Quel hommage pour le capitaine Dreyfus ?
Un débat pour aujourd’hui
Si généreuse soit-elle, si marquée du souci d’honorer au présent le capitaine Dreyfus et de réparer l’ultime injustice, la proposition de le nommer général de brigade à titre posthume n’est pertinente ni au regard de l’histoire, ni au regard de la mémoire, ni même à celui de la signification contemporaine de l’homme et de son combat. Dreyfus mérite le Panthéon.
En 1910, Charles Péguy sut dire, avec infiniment de justesse, les vertus singulières de l’affaire Dreyfus : « Plus cette affaire est finie, plus il est évident qu’elle ne finira jamais. Plus elle est finie plus elle prouve1. » On en a une nouvelle fois la preuve avec le débat ouvert, depuis plusieurs jours, sur des propositions de loi trans-partisane au Sénat et à l’Assemblée nationale en faveur de l’élévation au grade de général de brigade, à titre posthume, du capitaine Dreyfus. Il s’agirait de réparer l’ultime injustice perpétrée contre l’officier à l’instant même où s’achevait son affaire, le 13 juillet 1906.
L’ultime injustice
Alfred Dreyfus venait d’être réhabilité dans toute son innocence et son honneur, par un arrêt historique de la Cour de cassation, la veille, 12 juillet 1906. L’annulation sans renvoi du second verdict de condamnation, celui de Rennes du 9 septembre 1899, impliquait mécaniquement une mesure de réintégration de l’ex-capitaine dans les cadres d’active de l’armée française avec complète reconstitution de carrière. Celle-ci allait de fait – il n’a cessé d’être innocent toutes ces années où on le proclamait coupable de haute trahison envers l’Allemagne – et de droit d’autant mieux que la Cour de cassation avait tranché, comme dans tous ses arrêts, « au nom du peuple français ».
Le 13 juillet 1906, le Parlement votait une loi en ce sens, ainsi qu’en faveur d’un grand défenseur de l’officier2, le lieutenant-colonel Picquart, qui avait été chassé de l’armée pour son acte de courage. Le rapporteur du projet gouvernemental, le député radical Adolphe Messimy, lui-même ancien officier démissionnaire pour avoir défendu l’innocence du capitaine Dreyfus, déclara qu’il restait « à donner à l’arrêt de la Cour de cassation les sanctions indispensables et avant tout à procéder aux réparations nécessaires ».
Par la loi votée, Picquart bénéficiait de cette pleine reconstitution de carrière, sa promotion au grade de général de brigade prenant effet le 10 juillet 1903, tandis que « le temps passé par le lieutenant-colonel Picquart dans la position de réforme lui sera compté comme temps d’activité ». Rien de tout cela pour Dreyfus, seulement nommé au grade supérieur de commandant, « promu chef d’escadron pour prendre rang du jour de la promulgation de la présente loi », en conséquence sans reconnaissance d’ancienneté : les presque cinq années de peines arbitraires, de dégradation et de déportation disparaissaient du décompte. L’injustice commise était flagrante et, de plus, très humiliante pour Dreyfus, puisqu’il perdait toute possibilité à l’avenir d’accéder au corps des officiers généraux, alors même qu’il était breveté d’état-major et que ses états de service avant l’Affaire étaient excellents. Une nouvelle fois frappé, Dreyfus en appela à une loi rectificative. Le nouveau ministre de la Guerre dans le gouvernement Clemenceau, qui n’était autre que Picquart, s’y opposa.
Dreyfus n’eut alors d’autre choix alors que de quitter le service actif, non sans se tenir prêt à reprendre les armes en cas de mobilisation générale. Ce qu’il fit le 1er août 1914, avant même la déclaration de guerre, accédant seulement au grade de lieutenant-colonel en septembre 1918 avant sa démobilisation3. En 1906, il ne pouvait consentir à l’humiliation qui lui était faite ainsi qu’au mépris pour la justice. Sollicitant une retraite anticipée, il l’obtint par décret du 25 octobre 1907. Il ne s’arrêta cependant pas à son cas personnel. Il sut dépasser sa tristesse et retenir d’abord de l’Affaire et ce qu’elle avait apporté de vrai et de beau à l’humanité, comme dans sa déclaration qui salua la remise de sa croix de la Légion d’honneur le 20 juillet 1906. Son caractère généreux, sa faculté de s’élever au-dessus des contingences prenaient le pas sur l’amertume. De l’ultime injustice, il ne dit mot : « Mon affaire était terminée. Le lieutenant-colonel Picquart avait été réintégré dans l’armée avec le grade de général de brigade comme compensation des persécutions qu’il avait subies pour m’avoir défendu dès qu’il eut acquis la conviction de mon innocence. Si tous ceux qui avaient combattu pour la justice et qui étaient encore parmi les vivants n’avaient pu recevoir de même la récompense des souffrances endurées pour la vérité, il était certain qu’ils la trouveraient dans la satisfaction intime de leur conscience et dans l’estime que leurs sacrifices leur avaient méritée de la part de leurs contemporains. Et même s’ils parurent oubliés, ils ne furent pas les plus mal partagés, car ils ne luttèrent pas seulement pour une cause particulière, mais ils contribuèrent, pour une large part, à l’une des œuvres de relèvement les plus extraordinaires dont le monde ait été témoin, une de ces œuvres qui retentissent jusque dans l’avenir le plus lointain, parce qu’elle aura marqué un tournant dans l’histoire de l’humanité, une étape grandiose vers une ère de progrès immense pour les idées de liberté, de justice et de solidarité sociale4. »
Un héroïsme retrouvé ?
L’idée de procéder à cette réparation vainement espérée par Dreyfus en 1906 date de plusieurs années. Député socialiste, Boris Vallaud s’y intéressa en 2018. Éric Ciotti, encore chez les Républicains, s’en saisit brièvement. La ministre des Armées Florence Parly l’évoqua en juillet 2019 dans son discours de la commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv’, soulignant qu’il appartenait aux Armées de porter l’initiative si elles la souhaitaient. Elle ne prospéra pas publiquement, alors qu’une importante actualité remettait une nouvelle fois en lumière l’héroïsme du capitaine Dreyfus, ainsi que la modernité démocratique que constituèrent la grande mobilisation dreyfusarde pour la justice et le combat de liberté dans la République. À la haine antisémite redoublant en France, l’histoire du capitaine Dreyfus démontrait tout à la fois les extrémités de raison d’État et de persécution des minorités auquel menait l’antisémitisme, et elle prouvait aussi l’honneur comme la puissance de l’engagement des dreyfusards l’affrontant résolument. La résistance même du capitaine Dreyfus face à ses bourreaux décrétant sa culpabilité, puis à l’île du Diable où il fut déporté, et devant ses accusateurs une nouvelle fois ligués au procès de Rennes, en soulignait cet héroïsme retrouvé.
On se félicita alors de l’inauguration, le 26 octobre 2021, par le président Emmanuel Macron, du Musée Dreyfus à Médan dans la Maison Zola, la programmation de la grande exposition du Musée d’art et d’histoire du judaïsme, Alfred Dreyfus. Vérité et justice (après celle de 2006, Dreyfus, Le combat pour la justice) que l’on peut visiter actuellement à Paris, l’exceptionnel podcast de Philippe Collin, « Alfred Dreyfus, le combat de la République », qui bat des records de téléchargement sur le site de France Inter, la publication qui nous a associés, Philippe Oriol et moi-même pour les Œuvres complètes du capitaine Dreyfus aux Belles Lettres en 2024…
Voici que le 17 avril 2025 paraît dans Le Figaro un appel solennel pour rendre « enfin complètement justice à Dreyfus ». Avec un sens de la formule et des arguments affirmés, le premier président de la Cour des comptes Pierre Moscovici, l’ex-secrétaire général de l’Élysée Frédéric Salat-Baroux et le président de la Maison Zola-Musée Dreyfus, Louis Gautier, relancent l’idée du généralat pour Dreyfus. Un essai de rédaction de la loi promouvant Dreyfus conclut même l’article, ses auteurs appelant « à ce qu’un ou plusieurs groupes parlementaires, et pourquoi pas la représentation nationale toute entière, s’empare maintenant de ce combat pour la justice et pour la France et inscrive dans une proposition de loi, pour laquelle ils ont la maîtrise de l’ordre du jour, un article unique : “La Nation française, éprise de justice et qui n’oublie pas, élève, à titre posthume, Alfred Dreyfus au grade de général de brigade”5 ».
Cette formulation est alors reprise dans une proposition de loi déposée le 7 mai suivant, sur le bureau de l’Assemblée nationale, par Gabriel Attal, ancien Premier ministre et chef de file des députés Renaissance. « L’article unique de cette proposition de loi appelle à élever Alfred Dreyfus au rang de général de brigade à titre posthume. Injustement condamné et exilé pendant près de cinq années sur l’île du Diable, Alfred Dreyfus a vu sa carrière irrémédiablement freinée par une faute d’État. En lui reconnaissant aujourd’hui ce grade, il s’agit de réparer pleinement ses droits, de lui restituer la progression qui aurait dû être la sienne », écrit le texte de la proposition, qui insiste : « Ce geste affirme que la fidélité aux valeurs républicaines est intemporelle et que la haine n’aura jamais sa place en France. Il inscrit dans notre présent un acte de mémoire, de justice et de fidélité aux principes qui fondent notre Nation. En honorant Alfred Dreyfus, nous réparons une injustice historique, nous saluons un engagement exemplaire, et nous réaffirmons l’honneur de la République. »
La discussion en séance publique est prévue le 2 juin prochain au Palais-Bourbon6. Depuis, les consultations et les discussions s’enchaînent. Éloigné de cette idée, sceptique sur sa pertinence7, et surtout intéressé par la possible élévation de Dreyfus au Panthéon, j’avais décidé de m’abstenir publiquement. Cependant, on m’interroge de différents endroits. Je crois plus honnête alors d’exprimer le fond de ma pensée, par cette analyse que la revue Esprit a bien voulu publier sur son site. Je remercie vivement sa directrice et sa rédaction en chef pour leur accueil. Les positions prises ici n’engagent bien sûr que moi-même.
L’hommage du Panthéon
Nous restons convaincu que l’hommage du Panthéon se situe à la hauteur du combat de Dreyfus et de sa signification pour aujourd’hui, pour la nation et pour la République. On pourrait rajouter « pour le monde », tant son nom et son combat résonnent au-delà de la France. Dreyfus n’a pas seulement servi l’Armée en étant digne des qualités des officiers les plus héroïques du pays. Par son exemple, il a rappelé et incarné les devoirs démocratiques de la République, il a fait vivre en France les valeurs de justice, de vérité et de liberté, il a honoré la nation telle que le Panthéon s’emploie à la définir. Sa place est au Panthéon. En 2006, pour le centenaire de la réhabilitation, nous avions pris l’initiative de le proposer au président de la République Jacques Chirac, sur la base de nos recherches historiques8. Nous restons cohérents avec nous-mêmes.
L’idée de demander au Parlement de réparer une faute passée dont il a porté la responsabilité peut certes se justifier, bien qu’à l’origine, la loi fautive du 13 juillet 1906 avait émané du gouvernement. Séduisante sur le principe, l’idée ne l’est plus dès lors qu’on l’étudie. Si généreuse soit-elle, si marquée du souci d’honorer au présent le capitaine Dreyfus et de réparer l’ultime injustice, la proposition de le nommer général de brigade à titre posthume n’est pertinente ni au regard de l’histoire, ni au regard de la mémoire, ni même à celui de la signification contemporaine de l’homme et de son combat.
Voyons d’emblée le risque – rapidement écarté, avec une certitude qui me paraît excessive – de créer un dangereux précédent, ouvrant la voie à des reconstitutions de carrière et élévations posthumes d’officiers bien plus hasardeuses et contestables. Il n’y a pas d’autres affaires Dreyfus, estime l’ancien Premier ministre. C’est vrai pour celles et ceux qui défendent un principe de vérité dans l’écriture de l’histoire. Mais certains peuvent considérer que les généraux du putsch d’Alger devraient bénéficier de telles mesures, que l’arrivée de majorités parlementaires d’extrême droite rendraient alors possibles.
La proposition de loi déposée par Gabriel Attal s’apparente au projet de loi rectificatif qu’Alfred Dreyfus avait vainement espéré de la part du gouvernement. Dans cette éventualité, cependant, une réintégration découlant d’une reconstitution de carrière exacte et complète ne l’aurait pas conduit à être nommé général de brigade, mais lieutenant-colonel (ou très jeune colonel). Pourquoi alors, avec la proposition de l’ancien Premier ministre, le nommer général de brigade, sinon envisager la suite de sa carrière où il aurait accédé à ce grade ? Rien n’indique cependant qu’il n’aurait pas progressé davantage dans les étoiles, passant général de division, puis chargé d'un commandement de corps d’armée, voire d’armée. Rappelons que Georges Picquart, de six ans son aîné, décédé accidentellement en service le 19 janvier 1914 après une chute de cheval, commandait déjà un corps d’armée.
Nonobstant cette question du grade, qui est loin d’être simplement technique comme on le voit, cette loi rectificative de réintégration est présentée comme un acte de justice, soit la pleine traduction de l’innocence restituée au capitaine Dreyfus. Du point de vue de l’homme, cette mesure s’impose pleinement. Dreyfus a été meurtri par l’injustice de sa réintégration amputée dans les cadres, comme il a profondément souffert des délais anormaux de sa promotion comme lieutenant-colonel9. Mais l’injustice disparaît-elle pour autant avec le généralat d’aujourd’hui, au risque aussi d’oublier ces circonstances si inacceptables de sa réintégration en 1906 ?
Dreyfus est mort. On ne peut hélas plus réparer la vie des défunts de leur vivant. On peut décider d’accomplir leur volonté, mais aussi d’agir sur leur mémoire présente pour la rendre plus conforme à la trace des personnes désormais disparues. Or Dreyfus demeure d’abord le capitaine Dreyfus (comme Picquart reste « le colonel » malgré ses étoiles). Il l’a été de son vivant, pour ses contemporains. Il est mort en capitaine Dreyfus, inhumé au cimetière du Montparnasse le 14 juillet 1935. Maurice Liber évoque la cérémonie d’adieu, alors qu’une grande parade militaire se déroule place de l’Étoile. Il rapporte les paroles du rabbin qui s’élève : « Menoukha nekhôna. Que le véritable repos… Ah oui ! repose en paix, capitaine Dreyfus, tu l’as bien gagné. Mais voici qu’au bord de la tombe, le fils récite la prière suprême : Yisgaddal… Gloire à la justice divine, rémunératrice infaillible10. »
Capitaine Dreyfus, il le reste pour aujourd’hui et pour demain. Ses Œuvres complètes portent sur la belle page, celle qui fait référence dans l’édition, « Capitaine Alfred Dreyfus » comme nom d’auteur. C’est avec ce grade de jeune officier obtenu à l’issue d’une première et brillante carrière qu’il s’est défendu contre les pires accusations, qu’il a lutté contre la raison d’État, qu’il a résisté à l’île du Diable et fait face à ses accusateurs au procès de Rennes. Son combat en a fait un grade pour la vie. Même nommé aujourd’hui général, il continuera d’être le capitaine Dreyfus. Il est mort lieutenant-colonel, mais personne ne le désigne comme « Colonel Dreyfus ». Il garde dans la mémoire nationale le grade attaché au fait d’arme proprement héroïque qui l’a propulsé dans l’histoire, celui d’avoir combattu en officier patriote une machination d’État dégradant toute l’institution militaire et beaucoup des autorités politiques de la République. Il arrive même que l’on parle sans aucune autre précision du « capitaine » et beaucoup savent que l’on évoque alors le capitaine Dreyfus.
De Gaulle est lui aussi demeuré dans l’histoire avec son grade de général de brigade. Résigné à quitter la présidence du gouvernement en janvier 1946, il a tout refusé, haute distinction dans l’ordre de la Légion d’honneur comme reconstitution de carrière l’amenant à obtenir des étoiles supplémentaires. Sa gloire, son honneur fut de n’en porter toujours que deux seulement sur les manches de son uniforme, les étoiles qui l’avaient accompagné à Londres le 17 juin 1940, arrivant de Bordeaux où le maréchal Pétain s’apprêtait à signer l’armistice, rejoignant son destin et celui de la France.
Beaucoup de députés devront certainement applaudir à la proposition Attal, énoncée avec éloquence et conviction. Mais elle se révèle très réductrice, autant de la mémoire et de l’histoire du premier héros de l’Affaire que du message qu’aujourd’hui on voudrait adresser à la nation par cette promotion au généralat. Pleinement militaire avec d’éminentes qualités de courage et d’intelligence, modèle pour aujourd’hui d’officier intellectuel et patriote, le capitaine Dreyfus dépasse cependant cette dimension des Armées dans lequel prétend le cantonner la proposition de loi.
Voter cette proposition semblerait aussi faire droit à l’hommage national tant attendu pour le capitaine Dreyfus. D’une certaine manière, la France serait quitte de Dreyfus. L’est-on pour autant ? Car la proposition adoptée aurait pour conséquence directe de mettre fin à la possibilité de transférer ses cendres au Panthéon, accompagnées de celles de son épouse, même symboliquement, leur permettant alors de demeurer, ensemble, dans le cimetière du Montparnasse à Paris, aux côtés du souvenir de leur petite-fille Madeleine, résistante au nazisme et qui périt à Auschwitz-Birkenau à l’âge de 25 ans. Son nom figure sur la dalle funéraire de ses grands-parents.
S’opposer à cette proposition ferait à l’inverse courir le risque aux parlementaires de manifester des tendances antidreyfusardes voire antisémites qu’on laisse à des formations hostiles aux acquis démocratiques de l’affaire Dreyfus. Mais il est possible à ces parlementaires soucieux de la justice dans l’affaire Dreyfus de sortir du dilemme de l’abstention en se saisissant de la proposition faite à Jacques Chirac, lors du centenaire de la réhabilitation de 2006, d’honorer du Panthéon le capitaine Dreyfus (et Lucie Dreyfus). Même si des oppositions pour le moins désagréables ont fini par dissuader le président d’annoncer cette panthéonisation à laquelle il était favorable11, sa légitimité n’est pas entamée, elle est même rehaussée par les qualités nouvellement restaurées du capitaine Dreyfus avec l’édition de ses Œuvres complètes auxquelles désormais son nom est associé.
La décision du Panthéon est de l’autorité du président de la République. Mais qu’à l’Assemblée nationale et au Sénat, on s’exprime en faveur de Dreyfus au Panthéon aurait une incontestable portée, l’expression d’une rare volonté collective. L’issue ne serait pas celle attendue par Gabriel Attal, mais les mots prononcés seraient plus forts que tout, donnant au secrétaire général de Renaissance la satisfaction d’avoir œuvré pour le bien commun.
- 1. Charles Péguy, Notre Jeunesse [1910], Paris, Gallimard, coll. « Folio Essais », 1993, p. 139-140.
- 2. Philippe Oriol en propose une déconstruction au scalpel dans Le faux ami du capitaine Dreyfus. Picquart, l’Affaire et ses mythes, Paris, Grasset, 2019. Sur le colonel Picquart, voir aussi Christian Vigouroux, Georges Picquart, dreyfusard, proscrit, ministre. La justice par l’exactitude, Paris, Dalloz, 2009.
- 3. Voir Alfred Dreyfus, Œuvres complètes (1894-1936), éd. Vincent Duclert et P. Oriol, postface de Pierre Dreyfus et Charles Dreyfus. Paris, Les Belles Lettres, 2024.
- 4. Cité in ibid.
- 5. Pierre Moscovici, Frédéric Salat-Baroux et Louis Gautier, « 130 ans après l’humiliation de son transfert sur l’île du Diable, rendons enfin complètement justice à Dreyfus », Le Figaro, 17 avril 2025.
- 6. Au Sénat, les sénateurs socialistes emmenés par Patrick Kanner, chef de leur groupe, ont déposé le 29 avril 2025 une proposition de loi similaire, « Élever à titre posthume Alfred Dreyfus au grade de général de brigade » : « La reconnaissance officielle du grade d’Alfred Dreyfus est un impératif moral qui revêt un caractère symbolique, car elle contribue à renforcer le troisième pilier qui fonde l’efficacité du collectif militaire : la force morale. Dans un contexte où la France se doit de se préparer aux défis des conflits actuels et futurs, cette initiative ne se limite pas à une simple nécessité juridique. Elle représente également une opportunité précieuse de renforcer le lien indissociable entre l’armée et la nation, en réaffirmant les valeurs fondamentales de justice et d’honneur qui les unissent. Pour toutes ces raisons, l’article unique de la présente proposition de loi vise à rétablir Alfred Dreyfus dans les honneurs et les grades qui lui revenaient de droit et de réinscrire son nom parmi les héros de l’armée française avec la dignité et la solennité qui lui sont dues. » Le Figaro daté du 6 mai 2025 cite l’élu du Nord dans ses déclarations à la radio locale ICI : « Ce n’est pas un sujet politique […]. L’antisémitisme grandissant dans notre pays aujourd’hui, ce climat assez nauséabond que l’on voit ici ou là, avec parfois des actes insupportables, on peut aussi le combattre par des actes symboliques. »
- 7. Mon entretien accordé au Monde après le discours de Florence Parly discutait cette pertinence (« Vincent Duclert : “Faire du capitaine Dreyfus un modèle pour les armées » », entretien avec Gaïdz Minassian, Le Monde, 25 juillet 2019).
- 8. Voir V. Duclert, Alfred Dreyfus. L’honneur d’un patriote [2006], Paris, Fayard, , coll. « Pluriel », 2016.
- 9. La statue de Dreyfus en son hommage, Le sabre brisé (1985) de Louis Mitelberg dit Tim, porte bien son nom à cet égard. Elle doit faire l’objet d’une nouvelle inauguration, place Dauphine, face à la Cour de cassation. Une reproduction orne la cour du Musée d’art et d’histoire du judaïsme.
- 10. Cité dans V. Duclert, Alfred Dreyfus. L’honneur d’un patriote, op. cit.
- 11. Je dispose de témoignages à cet égard. Pour s’en convaincre, il suffit de constater l’ampleur et la solennité que Jacques Chirac a données à la cérémonie nationale du 12 juillet 2006 dans la grande cour de l’École militaire à Paris, là où le capitaine Dreyfus avait été dégradé le 5 janvier 1895. Éloquent, le discours du président de la République relevait les qualités de l’officier, du citoyen, du combattant, celles précisément qui justifiaient la demande du Panthéon (voir V. Duclert, Dreyfus au Panthéon. Voyage au cœur de la République, Paris, Galaade, 2007).