JOSEPH L. MANKIEWICZ ET SON DOUBLE
Collaborateur d'Esprit, de Positif et auteur d'un ouvrage sur le Corps au cinéma, Vincent Amiel propose une approche originale de thèmes cinématographiques de l'âge classique hollywoodien en s'appuyant sur le cas de Mankiewicz, le metteur en scène de La comtesse aux pieds nus, de l'épique Cléopâtre, d'Ève et du Limier. En effet, si le cinéma hollywoodien est marqué par une entreprise de séduction (celle qui se déroule sur l'écran pour le spectateur de « la petite salle en noir »), celle-ci s'exprime par le biais de personnages qui sont des étoiles (stars) et traversent le ciel de nos rêves, celui de Mankiewicz se retourne vers l'envers des personnages, vers ce qui leur échappe, leur ombre, leur double. C'est pourquoi Vincent Amiel se penche sur la place du théâtre dans ce cinéma (« Ève, comme Jules César, avec leurs effets de fausses répétitions, de scènes contradictoires juxtaposées […] utilisent la configuration théâtrale pour rendre compte d'un incompréhensible éclatement du monde »), sur la volonté de montrer les limites du spectacle, sur la composition des comédiens (voir les remarques sur le duo Marlon Brando/James Mason dans Jules César) tout en rappelant l'ombre biographique du frère Herman qui joua un grand rôle à Hollywood et fut l'un des artisans (méconnus) du Citizen Kane d'Orson Welles. À travers ces analyses qui pourraient valoir pour un cinéaste émigré de l'Europe nazie comme Max Ophüls, c'est l'image même du cinéma hollywoodien qui est en train de muter, la naissance du nouvel Hollywood des années 1970 alors même que Mankiewicz met en scène des superproductions impressionnantes (« Film sur la séduction, sur le cinéma, sur Hollywood, Cléopâtre est aussi le film sur ce qui lui échappe, sur la part du temps que la conscience ne suffit pas à maîtriser »). Un film moins connu comme L'affaire Cicéron (avec James Mason), qui se passe à Ankara durant la Deuxième Guerre mondiale, met en scène le personnage de l'espion (toujours prêt à jouer double jeu) qui est au cœur du personnage se déplaçant sur l'écran noir.
O. M.
O. M.