvrage prend son point de départ à Gaza, « là où vivre consiste à mourir en vie ». Ce lieu de mort en vie invite l’autrice à réfléchir, écrire, pour inviter à la reconnaissance de l’autre, de son histoire et de ses injustices, suivant une forme d’humanisme ou « sens de l’altérité ». Mais cet humanisme n’est-il pas lui aussi moribond dans un contexte d’« accouplement de la conscience et de l’algorithme » ? Ce petit livre fait ainsi figure de contrepoint à l’antihumanisme contemporain.
« Spécialiste de rien, sinon du vertige d’où procède la pensée », Dominique Eddé propose une analyse politique, c’est-à-dire à la fois pulsionnelle, inspirée par la psychanalyse, et métaphysique, liée à notre finitude, de ce qui se joue au Moyen-Orient depuis le 7 octobre 2023. Le ton est grave, mais on y entend une note d’optimisme, quand il est fait mention du fait que les jeunes du Moyen-Orient ne se laissent plus intimider par le mensonge. Malgré tout domine le constat d’une profonde défaite, non seulement des intellectuels, mais de l’humanité dans son ensemble : « la catastrophe spirituelle est générale ». Nous ne sommes pas à la hauteur du monde actuel, dont Donald Trump est « un raccourci en chair et en os »et qui se caractérise par la liquéfaction de la mort.
Le livre s’appuie également sur des ressources littéraires, principalement les écrits de Dostoïevski, Proust et Kafka. Avec ce dernier, l’autrice peut imaginer une utopie d’égalité et de mixité au Moyen-Orient contre la norme religieuse et nationaliste. Les grands auteurs de littérature développent en effet le pouvoir d’« éclairer la nuit ». Un atelier de broderie permet enfin de nouer ensemble la parole et le fil : « La parole circulait comme circulaient sous leurs mains, l’aiguille et le fil dans le tissu. » Tout en sachant « reconnaître que nous, les êtres humains, collaborons au trou autant qu’à son rapiéçage ».