À l’assaut de l’abondance d’Alexia Blin
L’autrice innove en mobilisant sources théoriques et expériences réelles, entre l’initiale déconsidération de la consommation par les premiers socialistes et les tentatives, à partir de la fin du XIXe siècle, pour créer des modes et des lieux de consommation alternatifs. Les pages consacrées au mouvement coopératif, en particulier aux États-Unis et au Royaume-Uni, s’avèrent remarquables par l’ampleur des collectifs qu’elles décrivent, l’étude montrant bien, dans la situation outre-Manche, la difficile cohabitation entre les coopérateurs et le Parti travailliste, qui se désintéressa peu à peu de ce secteur économique pour se réfugier derrière l’idéologie du libre choix. Plus encore, Alexia Blin choisit de ne pas réduire la consommation à l’achat en magasins, étudiant de la sorte le rapport des partis de gauche aux sports, à la fête et aux loisirs : en comparant les festivités annuelles des Partis communistes français et italiens, en relatant la brève expérience du ministère du Temps libre au début du premier septennat Mitterrand et l’action partielle de ce Président autour la consommation, en constatant l’absence de réflexions autour de l’usage du temps libéré lors des dernières réductions du temps de travail. Ainsi, son étude devient un essai historique sur la relation entre les désirs privés (la consommation) et les aspirations collectives, incarnées par le socialisme. Le lecteur constatera de fait, avec l’historienne, le lent abandon des alternatives d’achat et de distribution par les partis de gauche de gouvernement, ces lieux et institutions se développant désormais en dehors de tout cadre politique, les mondes de la consommation et de la représentation se trouvant séparés y compris dans tous les projets de SCOP, supermarchés coopératifs ou AMAP. Jusqu’à quand ?