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Dans le même numéro

Le réel, l'imaginaire et l'internet

décembre 2010

#Divers

La lutte contre le piratage en ligne met l’accent sur la déréalisation opérée par le numérique pour expliquer le sentiment d’impunité des internautes. Est-ce la bonne piste ? Elle présente le défaut de trop croire que l’internet appartient au virtuel, au lieu d’interroger les acteurs économiques sur leurs choix et leurs stratégies.

Les débats se poursuivent depuis plus de dix ans à propos des conséquences du piratage en ligne ; mais rien, ou presque, n’est dit à propos de ses causes. La raison en est simple : les effets destructeurs (ou non) du téléchargement illégal cristallisent à la fois des intérêts économiques importants (ceux des industries culturelles) et des revendications idéologiques de plus en plus bruyantes (celles de l’idéologie « pirate », historiquement issue des théoriciens du free software1).

Les causes du piratage, elles, ne cristallisent rien. Leur élucidation pourrait pourtant apporter un éclairage nouveau sur le rapport étrange que nous entretenons avec l’internet.

Principe d’euphorie

Tandis que la copyleft2 loue les glorieux effets du piratage sur le « bien-être général », les maisons de disques et les studios de cinéma exhibent leurs stigmates. Rien que de très conséquentialiste ; rien que de très moderne. Rien que de très humain, même : pour croire les uns ou les autres, nous voulons voir − les pertes des maisons de disques, ou les chiffres montrant les bénéfices sociaux du piratage.

Mais le désintérêt pour une investigation des causes du piratage a une origine autre que financière ou idéologique. Si l’on ne s’y attarde pas, c’est que lesdites causes semblent évidentes. Quoi de plus simple à expliquer, en effet, qu’un larcin ? Nul besoin, pour ce faire, de déployer des trésors de formalisation théorique. Il est plus agréable de ne pas payer, que de payer ; plus rationnel au sens économique ; voilà tout.

Supposons que cette thèse soit la bonne, et que le triomphe du piratage en ligne soit tout simplement celui du principe de plaisir, voire d’un principe d’euphorie. Car outre la jouissance qu’éprouve le voleur en bravant l’interdit, il existe un plaisir spécifique, suscité par la seule gratuité. Des expériences ont montré cet affolement euphorique de l’homme face au gratuit.

Ainsi, l’économiste Dan Ariely avait donné à un groupe d’individus le choix entre deux types de chocolat : des chocolats ordinaires, coûtant un centime ; et des truffes Lindt, plus luxueuses, coûtant quinze centimes.

Les trois quarts des sujets choisirent les truffes. Puis Ariely renouvela l’expérience, en réduisant d’un centime le prix de chaque chocolat. Cette fois, les chocolats ordinaires devenaient gratuits. Qu’advint-il ? L’ordre de préférence fut inversé. 69 % des cobayes humains choisirent les chocolats ordinaires. La différence de prix entre les deux chocolats restait la même, mais le mot magique « gratuit » galvanise la foule des consommateurs3.

Dans le cas du piratage, cette euphorie de la gratuité est doublée d’une autre euphorie − propre, elle, à l’abondance. À mille lieues des sciences expérimentales, on en trouve un exemple dans l’enthousiaste découverte, par Bardamu, des Américaines :

Je touchais au vif de mon pèlerinage. […] Les beautés que je découvrais, incessantes, m’eussent avec un peu de confiance et de confort ravi à ma condition trivialement humaine. […] Périlleuses nuances ! Réussites de tous les dangers ! De toutes les promesses possibles de la figure et du corps parmi tant de blondes ! Ces brunes ! Et ces Titiennes ! Et qu’il y en avait plus qu’il en venait encore ! C’est peut-être, pensais-je, la Grèce qui recommence ? J’arrive au bon moment !

Le pirate aussi arrive au bon moment ! Il jouit, simultanément, de l’euphorie de la gratuité et de celle de l’abondance. À lui la corne d’abondance de la culture gratuite sur l’internet ! Son agrément n’a d’égal que celui de son alter ego numérique : l’onaniste − gratifié de plus de vidéos pornographiques qu’il ne pourra jamais en voir.

L’euphorie de l’abondance gratuite ne dissipe cependant pas toute perspective de déception. Bien au contraire : plus dure sera la chute, plus triste le post coïtum. Une autre expérience révèle la satiété − confinant au dégoût − qui lui succède. Dans un supermarché, des psychologues installent un espace de dégustation : sur une table sont posés soit six, soit vingt-quatre pots de confitures différentes. Une euphorie de l’abondance gratuite pousse 60 % des individus à s’arrêter devant la table la mieux garnie (contre 40 % dans l’autre cas). Mais seuls 3 % de ceux appâtés par la multitude de confitures en achètent au moins un pot − contre 30 % des consommateurs n’ayant le choix qu’entre six confitures4.

Cette expérience est invoquée à l’appui d’un adage de la tartufferie postmoderne − éprise d’authenticité, de minimalisme et de lectures au coin du feu : Less is More. Bien entendu, moins, c’est plus. Mais on peut aussi en induire le sentiment de frustration égarée, qui semble aussitôt succéder à l’euphorie de l’abondance gratuite. Pour le pirate comme pour le goûteur de confiture, l’euphorie de l’abondance laisse place à l’angoisse du choix. Le passage du Voyage au bout de la nuit, cité plus haut, s’achève aussi tristement : « Une heure, deux heures passèrent ainsi dans la stupéfaction. Je n’espérais plus rien. » Le désespoir de Bardamu est celui de n’être pas remarqué. Mais cette perspective ne guette guère le pirate : lui n’est pas en proie aux caprices de « blondes », de « brunes » ou de « Titiennes », il a droit de cuissage sur les œuvres.

The Bagel Man

Laissons là le plaisir et l’euphorie. Aussi séduisante soit-elle, l’explication du piratage par le principe de plaisir ne suffit pas. Certes, on télécharge car cela procure du plaisir : jouissance, en creux, de ne pas débourser − jointe à l’euphorie propre de l’abondance gratuite. Mais pourquoi le principe de plaisir n’est-il pas endigué par le principe de réalité ? Telle est la question. Un article de l’économiste Steven D. Levitt, intitulé The Bagel Man, nous en fait prendre conscience.

En 1984, un économiste statisticien du nom de Paul F. décide de changer de carrière. Il se fait… vendeur de bagels (petits pains en forme d’anneau) dans les bureaux de Washington. Tôt le matin, il vient livrer des bagels dans les entreprises, ainsi qu’une tirelire ; puis il revient, avant le déjeuner, récupérer la recette et les invendus.

En quelques années, il livre 700 douzaines de bagels par semaine à 140 entreprises […]. Sans vraiment le prévoir, il a en même temps élaboré une belle expérience d’économie. En confrontant les sommes récoltées au nombre de bagels pris, il peut dire, au centime près, à quel point ses clients sont honnêtes. Le volent-ils5 ?

En bon statisticien, Paul F. conserva tous ces chiffres. De leur analyse, un fait massif se dégage : en moyenne, neuf employés de bureau sur dix ne commettront pas ce menu larcin qu’est le vol d’un bagel. Le chiffre est important. Neuf fois sur dix, un vol bénin, d’une facilité enfantine, n’est pas commis. Les conditions sont pourtant rêvées : aucune surveillance, aucun système de sécurité, des témoins très peu probables… mais à peine 10 % de vols. N’est-ce pas à désespérer de la malhonnêteté humaine ?

Rien là, pourtant, de surprenant. Nous autres modernes avons le soupçon trop facile : on ne nous la fait pas. Bentham, dans un texte magnifique, met en garde contre ce travers :

Quelque parti que [Le Roi] prenne, quelque sacrifice qu’il fasse, jamais il ne parviendra à étouffer la race de médisans […]. C’est surtout la vanité qui est la source la plus prolifique de cette injustice. On veut entendre finesse à tout : et comme dans cette espèce de tribunal, un pressentiment sympathique de la disposition générale fait regarder le parti de la condamnation comme le plus sûr, on préfère la supposition la plus forcée à la honte d’avoir soupçonné qu’une démarche d’une personne constituée en député a pu avoir eu un principe louable. […] Que Necker au lieu de se faire payer comme un autre de ses services, de sa charge, paye encore avec son argent la permission de les rendre, ce n’est qu’un moyen raffiné d’arriver aux fins de la cupidité6

Common indecency

Gardons-nous de « vouloir entendre finesse à tout ». Constatons juste l’étonnante probité dont font preuve les acheteurs de bagels. Nous l’avons dit : nulle autre situation que la leur n’est aussi propice au vol. Ce ne peut donc être la seule crainte d’être découvert, qui les pousse à glisser une pièce dans la tirelire de Paul F. S’il y a « crainte », c’est celle d’un spectre ; quelque autre motif doit jouer. Appelons ce motif « scrupule moral », ou « surmoi » ; ou donnons-lui, après Orwell, le beau nom de common decency.

Ladite décence ordinaire se fait discrète, lorsqu’il s’agit de télécharger une chanson ou un film. Ce n’est plus l’honnêteté, qui étonne par son ampleur ; c’est le vol. 95 % des téléchargements de musique seraient « illicites, sans rémunération des artistes ou des producteurs7 ». Le contraste avec la probité des acheteurs de bagels est saisissant. Les proportions sont inversées. La majorité n’est plus du côté de la civilité ; elle est du côté du pillage. Une common indecency règne. Comment en rendre compte ?

L’explication par l’immatériel

Première explication : le téléchargement d’une œuvre protégée n’est pas spontanément envisagé comme un vol. Le pirate, s’il éprouve une euphorie de l’abondance gratuite, ne semble bénéficier d’aucune jouissance de l’interdit. Et pour cause : il ne ressent pas, dans sa chair, que le piratage soit un vol. Comme l’écrit Pierre-Yves Gautier, spécialiste du droit de la propriété littéraire et artistique : « L’analogie du vol de la baguette de pain passe mal, ou pas du tout8. » Ce n’est pas sur le seul plan intellectuel que l’analogie ne « passe » pas, mais sur un plan intuitif, presque physique. « Les jugements moraux ne sont pas délibératifs, mais intuitifs et inconscients », écrit le psychiatre Iain McGilchrist9. Pour utiliser une terminologie médicale, aucun « marqueur somatique10 » ne signale au pirate qu’en téléchargeant un film, il fait à peu près la même chose qu’en volant un dvd. Pourquoi un tel marqueur somatique n’est-il pas apparu ? Comment le piratage est-il non seulement toléré, mais encore ressenti comme légitime ?

Cette question peut sembler triviale. Ainsi que l’écrit Péguy, « pour les personnes qui s’occupent d’avoir des solutions au lieu de considérer les problèmes ; et qui commencent toujours par résoudre ; il est évident que pour ces personnes il n’y a rien. Je dis rien là. (Et rien nulle part11) ». Ces « personnes » disposent d’une confortable réponse à notre question : « Parce que l’œuvre est immatérielle, pardi ! » Mais l’immatériel est une boîte noire théorique. Il est invoqué comme un fétiche vague et puissant, d’où toutes choses procéderaient. Observons la gourmandise avec laquelle des hommes politiques n’ayant jamais touché une souris d’ordinateur évoquent « l’économie de l’immatériel ». On croirait voir « les poules du Bas-Berry découvrant la machine à coudre ».

Le mot seul d’« immatériel » n’explique rien : il n’est que de se rappeler combien de choses, autour de nous, sont immatérielles − et pourtant plus consistantes que les objets les plus palpables. À commencer par la monnaie : nous passons notre temps à acheter des choses immatérielles avec de largent immatériel. La tarte à la crème, avant « l’économie de l’immatériel », n’était-elle pas « l’économie des services » ? Or cette « économie » n’est-elle pas tout entière immatérielle ? Par quel bout ça se prend, une nuit d’hôtel ?

Bref, on ne peut clore le dossier du piratage en ligne en le rangeant dans le tiroir « immatériel ». L’enquête doit être poursuivie.

La part maudite est paresseuse

Deux options s’offrent au salarié qui veut un bagel : payer ou ne pas payer. S’il entend payer, l’effort est minime : sortir une pièce de sa poche. Ni déplacement, ni délai. L’honnêteté n’a aucun coût. Seul le bagel est payé ; pas la bonne conscience. À l’inverse, l’honnêteté devient coûteuse dans le cas du pirate en ligne. Certes, ce coût de l’honnêteté a tendance à se réduire, avec la multiplication de solutions légales de téléchargement ou de streaming12 ; mais il subsiste. Il est même souvent maximal, puisqu’il contraint à se priver de l’œuvre que l’on aurait pu télécharger illégalement. Entre mille autres exemples, il est aujourd’hui impossible de télécharger légalement Le Dernier nabab. Pour voir ce film sans enfreindre la loi, il faut s’en priver ou attendre l’achat du dvd. Le coût est élevé : il est bien moins fatigant de cliquer13.

On l’aura compris, c’est la paresse qui est ici le facteur mis en avant. Si la Common Indecency triomphe, c’est en grande partie parce que le tout-venant n’a pas la probité assez chevillée au corps pour payer le surcoût d’honnêteté exigé. Les maisons de disques, elles, crieraient volontiers à la dissolution des mœurs. Mais le piratage n’a rien à voir avec une quelconque part maudite ; la réalité est plus prosaïque. Le principe du moindre effort est à l’œuvre. En termes triviaux, on parlera de flemme d’être honnête. De même qu’est généralement à l’œuvre la flemme d’être malhonnête : en dehors du piratage ou des cas d’école des bagels, on sait en effet le vol toujours plus malaisé que l’achat. Rien de difficile comme de retirer la bande magnétique d’un Dvd dans les allées de la Fnac, sous l’œil des vigiles et des caméras…

Si l’on poursuit le parallèle entre le vol à l’étalage et le piratage, un autre hiatus se présente à l’esprit − à propos, cette fois, de la manière dont le pirate et le voleur de disque envisagent leurs risques respectifs. Nul doute que le risque d’être pris sur le fait soit plus élevé chez l’aspirant voleur à l’étalage que chez l’aspirant pirate. Personne ne conteste que le droit de la propriété intellectuelle soit difficile à faire respecter sur l’internet : la prémisse réconciliait les opposants à la loi Hadopi avec ses thuriféraires.

En la matière, la différence entre le vol en magasin et le piratage est plus profonde encore : non seulement le risque d’être surpris est supérieur pour le voleur à l’étalage, mais ce risque est surévalué par celui qui ne vole pas. Une étude de psychologie criminelle montre que les individus ne s’adonnant pas au vol à l’étalage ont une perception du risque d’être surpris en flagrant délit bien plus forte que ceux qui, eux, pratiquent ce genre de vols14. Le pirate, quant à lui, n’est pas en proie à une telle surévaluation des risques (dont l’effet joue sans doute même dans le cas limite de l’acheteur de bagel − qui n’a pourtant aucun risque objectif de se faire prendre). Aussi n’est-il pas seulement paresseux : il est insouciant.

La paresse ou l’insouciance expliquent certes en partie l’ampleur du piratage ; mais elles ne résolvent pas l’énigme. Notre problème, en effet, est le suivant : pourquoi piratage et vol ne se situent-ils pas, intuitivement − somatiquement − dans la même sphère15 ? Ce n’est pas parce que l’on refuse de payer un surcoût d’honnêteté − ou parce que l’on juge faible un risque − qu’on n’est pas conscient de commettre pour autant un acte répréhensible. Bref, parler de paresse d’être honnête ou d’insouciance n’explique pas pourquoi l’on n’a pas le sentiment d’être malhonnête.

Zone grise déjà meublée

Un élément psychologique pourrait contribuer à expliquer ce sentiment d’innocence du pirate. Comparons à nouveau les situations du voleur et du pirate. Dans le cas d’un vol en magasin, l’alternative est simple : payer l’objet ou non. Si on ne le paie pas, on le vole. La situation est tranchée. À l’inverse, télécharger est un geste tout autre. Lorsque l’œuvre téléchargée n’est pas payée, il peut arriver qu’elle ne soit pas volée non plus. Si l’on a déjà acheté tel disque des Beatles, il est difficile de soutenir que le téléchargement du même album soit un vol. Ce téléchargement s’apparentera à une « copie privée » − tolérée en droit français16.

Dès lors qu’existe cette zone grise, à la fois légale et éthique, on conçoit que la mauvaise conscience, assoiffée de justification, s’y précipite. Les zones grises sont les oasis de la mauvaise conscience ; la casuistique pourrait même être définie comme l’art de lui aménager de confortables zones grises. Dans le cas du piratage, point n’est besoin de tels aménagements : la zone grise existe déjà ; elle ne demande qu’à être envahie. Le paralogisme utilisé par le pirate est le suivant : si le téléchargement n’est parfois pas un vol, il ne l’est jamais. Nul besoin de s’attarder sur la faiblesse de l’articulation logique.

Ce recours de la conscience du pirate aux zones grises éthiques et légales entourant le téléchargement illégal joue sans doute un rôle dans l’ampleur du phénomène. Pourtant, tout comme la paresse et l’insouciance évoquées plus haut, cette explication n’est pas tout à fait concluante. Le paralogisme du pirate est, en effet, un raisonnement a posteriori. Tout efficace qu’il soit pour apaiser la conscience, il n’en est pas moins second : il arrive après la bataille, après l’acte de téléchargement. Comme toute stratégie de justification, il ne rend pas compte de la raison pour laquelle, a priori, intuitivement, le téléchargement illégal n’est pas envisagé comme un vol. Mais alors pourquoi ?

Malgré l’incitation de Bentham à nous défaire d’un certain esprit de soupçon, rechaussons nos vieilles bottes de soupçonneux − et adonnons-nous à la pensée généalogique. Un détour par la métaphysique nous semble ici nécessaire pour saisir la teneur paradoxale de nos rapports avec l’internet ; et en déduire la raison profonde de l’ampleur du piratage en ligne…

Le réel, l’imaginaire et l’illusoire

Dans le Réel, l’imaginaire et l’illusoire, Clément Rosset écrivait :

La notion d’imaginaire est traditionnellement associée à l’idée d’irréalité, voire d’un refus du réel susceptible de conduire à la folie quiconque s’abandonnerait inconsidérément à son empire. Toutes les définitions du dictionnaire s’accordent à reconnaître dans l’imaginaire […] un produit contraire à toute réalité ; […] Qu’il y ait divorce entre les deux domaines est […] très douteux. Car il est bien certain que l’imaginaire n’existe qu’à la faveur de l’imagination et ne saurait donc jamais être le résultat d’une perception directe du réel ; mais de cela il ne s’ensuit nullement que l’imaginaire implique une dénégation de la réalité17.

Pour illustrer la « bonne et fondamentale entente entre le réel et l’imaginaire », Rosset évoque don Quichotte :

Don Quichotte voit trouble : il prend des moulins à vent pour des géants, un troupeau de brebis pour une armée en marche […]. Cependant, il est remarquable que ce trouble de la vision n’entraîne pas un trouble de la pensée. Car don Quichotte, une fois en contact immédiat avec le moulin, la brebis, […] reconnaît aussitôt et de bon cœur sa méprise. […] Ainsi n’y a-t-il nul divorce entre le réel tel que le vit quotidiennement don Quichotte et l’imaginaire tel qu’il se le représente de loin en loin : ce dernier n’étant autre que le réel ordinaire affecté d’un petit coefficient de bizarrerie. Coefficient sans incidence grave, puisque l’imagination se donne pour telle et se laisse effacer à la première remontrance du réel […]18.

Selon Rosset, loin de s’opposer au réel, l’imaginaire en fait partie intégrante. En termes poppériens, l’imaginaire est réfutable ; l’imaginaire, comme la théorie scientifique, ne demande qu’à être falsifié − contredit par le réel. Il n’y a entre l’imaginaire et le réel qu’une « différence d’emplacement ».

Ce qui s’oppose au réel n’est pas du tout l’imaginaire, mais l’illusoire […]. L’illusion se caractérise essentiellement par l’imprécision, par l’incapacité à jamais de définir exactement un objet précis qui pourrait se présenter. Témoin Madame Bovary, dont les rêves ne consistent pas dans la constitution d’un monde imaginaire, mais dans l’incessante répudiation de toute réalité tangible19.

L’imaginaire, l’internet : un distinguo

La réintégration par Rosset de l’imaginaire dans le giron du réel aide à cerner la disposition d’esprit spontanée de l’homme face à l’internet. L’internet pourrait bien être, comme l’imaginaire, l’objet d’une confusion. Il ne serait jamais où on l’attend. On l’attendrait hors du réel ; il y serait pourtant.

Certes l’analogie entre l’imaginaire et l’internet n’est pas parfaite. Distinguons. L’imaginaire se « donne pour tel » ; c’est là ce qui fait sa force, ce qui lui donne le droit de faire partie intégrante du réel. Le roman, par exemple, se donne comme roman − comme ouvrage d’imagination. Sa relation avec le réel est encore plus intime que celle des fruits de l’imagination de don Quichotte. Il ne revendique pas − ou seulement de biais − la qualité d’ouvrage historique. Il adhère à lui-même. C’est nous qui, à tous crins, voulons séparer l’imaginaire du réel − c’est-à-dire « faire d’une chose deux », pour employer une autre formule de Rosset20. C’est nous qui voulons éloigner le roman du réel, en soutenant sans y prendre garde, jusque dans les dictionnaires, que l’imaginaire « s’oppose au réel ».

Le cas de l’internet est plus simple. À la différence de l’imaginaire, il ne se « donne » pour rien. Il est un agrégat de milliards de sites, de messages, de transactions. Il est une partie de l’économie de l’information, une partie de l’économie de la culture, une partie de l’économie tout court ; bref, une partie des actions humaines. Il est, voilà tout. Il n’a pas même ce statut « à part » que Rosset reconnaît à l’imaginaire quand il le définit comme « le réel ordinaire affecté d’un petit coefficient de bizarrerie ». Il a sa place au cœur du réel ; mais on la lui refuse.

Pourquoi ce refus ? Pourquoi faire ainsi « d’une chose deux » − séparer l’imaginaire comme l’internet du réel ? La réponse pourrait aussi figurer dans l’œuvre de Rosset − tout entière tournée vers l’analyse de notre désir de nier, de fuir le réel. Faire d’une chose deux, c’est occulter l’effroyable unité du réel − son idiotie, en termes rossetiens. Faire d’une chose deux, c’est diviser pour mieux rayer, pour mieux souffler ; c’est séparer le réel pour l’oublier − y bricoler un ailleurs, quand l’ici ne suffit pas. Or l’ici jamais ne suffira…

Indices linguistiques

L’imaginaire, gémissant et grattant aux portes du réel, sa mère patrie, a désormais de la compagnie ; l’internet est relégué dans les mêmes limbes que lui. Pour s’en convaincre, utilisons la méthode de Rosset. Ce dernier s’étonnait de ce que les dictionnaires accréditent la thèse d’un imaginaire « contraire à toute réalité ». Observons, nous aussi, les usages linguistiques.

On peut constater, en premier lieu, l’étrange insistance à qualifier l’internet de monde « virtuel ». Cette insistance n’est pas anodine. De même qu’il existe une tendance à reléguer l’imaginaire hors du réel, il semble exister une tendance à exclure du réel le soi-disant « monde virtuel », c’est-à-dire l’internet. L’utilisation très courante de l’adjectif « virtuel » pour désigner l’internet en dit long sur notre désir de congédier cet outil hors du réel. À cet égard, la définition de Wikipédia est sans équivoque :

Virtuel est un adjectif utilisé pour désigner ce qui est seulement en puissance, sans effet actuel. On utilise souvent cet adjectif pour désigner ce qui se passe dans un ordinateur ou sur internet, par opposition au monde réel [c’est nous qui soulignons].

En termes aristotéliciens, l’internet est pourtant du côté de l’acte, et non du côté de la puissance/potentiel/virtuel. Le pirate en ligne peut bien avoir l’illusion de voguer angéliquement dans le virtuel, il est actuellement un voleur.

Un deuxième usage vient confirmer la façon dont le langage trahit notre conception intuitive de l’internet : l’absence usuelle d’article défini avant le mot « internet21 ». On dit généralement « Internet » tout court − et non « l’internet ». Cette absence est très révélatrice ; elle est un privilège réservé aux noms propres − aux planètes notamment. Uranus, Pluton, Neptune et désormais… Internet22. On dit « sur Internet » comme on dit « sur Mars ». La télévision elle-même n’avait pas eu ces honneurs.

Un autre usage révélateur consiste en l’insistance à attribuer une majuscule à l’internet. Rien ne la justifie pourtant − seul peut-être un fétichisme respectueux, le désir d’y voir une contrée à part, où régnerait l’irresponsabilité… Avec ironie, un anonyme écrivait (sur un site internet !) :

Bien sûr qu’Internet porte une majuscule. Le mot porte toujours une majuscule à la Télévision, et dans les Journaux. Les gens parviennent même à le prononcer avec une majuscule lorsqu’ils parlent à la Radio ou au Téléphone. Je l’ai même lu avec une majuscule dans des Livres et sur des Écriteaux, au bord des Routes…

Dernier indice : le recours systématique à la notion « d’internaute » pourrait bien relever de la même passion de présenter l’internet comme un monde clos, un réel à part. Philippe Muray le soulignait avec vigueur :

Jamais il n’est venu à l’esprit de quiconque de parler de téléphonautes […]. Jamais il n’est venu à l’esprit de parler de contracepteuses à propos des premières utilisatrices de la pilule anticonceptionelle. Jamais il n’est venu à l’esprit de parler de filàcouperlebeurristes […]. Et la raison en est simple : ces utilisateurs du téléphone, de la pilule ou du fil à couper le beurre étaient aussi, par ailleurs, tout autre chose, des abonnés au gaz, des salariés, des rentiers, des cocus, des cancéreux, des blonds, des bruns, des imbéciles, des génies, des champions de natation, des gangsters, des unijambistes, des commerçants, des pères ou des mères de famille, etc.23.

Muray pointe du doigt l’utilisation frénétique du terme « internaute ». Sur ce terrain, rien de commun avec le terme de « téléspectateur », par exemple. On entend de plus en plus souvent, en effet, l’utilisation du terme « internaute » pour remplacer celui de « Français », d’« individus », d’« hommes » ou de « citoyens »… Un exemple récent nous a été donné par la secrétaire d’État à l’économie numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet :

Beaucoup d’internautes se reconnaissent d’abord dans une communauté numérique […] De plus en plus d’internautes considèrent qu’internet, d’une certaine manière, est leur patrie24.

Transsubstantiation sémantique : l’homme n’est plus homme, il est internaute.

Les idées ont des conséquences

Ces indices linguistiques concordent : l’internet est spontanément envisagé comme un réel à part, un monde en soi − une contrée hors du réel. Si l’on devait reconstituer notre représentation spontanée de l’internet, le syllogisme inconscient serait le suivant : (i) l’internaute navigue dans le « cyberespace », sur la planète Internet ; (ii) or le « cyberespace » est virtuel, hors du réel ; (iii) l’internaute navigue donc hors du réel.

Bref : si l’internet est virtuel, tout y est permis

Notre langage trahit, dès lors, un certain désir de congédier l’internet hors de la réalité. Certes le programme ne peut être rempli jusqu’au bout. Quoi qu’on en ait, l’internet sera toujours désespérément enchâssé dans le réel. Il ne sera jamais qu’une simple modalité des actions humaines. Mais voilà l’internet relégué dans un « inter-monde » − comme ceux où habitent les dieux d’Épicure ; comme celui où l’imaginaire est évacué. Dès lors, dans nos esprits, une œuvre d’imagination mise en ligne devient en quelque sorte de l’irréel au carré. L’œuvre n’est plus que de l’imaginaire sur l’internet − autant dire presque rien. L’internet est congédié hors du réel, l’auteur banni de l’internet.

Dans cette perspective, l’avènement du piratage représente l’accomplissement technique d’un fantasme parricide, celui de la mort de l’auteur25 : « Les citoyens du cyberespace célèbrent comme une victoire de l’égalité la liquéfaction de l’auteur », écrivait Alain Finkielkraut26. Cette célébration est sans doute issue d’un ressentiment à l’égard de l’éminence dont Péguy fut un infatigable analyste : « Tout ce qui dépasse ils ne sont occupés qu’à le déraser. Et de leur marais ils ne font naturellement rien sortir27. » Un article du New York Times narrait la hargne étonnante de lecteur d’e-books à l’encontre d’écrivains ayant osé élever le sacro-saint prix de 9, 99 dollars fixé à l’origine par Amazon :

Des auteurs ont été surpris par la véhémence des protestations des lecteurs. […] « Ça me stupéfie quand je reçois 50 emails de lecteurs m’écrivant “Je n’achèterai jamais plus aucun de tes livres. J’ai tourné la page, espèce d’écrivain cupide, cupide” » dit Douglas Preston, dont le roman Impact s’est hissé à la quatrième place sur la liste des best-sellers du New York Times28.

« Les idées ont des conséquences29. » On n’exile pas tout un pan des actions humaines hors de la réalité, sans que les comportements ne changent. Si le piratage fait rage, sans doute est-ce en raison de cette éviction spontanée de l’internet hors du réel. Telle n’est certes pas la seule cause du phénomène ; mais peut-être est-ce celle de son caractère si étrangement massif. D’autres facteurs l’aggravent ; mais ils arrivent après la bataille − remportée par notre conception de l’internet.

Mimétisme et force normative du statu quo

De ces facteurs d’aggravation du piratage, on peut donner deux exemples. Un premier est la « force normative du statu quo30 ». Ce concept peut être décrit comme une variante maximaliste de « l’effet de cliquet », développé par l’économiste Duesenberry.

Là où l’effet de cliquet désigne un habitus et traduit la seule difficulté pour un individu de revenir en arrière, la force normative du statu quo va plus loin : elle désigne la propension humaine à considérer comme juste un état de fait − et comme injuste un éventuel retour en arrière31. Jon Elster donne l’exemple du choix des places dans un amphithéâtre, au cours d’un colloque : le premier jour, les gens se placent un peu au hasard ; mais le second jour, malheur à qui voudra changer de place : il n’en a pas le droit, et ne trouvera que réprobation haineuse chez celui à qui il aura « volé sa place ». « La coutume fait toute l’équité, par cette seule raison qu’elle est reçue ; c’est le fondement mystique de son autorité32. » L’exemple de l’amphithéâtre révèle que l’autorité de la « coutume » pascalienne peut advenir en l’espace d’une nuit…

Une normativité mimétique renforce cette normativité du statu quo. L’exclamation naïve d’un étudiant de Stanford l’illustre à merveille : « Il se peut que ce soit du vol, mais tout le monde le fait. Comment cela pourrait-il être mal33 ? » Si l’on ajoute à ces normativités « mimétique » et « du statu quo » la répugnance de l’esprit humain à reconnaître ses torts, on comprend sans peine l’enracinement du piratage dans les mœurs. Ces forces se nourrissent d’elles-mêmes. Plus la situation dure, plus elle est légitime ; plus elle devient « coutume ».

Les béni-wiki

Un autre facteur d’aggravation du piratage est l’idéologie pirate, dont la diffusion est illustrée par la multiplication dans le monde des partis pirates. La petitesse de ces partis ne doit pas nous leurrer : de même que la gauche a toujours dû faire des compromis idéologiques avec l’extrême gauche, notre « obscurantisme démocratique34 » incline à prêter une oreille indulgente à l’idéologie pirate ; et à faire valoir un libre accès à la culture contre l’aristocratique droit d’auteur. La levée de boucliers qu’a suscitée dans la presse française la loi Hadopi en est un exemple.

En bref, l’idéologie pirate a un credo : le piratage n’est pas du vol. À l’appui de cette thèse, ceux que l’on pourrait appeler les béni-wiki ont développé une série de paralogismes. Brossons l’argumentaire de ces chantres de la participation, du partage et du remix :

ce n’est pas du vol, car l’objet est immatériel (comme si voler de l’argent immatériel sur un compte en banque immatériel n’était pas du vol) ;

ce n’est pas du vol, car l’œuvre est reproductible à l’infini (comme s’il était reproché, par exemple, à LexisNexis de marchander l’accès à ses bases de données − pourtant reproductibles à l’infini) ;

ce n’est pas du vol, car le but du pirate n’est pas lucratif (comme si, toutes proportions gardées, tuer un homme ne devenait un péché mortel que lorsque l’on est payé pour le faire – pour évoquer un sophisme jésuitique des Provinciales35);

ce n’est pas du vol, car il n’y a pas de victime (comme si le téléchargement ne constituait pas pour l’artiste un manque à gagner) ;

ce n’est pas du vol, car les pirates sont nos enfants (comme si le chantage affectif pouvait changer la définition du mot « vol ») ;

ce n’est pas du vol, les artistes n’ont qu’à trouver d’autres sources de revenus (ce conseil avisé ne change pas, lui non plus, la définition du mot « vol ») ;

ce n’est pas du vol, car ce n’est pas ressenti comme tel (baptisons cette thèse Prolégomènes à une justice des sensations);

ce n’est pas du vol, car cela incite à la création (il est certes vraisemblable, par exemple, que le piratage ait accéléré l’essor du cinéma 3D ; mais tout vol implique son lot d’externalités positives ; volez un million de dollars à Bill Gates, l’utilité totale augmentera : ce qui change votre vie est pour lui quantité négligeable ; mais ça n’en est pas moins du vol) ;

ce n’est pas du vol, car « l’information aspire à la gratuité36 » (comme si l’information pouvait aspirer à quoi que ce soit − comme si le prix de l’application New York Times pour Ipad frustrait les aspirations des articles du journal) ;

ce n’est pas du vol, c’est du partage (cet argument pirapartageux se fait plus discret, depuis que le téléchargement direct et le streaming ont pris la place du « partage » de fichiers sur les réseaux d’échange)…

La substantifique moelle de ces paralogismes est ici exposée dans sa nudité. Il existerait certes un moyen de contourner cette sophistique : la seule manière conséquente de défendre le piratage est d’admettre l’axiome proudhonien selon lequel la propriété intellectuelle serait « le vol37 ». Mais bien peu s’y risquent ; on recourt plus volontiers aux pis-aller que nous avons énumérés. S’ils sont monnaie de singe, ils sont monnaie courante − et constituent l’aliment essentiel des stratégies de justification des pirates.

Un retour de réel ?

Certains d’entre eux, cependant, n’ont plus besoin de ces sophismes. Dans un article du New York Times, au début de l’année 2010, on lisait :

Martin Thornkvist, gérant d’un label musical en Suède, cherchait en ligne il y a quelques semaines le nouvel album du groupe Vampire Weekend. Il se tourna d’abord vers Spotify, un service d’écoute de musique en ligne légal et gratuit ; ayant fait chou blanc, il finit par acheter l’album sur iTunes. « Il y a six mois à peine, j’aurais été directement sur The Pirate Bay », dit-il, faisant allusion au fameux site internet d’échange illégal de fichiers, dont les fondateurs ont été condamnés l’année dernière par une juridiction suédoise pour infraction aux droits d’auteurs. Mais The Pirate Bay n’a pas disparu, M. Thornkvist dit qu’il n’a même pas envisagé de télécharger l’album sur le site. « C’était très étrange, dit-il. Pas de doute : quelque chose a changé38. »

Ce petit fait n’annonce ni le printemps des maisons de disques, ni l’hiver des pirates. La suite de l’article le montre : malgré la décision de justice contre The Pirate Bay, malgré une nouvelle loi destinée à faciliter l’assignation en justice des pirates et malgré l’apparition de solutions légales telles que Spotify, « des signes indiquent que le piratage en ligne pourrait bien être de nouveau à la hausse » en Suède. Il n’en reste pas moins que M. Thornkvist a cessé de pirater. Le temps, les procès, la loi et la raison ont eu raison de sa conception de l’internet comme un monde hors du réel, où les actes seraient sans conséquences – comme une zone de non-droit de la propriété intellectuelle.

Il était aisé de tirer sur l’ambulance « inconstitutionnelle » qu’était la loi Hadopi. À peine le premier projet de loi avait-il paru que fleurissaient déjà sur l’internet des manuels à l’usage du petit pirate donnant des recettes de contournement. Certes l’Hadopi évoquait il y a quelques semaines encore le poignant désœuvrement du retraité jouant au Bingo : afin de « sensibiliser “le grand public et les familles” », elle distribuait fin août, aux péages des autoroutes, « 260 000 dépliants expliquant ce qu’est l’Hadopi39 »… Et certes rien ne garantit l’efficacité des premiers courriers électroniques d’avertissement, envoyés depuis le 2 octobre dernier. Mais peut-être, en la matière, sommes-nous victimes d’une myopie utilitariste. Tout inefficace qu’elle soit, l’Hadopi affirme que l’internet fait partie intégrante du réel ; que la propriété intellectuelle y a la même valeur que dans le soi-disant monde réel40. L’internet est quelque chose plutôt que rien.

  • *.

    Étudiant en droit et en économie.

  • 1.

    Mouvement initié dans les années 1980 par Richard Stallman, prônant la création de logiciels « libres » tels que Linux (dont l’utilisation, l’étude, la modification, la duplication et la diffusion sont autorisées sans contrepartie) ; mais sa vocation était dès l’origine plus vaste − et pourrait être définie comme un « anarchisme numérique », hostile à la propriété intellectuelle avant tout.

  • 2.

    Jeu de mots avec copyright attribué à Richard Stallman, souvent traduit par « gauche d’auteur » en français.

  • 3.

    Malcolm Gladwell, “Priced to Sell: Is Free the Future?”, The New Yorker, 6 juillet 2009.

  • 4.

    S. S. Iyengar et M. R. Lepper, “When Choice is Demotivating: Can One Desire too Much of a Good Thing?”, Journal of Personality and Social Psychology, 2000, 79, p. 995-1006. Cité par Gerd Gigerenzer dans Gut Feelings, Penguin Books, 2007, p. 31.

  • 5.

    Stephen J. Dubner et Steven D. Levitt, “What the Bagel Man Saw”, The New York Times, 6 juin 2004.

  • 6.

    Jeremy Bentham, « Conduite à tenir par le Roi », dans Rights, Representation and Reform (Collected Works of Jeremy Bentham, Oxford/New York, Clarendon Press/Oxford University Press, 2002, p. 17-18). Cité par Jon Elster dans le Désintéressement, Paris, Le Seuil, 2009, p. 47-48. C’est nous qui soulignons.

  • 7.

    Randal Stross, “Will Books be Napsterized?”, The New York Times, 3 octobre 2009.

  • 8.

    Pierre-Yves Gautier, « La propriété intellectuelle, un sous-droit », Libération, 1er juillet 2009.

  • 9.

    Iain McGilchrist, The Master and His Emissary, Yale University Press, 2009, p. 86.

  • 10.

    Antonio R. Damasio, l’Erreur de Descartes : la raison des émotions, Paris, Odile Jacob, 1995.

  • 11.

    Charles Péguy, Clio. Dialogue de l’histoire et de l’âme païenne, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », t. III, p. 1203-1204.

  • 12.

    Le streaming − par opposition au téléchargement − est la possibilité de regarder ou d’écouter en ligne une œuvre, sans avoir à la conserver sur son disque dur. Les plateformes principales de streaming musical sont Deezer ou Spotify. La principale plate-forme de téléchargement de musique est Itunes.

  • 13.

    Il suffit cependant d’aller consulter le nouveau site voirunfilm.com, pour se rendre compte que le nombre de films non encore disponibles en streaming va s’amenuisant ; de très nombreux films y sont disponibles, du Silence de Lorna des frères Dardenne à 300 de Zack Snyder ; ou Baby Doll

  • 14.

    Day, Liza, Maltby, John, Giles, David et Wingrove, Vicki, “Psychological Predictors of Self-Reported Shoplifting”, Psychology, Crime & Law, 2000, 6 : 1, p. 71-79.

  • 15.

    Ou dans le même « pattern », pour utiliser à nouveau la terminologie d’Antonio Damasio.

  • 16.

    En toute rigueur juridique, la situation relève du « recel » et non de la « copie privée », Cass. crim. 30 mai 2006, cité par Pierre-Yves Gautier, Propriété littéraire et artistique, Paris, Puf, 6e éd., 2007, no 343, p. 397.

  • 17.

    Clément Rosset, Fantasmagories, suivi du Réel, l’imaginaire et l’illusoire, Paris, Minuit, 2006.

  • 18.

    C. Rosset, Fantasmagories, suivi du Réel…, op. cit.

  • 19.

    Ibid.

  • 20.

    « La technique fondamentale de l’illusion est en effet de faire d’une chose deux », C. Rosset, le Réel et son double (1976), Paris, Gallimard, coll. « Folio essais », 1984, p. 18.

  • 21.

    Cet usage a été identifié et combattu par le philosophe Paul Mathias.

  • 22.

    Pour filer la métaphore de la planète, l’internet semble avoir une gravité propre : « Ces dernières années, d’une simple distraction, l’internet a mué en quelque chose de plus inquiétant. Même quand je suis loin de mon ordinateur, je suis conscient d’être loin de mon ordinateur et je m’échine à trouver le moyen de revenir à mon ordinateur » (James Sturm, dessinateur américain, cité par Nicholas Carr sur son blog roughtype.com, billet du 8 avril 2010).

  • 23.

    Philippe Muray, « Toute la vérité sur internet », Exorcismes spirituels III, Paris, Les Belles Lettres, 2002, p. 336-337.

  • 24.

    Nathalie Kosciusko-Morizet sur Europe 1, le 28 octobre 2009.

  • 25.

    Lire Thierry Quinqueton, « WWW : la disparition de l’auteur ? Une anticipation de James Thomas Farrell », Esprit, mai 2010.

  • 26.

    Alain Finkielkraut, Internet, l’inquiétante extase, Paris, Mille et une nuits, 2001, p. 34.

  • 27.

    Charles Péguy, lArgent suite, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », t. III, 1992, p. 880.

  • 28.

    “E-Book Price Increase May Stir Readers’ Passions”, The New York Times, 11 février 2010.

  • 29.

    Richard M. Weaver, Ideas Have Consequences, The University of Chicago Press, 1948.

  • 30.

    Jon Elster, le Désintéressement, Paris, Le Seuil, 2009.

  • 31.

    Cette force normative a été constatée empiriquement lors de nombreuses expériences, notamment : Daniel Kahneman, Jack Knetsch et Richard Thaler, “Fairness as a Constraint on Profit-Seeking”, American Economic Review, 1986, 76, p. 728-741 (articles cités par Jon Elster).

  • 32.

    Pascal, Pensées, L 60.

  • 33.

    Cité par Lawrence Lessig, Remix, Bloomsbury, 2008, p. xvii.

  • 34.

    L’expression est de Marcel Gauchet.

  • 35.

    « Les assassins ne sont-ils pas indignes de jouir du privilège des églises ? Oui, par la bulle de Grégoire XIV. Mais nous entendons par le mot d’assassins ceux qui ont reçu de l’argent pour tuer quelqu’un en trahison. D’où il arrive que ceux qui tuent sans en recevoir aucun prix, mais seulement pour obliger leurs amis, ne sont pas appelés assassins », Pascal, Provinciales, Sixième lettre.

  • 36.

    Chris Anderson, Free: The Future of a Radical Price, Hyperion, 2009.

  • 37.

    Comme en attestent les Majorats littéraires, œuvre de Proudhon s’élevant contre la « perpétuité des droits d’auteur », sa position véritable est bien plus subtile.

  • 38.

    “Swedish Music Fans Start to Steer Clear of Pirates”, The New York Times, 10 janvier 2010.

  • 39.

    Le Monde, 22 août 2010.

  • 40.

    Une étude menée par des « universitaires bretons » tendrait à montrer que le seul vote de la loi Hadopi aurait dissuadé 15 % des personnes interrogées d’utiliser les réseaux pair-à-pair (P2P) : « Hadopi a déjà eu un effet dissuasif sur le piratage », www.oinet.com, 30 septembre 2010. Mais tout porte à craindre que cet effet ne soit, comme en Suède, que passager.