Ailleurs…

En tous lieux, à toute heure, seuls ou à plusieurs, bien installés sur leur chaise ou au risque de trébucher, ils lisent. Jean-François Dars et Anne Papillault, réalisateurs et photographes, nous livrent les portraits de ces gens qui, présents partout, sont pourtant plongés ailleurs.


À bien les regarder, les êtres humains ne sont totalement innocents que lorsqu’ils dorment et lorsqu’ils lisent. Dans le premier cas, où ils sont détachés d’eux-mêmes, c’est juste un état ; dans le second, où ils s’oublient, c’est un luxe, acquis au prix d’un effort d’abstraction. La musique et la peinture, simples ondes électromagnétiques, touchent directement l’émotion, mais pour pénétrer le stock d’univers artificiels portatifs que sont les livres, les lecteurs doivent au préalable déchiffrer un code, l’écriture.

Leur récompense est l’accès à une infinité de paradis ou d’enfers librement choisis, des moments de grâce obtenus par une sorte de curiosité égoïste, où ils vont vers l’autre pour vivre d’autres destins, pour rencontrer l’inconnu, pour voyager, s’évader, s’oublier, voire même pour apprendre (un cas particulier, utilitaire).

La fascination qu’il y a à croiser ces passants qui n’y sont pour personne, bien décidés à lire, qui plus est sur papier plutôt que sur écran, résolument ailleurs, pose la question : mais comment faisaient-ils avant l’invention de l’écriture ?