Philippe Jaccottet, la poésie de l'effacement
Charles-Olivier Stiker-Métral rend hommage à la poésie simple et ordinaire de Phillipe Jaccottet, qui tente par le vers de capter l'instant, malgré sa grande fragilité. Accueillant, réceptif, disponible, le poète s'efface pour resplendir, et souhaite que la vision du monde qui l'emplit soit l'occasion d'une métamorphose de sa personnalité.
Pourquoi en ce temps d’ombre malheureuse, des poètes ?
À l’heure où la poésie est devenue presque invisible dans le paysage littéraire, quelle que soit par ailleurs sa vitalité secrète, l’œuvre de Philippe Jaccottet, nimbée désormais du prestige qu’octroie une édition en Pléiade1, vient nous faire écouter une voix qui, pour être limpide, porte en elle une rupture radicale avec l’usage utilitariste du langage. Mais ce refus de prendre part à « l’universel reportage » s’opère en un sens bien différent de l’héritage mallarméen. On ne trouvera en effet dans ces pages, où alternent poèmes en vers ou en vers libres et proses méditatives, aucune trace de l’hermétisme ni de l’emphase que l’on est trop souvent tenté d’associer à la poésie contemporaine. La langue de Jaccottet est simple, ordinaire même en apparence.
Retenue dans l’expression de l’émotion, enracinement dans le concret, tentative de capter ce que l’instant a de fragile, secrets échos entre des mots qui suggèrent plus qu’ils n’avouent un émerveillement et une angoisse, bien des caractéristiques de la poésie de Jaccottet se trouvent dans ce court poème tiré du recueil Airs.
Cette économie de moyens est peut-être à mettre en relation avec la constellation de poètes aimés et traduits. Le surréalisme le laisse indifférent, la poésie engagée lui semble une dégradation. Les poètes français qui ont exercé sur lui quelque influence, quelle que soit par ailleurs l’admiration qu’il porte à certains aspects de l’œuvre de Breton ou d’Éluard, sont des solitaires : Supervielle, Reverdy, Henri Thomas. Tous se tiennent à quelque distance des querelles et des anathèmes qui rythment la vie littéraire française où les postures l’emportent trop souvent sur les œuvres. Les deux pénétrants volumes de chroniques, non publiés dans la Pléiade, l’Entretien des Muses et Une transaction secrète, permettent de tracer les contours de la famille artistique et spirituelle de Jaccottet2, au premier rang de laquelle se trouvent les poètes de langue allemande, Rilke et Hölderlin, ou italienne, Leopardi et Ungaretti. Il hérite également d’une lignée d’écrivains romands, à l’écart des institutions si centralisées de la littérature française, Ramuz, et, surtout, Gustave Roud, frère aîné en poésie. De la même génération que lui, enfin, Yves Bonnefoy, Jacques Dupin et André du Bouchet, regroupés quelques années autour de la revue L’Éphémère, lui sont proches par « le souci de ne pas rompre le lien avec ce qui est non seulement un sol sous nos pieds, mais le fonds, l’héritage, mais, en arrière de nous, en amont de nous, la source » (l’Entretien des Muses, p. 302). Chez les uns et les autres, il trouve comme une intuition similaire à celle de la Neuvième Élégie de Duino, une quête de ce moment fragile où il est possible de dire qu’« être ici est splendeur3 ».
Si les origines romandes du poète marquent l’œuvre par les paysages de montagne, retrouvés plus lumineux encore à Grignan, où il s’installe en 1953, en même temps que paraît l’Effraie chez Gallimard, elles le placent donc surtout au carrefour des cultures de l’Europe – aux poètes ayant écrit dans les trois langues de son pays natal, il faudrait ajouter bien des noms, comme ceux d’Emily Dickinson, Ossip Mandelstam, ou Tomas Tranströmer. On trouvera, en particulier dans les différents carnets de notes de la Semaison, une écoute constante de ces poètes, nourrissant l’attention portée au monde4. Aussi bien sur un plan esthétique que culturel, Jaccottet se veut un homme inscrit dans une continuité et sachant manifester sa reconnaissance à ceux qui l’ont précédé. Il n’écrit que dans la trame de ce long entretien, parfois critique, souvent fraternel, avec d’autres poètes. À mesure que Jaccottet délaisse le recueil de poèmes pour des proses mêlées de vers libres, ces autres voix se mêlent à la sienne, au point que ses livres, en particulier les plus tardifs, élèvent la remarque critique, parfois même la citation, au même rang que la notation poétique proprement dite.
À ces parentés dans la culture occidentale, il faut ajouter la découverte du haïku, sensible dès la Promenade sous les arbres et dont l’influence s’épanouira dans Airs, paru en 1967. Le poème bref japonais, centré sur le monde concret, permet de saisir « une de ces relations cachées entre les choses lointaines, parfois même insignifiantes en apparence, relations dont la découverte nous illumine au point, dans certains cas, de changer notre vie » (« L’orient limpide », Une transaction secrète, p. 126-127). Tout en étant conscient du caractère extrêmement codé de la forme brève japonaise et de l’impossibilité où se trouve un poète occidental de l’imiter, Jaccottet perçoit une profonde parenté entre sa propre quête et celle de poètes peut-être le plus éloignés possible de sa culture. Aux yeux de Jaccottet, en effet, le haïku peut offrir au poète occidental, tenté aussi bien par l’expansion lyrique que par la discursivité philosophique, une « leçon de morale » (ibid.). Ne voyons rien de moralisateur dans une telle affirmation, mais la certitude d’un lien entre les exigences de l’écriture et une certaine attitude du sujet, dans l’écriture, mais aussi hors d’elle.
C’est une figure d’écrivain en rupture tant avec le romantisme qu’avec le surréalisme qui se dégage de la tradition orientale :
des hommes peu encombrés de biens matériels ; très indépendants à l’égard du pouvoir, mais respectueux à l’égard du passé qu’ils fêtaient en se rendant fidèlement sur la tombe de leurs vieux maîtres ; à la fois détachés du monde et présents au monde.
Aussi, loin des postures prophétiques ou démiurgiques d’un Saint-John Perse ou d’un René Char, le poète est-il ici assimilé à un ignorant, comme l’affirme très tôt le recueil qui porte ce titre :
Cette ignorance est une condition pour rester à l’écoute d’un monde que le poème cherche à faire advenir :
Comme souvent dans la tradition lyrique, que Jaccottet prolonge et questionne à la fois, ce poème est susceptible d’être lu comme un dialogue qui fait émerger la fragilité de la condition humaine, confrontée au vieillissement et à l’énigme de la mort, mais aussi comme pouvant s’appliquer à la poésie elle-même, laquelle ne procéderait plus d’un sujet triomphant, mais d’une voix qui fonderait sa subsistance précisément sur sa précarité.
Avec les poètes orientaux, Jaccottet partage des refus, qui assimilent la poésie à une ascèse : refus de la discursivité, refus du récit, refus des images. Ainsi ce poème :
Jaccottet le commente longuement, afin de préciser
ce qu’un poème essaie de saisir, en peu de mots. Non pas une histoire, ni un drame, ni une réflexion que le temps, un temps plus ou moins long, mesure ; mais la coïncidence, ou du moins la convergence, à demi confuse, de plusieurs sensations qu’une analyse stériliserait.
Les notices de la Pléiade, qui confrontent les textes publiés aux manuscrits que Jaccottet a mis à disposition de l’équipe éditoriale, font percevoir ce travail d’épure.
Jaccottet se montre particulièrement sensible aux dangers de l’image, qui a « un charme qui distrait » (p. 114) et, par conséquent, risque de devenir un obstacle à l’expression juste. La prose « Travaux au lieu-dit l’Étang », dans Paysages avec figures absentes, retranscrit le travail de mise à l’écart des images qui se présentent spontanément à l’esprit devant une étendue d’eau, images de l’eau comme miroir, de l’écume comme linge féminin, et qu’il s’agit de récuser au profit d’un « approfondissement de la chose visible selon son sens obscur et en quelque sorte imminent » (p. 486). Cette interrogation sur la place de l’image dans le langage poétique est donnée comme une expérience faite par le poète dans Airs :
L’attention durable portée par le poète au monde peut dès lors devenir l’objet propre de la poésie. Pourtant l’on trouve, et jusque dans un tel poème, de nombreuses images. Il ne s’agit d’ailleurs pas de les supprimer toutes, mais seulement celles qui forment « une poésie plus profuse que riche, plus scintillante que lumineuse, plus tapageuse que chantante » (la Promenade sous les arbres, p. 123). Il y a là comme une déclaration esthétique qui entend tenir à distance les séductions verbales et les complaisances d’une poésie qui se définirait d’abord par l’ingéniosité des images. Au contraire, Jaccottet envisage autrement « la tâche poétique » : à ses yeux,
[il s’agit] moins, ici, d’établir un rapport entre deux objets, comme pour le faire au-dessus d’eux scintiller, que de creuser un seul objet, ou un nœud d’objets, dans le sens où ils semblent nous attirer, nous entraîner.
Aussi peut-il y avoir une image juste, proche de celle par laquelle Pierre Reverdy, dont on oublie trop souvent à quel point l’œuvre a innervé la poésie française de la seconde moitié du xxe siècle, se distinguait des surréalistes, image qui restitue l’émotion du poète ou rend compte de la mobilité du monde. Mais c’est à un abandon de l’image plus radical encore que Jaccottet s’essaye, jusqu’à rêver « d’une transparence absolue du poème » (p. 126).
Cette morale de l’écriture prend évidemment la forme d’une ascèse esthétique autant qu’éthique, qui refuse les séductions du brillant ou de l’ingéniosité au profit d’une simplicité qui n’est pas banalité ou prosaïsme, mais dépouillement et purification. Tout souci rhétorique, qu’il s’agisse d’étonner, de plaire ou d’instruire, se trouve là dépourvu de pertinence : la poésie, devenue « simple nomination des choses » (« Remarques sans fin », la Promenade sous les arbres, p. 129), ne cherche plus qu’à faire passer une certaine lumière venue d’ailleurs, qu’à restaurer un lien perdu entre l’homme et le monde. Jaccottet rejoint une très ancienne forme de pensée esthétique, celle du sublime longinien, qui hisse la simplicité au-dessus des ornements de la grande éloquence5. Rien n’est plus étranger à Jaccottet que les définitions autotéliques de l’écriture qui fleurissent dans les années mêmes où s’élabore son œuvre. La vie et la poésie s’interpénètrent, faisant de cette dernière un « exercice spirituel » au sens que Pierre Hadot donne à cette notion, à la fois « transformation de la vision du monde » et « métamorphose de la personnalité6 ». Ainsi peut-on dire que « les œuvres ne nous éloignent pas de la vie, elles nous y ramènent, nous aident à mieux vivre, en rendant au regard son plus haut objet » (« Si les fleurs n’étaient que belles… », Paysages avec figures absentes, p. 510). La Promenade sous les arbres, livre dans lequel est relatée pour la première fois une « expérience poétique » (p. 79), illustre peut-être mieux que tout autre texte cette imbrication entre la vie et l’écriture, au point que le poète cherche à se rendre « juste de vie, juste de voix » (Observations I, p. 36).
Cette convergence entre l’écriture et la vie construit une relation particulière du poète au monde, laquelle passe au premier chef par l’attention portée au sensible, sur le mode du regard, de la rencontre, et suscite l’émerveillement. Cette présence mystérieuse réciproque, du monde au sujet et du sujet au monde, invite Jaccottet à citer à plusieurs reprises le mot de Hölderlin selon lequel « tout pur surgissement est énigme » (« Apparition des fleurs », Cahier de verdure, p. 775). Pour mieux prêter attention à ce surgissement, le poète adopte fréquemment l’attitude du marcheur plus encore que celle du guetteur sédentaire, comme si le passant, autre nom de l’ignorant, était plus à même de saisir les fugaces apparitions d’arbres et de fleurs :
J’ai pu seulement marcher et marcher encore, me souvenir, entrevoir, oublier, insister, redécouvrir, me perdre. Je ne me suis pas penché sur le sol comme l’entomologiste ou le géologue : je n’ai fait que passer, accueillir.
C’est ainsi que le poète occupe des lieux qui sont passages, seuils, cols, frontières, comme s’il lui était nécessaire de toujours percevoir un espace ouvert. Nombreuses sont, dans ces pages, les tentatives de description de ces lieux qui peuvent, au moins pour un instant, devenir des demeures. Tel le verger, considéré ainsi comme l’archétype du vrai lieu :
Je crois bien qu’en tout verger, l’on peut voir la demeure parfaite : un lieu dont l’ordonnance est souple, les murs poreux, la toiture légère ; une salle si bien agencée pour le mariage de l’ombre et de la lumière que tout mariage humain devrait s’y fêter, plutôt qu’en ces tombes que sont devenues tant d’églises.
Dans un poème du recueil l’Ignorant, « Le travail du poète », Jaccottet se fixe pour tâche de « veiller comme un berger ». Il ne faudrait pas interpréter ces mots comme une allégeance à la conception heidegerienne du poète « berger de l’être », dans laquelle Jaccottet voit au contraire une « assurance mortelle » (l’Entretien des Muses, p. 308). C’est à une veille bien plus modeste que le poète se consacre ici, entre la nuit et le jour, veille attentive à l’instant qui passe et à la trace ténue qu’il laisse :
À cette fragilité du regard s’ajoute la conscience de la fragilité de la parole, toujours menacée par le mensonge, l’approximation, l’exagération. Les textes en prose font souvent état de cette tentative du poète de restituer le plus fidèlement possible la fugitive beauté des choses et le sentiment presque ineffable éprouvé à son contact.
La place croissante de la prose à mesure que l’œuvre se développe accentue la dimension réflexive de l’écriture : la prose retrace le chemin qui conduit au poème et en interroge les limites, peut-être même les leurres. Le poème s’efface dans bien des pages au profit d’une méditation sur le moment de sa naissance et les obstacles auxquels se heurte l’écriture. Jaccottet déplore souvent l’absence de coïncidence entre le poème souhaité et le poème écrit. Il ne serait pas abusif de considérer toute l’œuvre, poésie, prose, essais, comme une vaste critique du discours poétique. La section « Parler », dans Chants d’en bas, opère ce trajet de la facilité de parole, celle d’une poésie ornementale et futile, à une lutte avec le langage et avec le réel :
Il semble donc que le poème soit rare, qu’exceptionnels soient les moments qui puissent être purement fixés. Pour y parvenir, il faut que le poète se désencombre d’un trop-plein de paroles, qui est aussi un trop-plein de doutes, de questions, d’angoisses, ainsi que semble le suggérer le poème liminaire d’Airs, recueil capital dans lequel la concision permet à Jaccottet de tirer la quintessence de l’expérience sensible :
La dynamique de ce bref poème résume celle de l’ensemble de la poésie de Jaccottet : une conquête difficile sur le découragement, sur l’angoisse de la finitude, au bout de laquelle se trouve, comme par surcroît, une forme de grâce.
On pourrait néanmoins voir là une forme de mièvrerie, tant cette poésie se plaît à célébrer une nature que l’on a peine à croire si idyllique. On pourrait aussi voir dans cette démarche un refuge, une désertion, un aveuglement sur la violence du monde et le tragique de l’histoire. Une note de la Semaison rapporte le sentiment d’incompréhension éprouvé par Jaccottet face aux événements de mai 1968, par quoi il se distingue de Louis-René des Forêts, d’André du Bouchet ou de Jacques Dupin : plutôt que par la ferveur que ces poètes manifestent dans la revue L’Éphémère, il se sent attiré par le voyage du poète Bashô, traduit dans la même revue.
Tout au long de son œuvre, Jaccottet semble vouloir conjurer l’idée que la conscience des drames humains rend sans valeur l’émotion, l’émerveillement, l’amour des choses entraperçues, comme, entre autres, devant les toiles du peintre Giorgio Morandi :
ces trois ou quatre bouteilles, vases, boîtes et bols sempiternels, quelle apparente insignifiance, quelle dérision (quand, de surcroît, le monde semble si près de s’écrouler, ou d’exploser) !
La méditation en prose intitulée Après beaucoup d’années affirme cette persistance de l’attention portée aux éléments, malgré les vicissitudes de l’histoire, et, conjointement, la dimension intempestive de la poésie telle que l’entend et la pratique Jaccottet.
Pour se rendre disponible à une harmonie non pas perdue, mais ténue, le poète doit se livrer à une forme d’amuïssement de soi. La poésie se nourrit des pertes : perte des instants et des sensations, perte des êtres chers, dont les deuils scandent les recueils, perte, au bout du chemin, de soi-même. Comme le rappellent les premiers mots de la Semaison, « l’attachement à soi augmente l’opacité de la vie » (p. 335). Le recueil l’Ignorant décline cette exigence, par exemple la « Prière entre la nuit et le jour » :
Jean Starobinski, dans une préface aux Poésies qui a durablement contribué à la notoriété et à la compréhension de Jaccottet, avait déjà en son temps insisté sur cet aspect de l’œuvre et souligné de nombreux vers7 : « Mais seul peut entendre le cœur, / qui ne cherche la possession ni la victoire » (« La voix », p. 153), « L’effacement soit ma façon de resplendir » (« Que la fin nous illumine », p. 161). Il faudrait évoquer le secret compagnonnage avec Jean de la Croix, cet autre ignorant – pourvu que l’on s’en tienne à sa poésie et que l’on laisse de côté les gloses théologiques. Ne peut-on voir une analogie profonde entre les strophes de la Nuit obscure et le poème « Au petit jour » :
L’expérience poétique évoque irrésistiblement celle des mystiques, sans qu’il soit question ici de foi ni de sacré. La Semaison et Paysages avec figures absentes mentionnent plusieurs fois à quel point la croyance et les institutions qui la portent sont étrangères à Jaccottet. Mais il n’en adhère pas moins à « l’idée qu’il y a de l’inconnu, de l’insaisissable, à la source, au foyer même de notre être », cet inconnu n’eût-il « aucun des noms dont l’histoire l’a nommé tour à tour » (Paysage avec figures absentes, p. 531).
Cet inconnu ne se donne ni dans l’affirmation ni dans la certitude, mais dans l’hésitation, l’approximation, l’interrogation qui travaillent la voix poétique. Il est significatif que Jaccottet envisage le poème comme une « absence de réponse », comme une question « devenue chant » (Éléments d’un songe, p. 317-318). C’est par quoi la parole poétique se distingue à ses yeux de l’énoncé philosophique, la mémoire poétique, immense en ce qui le concerne, offrant à quiconque s’y met à l’écoute les « mots de passe » (la Semaison, p. 1002) – une reconnaissance donnant accès au mystère. Rien que d’immensément labile dans cette poésie, qui se fait désappropriation du sujet, du monde sensible et, en définitive, d’elle-même :
La poésie est donc ce chant que l’on ne saisit pas, cet espace où l’on ne peut demeurer, cette clé qu’il faut toujours reperdre.
Ce n’est que ce bien paradoxal lyrisme que Jaccottet propose pour faire subsister la poésie malgré tout, pour « loin de toute pensée de perte ou de gain, accueillir, recueillir » (la Semaison, p. 1074).
- *.
Maître de conférences en littérature française à l’université Lille 3-Charles-de-Gaulle, il est notamment l’auteur de Narcisse contrarié. L’amour-propre dans le discours moral en France (1650-1715), Paris, Honoré Champion, 2007.
- 1.
Philippe Jaccottet, Œuvres, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2014.
- 2.
P. Jaccottet, l’Entretien des Muses. Chroniques de poésie, Paris, Gallimard, 1968, et Une transaction secrète. Lectures de poésie, Paris, Gallimard, 1987. Sauf pour ces deux recueils d’articles, toutes mes références renvoient à P. Jaccottet, Œuvres, op. cit.
- 3.
Rainer-Maria Rilke, Élégies de Duino, traduit et cité par P. Jaccottet, Rilke, Paris, Le Seuil, 1998, p. 158.
- 4.
On pourra lire les poèmes chers à Jaccottet dans deux anthologies, Une constellation, tout près. Poètes d’expression française du xxe siècle, Genève, La Dogana, 2002, et D’autres astres, plus loin, épars. Poètes européens du xxe siècle, Genève, La Dogana, 2005.
- 5.
Voir Longin, Traité du sublime, traduction de Boileau, Paris, Livre de poche, 1995.
- 6.
Pierre Hadot, Exercices spirituels et philosophie antique, Paris, Études augustiniennes, 1987, p. 14. Philippe Jaccottet mentionne l’ouvrage de Pierre Hadot sur Plotin. Il trouve dans cette lecture des affinités profondes avec sa propre démarche (la Semaison, p. 1061).
- 7.
Jean Starobinski, « Parler avec la voix du jour », préface à P. Jaccottet, Poésie, 1946-1967, Paris, Gallimard, coll. « Poésie/Gallimard », 1971.