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Flux d'actualités

Buren à Bruxelles : « La fresque »

mai 2016

#Divers

Le grand musée des Beaux-Arts de Bruxelles, rebaptisé depuis plus d’une décennie « Bozar », a accueilli, à côté des eaux fortes de Rembrandt, une rétrospective Buren. Mais une rétrospective très particulière où les œuvres de l’artiste se font discrètes et servent d’écrin à celles des autres. 

Dès l’entrée, une intervention simple et évidente : les marches de l’escalier monumental et les colonnes qui nous entourent sont parées des rayures de 8, 7 cm si caractéristiques du maître. Une fois l’escalier franchi, un film de trois heures trente parcourt l’ensemble des travaux de Buren de 1960 à aujourd’hui. Il commente, se fait commenter, construit son catalogue raisonné en vidéo, tant beaucoup de ses œuvres ont disparu parce qu’éphémères. Ce sera d’ailleurs le cas de celle qui orne la salle des empreintes, ainsi nommée parce que les rayures vertes et blanches qui vont du sol au plafond s’interrompent pour laisser la place aux œuvres qui ont marqué Daniel Buren. Sans les voir, chacun sait ainsi que dans les salles suivantes seront présentées, par ordre alphabétique, des tableaux de Pollock, Cézanne, Matisse ou Picasso, une sculpture de Brancusi, une structure de Mario Merz ou un fascinant Anish Kapoor. De salle en salle, le visiteur découvre donc, amusé, les apparentements terribles dont le maître du jeu est physiquement absent. 

Buren Bozar - livret d'exposition

Dans ce parcours, pas un seul Buren, et pourtant Buren est partout. Ses choix suffisent pour qu’on ne l’oublie jamais. Avec le commissaire Joël Benzakin, il a balisé, millimétré le parcours. Nous sommes guidés dans un espace d’où ont disparu les cartels, seulement lisibles dans le livret d’exposition. Mais cette contrainte nous rend bien plus libres que si nous avions à suivre un parcours classique et chronologique (jeunesse, formation, scandale, maturité…) sur l’artiste. Le classement alphabétique évite de voir, là, une influence de l’école des Beaux-Arts et, ici, une relation d’atelier. Nous voilà libres de choisir cette photo d’Atget pour elle-même mais aussi pour sa place sur le fil tendu par Buren. De nous arrêter sur un Pinot-Gallizio/Debord, Abolition du travail aliéné, et de l’associer à l’arbre de Giuseppe Penone voisin. 

La visite, active, devient ainsi un jeu. Un jeu intelligent par lequel Buren parie sur notre curiosité et notre agilité à parcourir en tous sens l’art du xxe siècle et à partager, dans un cadavre exquis à la dimension d’un musée, les coq-à-l’âne artistiques qu’il a savamment déposé sur notre chemin.

Emmanuel Laurentin