Les configurations du nihilisme


Un ouvrage philosophique d’actualité ! Comment est-ce possible ? Il n’échappe à personne que la crise n’est pas seulement économique et que nous n’avons pas fini d’entrer dans la crise, une crise radicale des valeurs. C’est ce que désigne le nihilisme, bien des auteurs l’on fait comprendre, de Jan Pato?ka à Paul Ricœur. L’intérêt de cet ouvrage collectif est de rappeler qu’il y a eu un moment nihiliste en Europe, un moment qui persiste, par-delà les guerres et les paix, et qui a été marqué par la figure de Nietzsche. Pour celui-ci : « Le nihilisme est un état normal. Nihilisme : le but fait défaut ; la réponse au pourquoi fait défaut. Que signifie le nihilisme ? Que les valeurs suprêmes se dévalorisent (in Fragments posthumes). » La mort de Dieu signifie qu’il n’y a plus de « valeur de la valeur », il n’est donc pas besoin que l’étalon-or disparaisse pour le saisir. Mais l’ouvrage ne se penche pas uniquement sur ce moment nihiliste de la fin du xixe siècle, une époque qui inaugure l’entrée dans les « sombres temps européens » du xxe siècle, il évoque d’autres figures : des philosophes – des anciens (Anaximandre par exemple) et des modernes (Heidegger, Carl Schmitt) – mais aussi des écrivains et des artistes (Camus et l’absurde, Schoenberg et l’atonal, mais aussi Jünger, Leopardi et Thomas Mann). Ainsi rappelle-t-il que le nihilisme n’a pas de solution et passe par une histoire au long cours. Une histoire qui passe inéluctablement par le christianisme et par sa tentative de substituer une eschatologie au messianisme (voir le texte de Vincent Delecroix), une histoire qui met aussi en tension Descartes avec son Cogito/Fondement, et Pascal ébranlé par les deux abîmes du néant et de l’infini. Pato?ka parlait de la « solidarité des ébranlés » : nous n’avons pas fini d’entrer dans la crise car il n’y a aucune raison d’en sortir ! Cela ne signifie pas qu’il n’y ait « rien » à penser et à agir.

O. M.

Librairie philosophique Jean Vrin, 2012
232 p. 19 €