André Zinheld. Le chant d’un partisan d’Alexandra Laigniel-Lavastine
André Zinheld était un compagnon de la Libération ayant fréquenté un des cercles de lecteurs que la revue Espritmaintenait pendant ses premières années, un vrai personnaliste, un homme partagé entre la foi et le doute, un chercheur de l’authenticité politique et privée. La première biographie de ce résistant oublié jusqu’à peu, corrige de nombreuses approximations qui entachent sa mémoire : auteur du poème le plus célébré par les parachutistes et forces spéciales en France, mais écrit avant la guerre ; enterré trois fois, la dernière fois dans une tombe peu visitée juste en dessous du périphérique parisien ; connu en France grâce à la diffusion d’une série britannique depuis 2022, Rogue Heroes. L’autrice regrette une faible connaissance de ces combattants des sables, ayant défié l’Afrikakorps et combattu aux côtés des forces britanniques (malgré le maréchalat posthume attribué à Pierre Koenig en 1984).
Alexandre Laigniel-Lavastine parvient à reconstituer l’ascendance et le parcours de son sujet : issu d’une famille d’optants alsaciens, ouvriers et catholiques (son oncle dirigera la Confédération française des travailleurs chrétiens), André Zinheld fait des études de philosophie, mais rejette la Sorbonne, ce qui attire le futur résistant vers Esprit afin d’échapper à un long mémoire sur le mal chez Spinoza. Ainsi l’autrice déroule-t-elle ce qui constitue une autre singularité de Zinheld parmi les Français libres : si beaucoup sortent de grandes écoles ou possèdent d’honorables diplômes, peu se cherchent constamment comme il le fait dans ses carnets et créent une telle figure de philosophe-soldat. Le combattant meurt trop jeune, avec une étude sur Platon dans sa veste. Cette biographie, histoire d’une âme commençant à s’accomplir lors de son décès, devient ainsi étude ontologique en même temps qu’hommage historique. Zinheld, tel qu’il se devine à travers ces pages, la méritait.