Dans le même numéro

Rousseau, une autocritique des Lumières

août/sept. 2009

De l’intérieur des Lumières, Rousseau produit une critique des présupposés de son siècle. Sur des questions aussi fondamentales que le rapport de l’homme à la nature, la théorie du droit naturel ou le lien entre la loi et les mœurs, l’auteur du Contrat social introduit des écarts décisifs avec ses contemporains. Mais c’est le problème du droit naturel qu’il subvertit le plus profondément, en montrant qu’il ne reçoit de sens que dans un cadre politique qui associe les passions et la liberté.

Les décisions prises sur le passé sont souvent celles qui engagent le plus l’avenir. Aujourd’hui, définir notre rapport avec les Lumières revient plus largement à statuer sur l’héritage que nous recevons de la modernité et donc, en un sens, à décider de notre identité. Mais pour hériter du passé avec pertinence, il faut d’abord se déprendre des mythes qui l’ont saisi. Parler de la philosophie des Lumières comme d’une tunique sans couture, c’est occulter les tensions qui la traversent. Présenter les principes des Lumières comme un bloc qu’il faudrait accepter ou rejeter, c’est ignorer que le xviiie siècle pense sa propre modernité avec autant d’inquiétude que de fierté1. Sans doute avons-nous plus à apprendre des problèmes que les penseurs des Lumières se sont posés que des certitudes qu’ils sont supposés avoir partagées. Aussi, la position que Rousseau occupe à leur égard, celle d’un « adversaire de l’intérieur », pourrait-elle constituer le point de vue requis pour renouveler notre perspective2.

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Bruno Bernardi

Ancien élève de l’Ecole normale supérieure, agrégé de philosophie. Il a publié le Contrat social, Flammarion, 2001, et La fabrique des concepts, recherches sur l’invention conceptuelle chez Rousseau, Champion, 2006.

Dans le même numéro

Pluralité des traditions, actualité des projets
Lectures "radicales" et "modérées"
Foi et raison : un conflit qui persiste