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Photo : Sharon McCutcheon via Unsplash
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Le détour de l’Autre

La Prise de parole à la lumière des études postcoloniales

janv./févr. 2022

En examinant les figures du colonisé et de l’immigré, Michel de Certeau entrevoit le risque que nous devenions tous des « Indiens de l’intérieur », c’est-à-dire des sans-voix. En décryptant la société occidentale à la lumière de l’altérité qu’elle produit et rejette, il contribue ainsi à la décolonisation de la raison.

Comment expliquer l’absence de Michel de Certeau dans le champ de la critique postcoloniale et de la critique subalterne, malgré le dialogue qu’il a mené tout au long de sa carrière avec la littérature de l’Autre ? Telle est la question que se pose Romuald Fonkoua, qui rappelle que Certeau occupe une place centrale dans le domaine des Cultural Studies. Fonkoua parle même d’une « canonisation critique » à la suite des premières traductions de Certeau en anglais1, ce qui rend d’autant plus surprenant le manque d’attention portée aux ouvrages de Certeau par des théoriciens postcoloniaux et de l’histoire subalterne, notamment sur l’écriture de l’histoire. Loin d’être un « délicat » à qui la question de la négritude aurait fait peur, Certeau, poursuit Fonkoua, avait compris mieux que Sartre la signification profonde de la « prise de parole » qui marqua le rejet du colonialisme. Tandis que, dans « Orphée noir », Sartre « donnait à la pratique de la langue du Nègre une dimension orphique et à son langage une dimension rédemptrice », Certeau y voyait « l’apparition d’un mécanisme de révolution indéniable sous une forme qui peut servir de modèle général à la prise et à la reprise sociopolitique de la parole2 ».

Fonkoua fait référence ici à l’invocation par Certeau du paradigme de

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Corina Stan

Maîtresse de conférence en littérature comparée à l’université de Duke (Durham, NC), elle a notamment publié The Art of Distances: Ethical Thinking in Twentieth-Century Literature (Northwestern University Press, 2018).

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Comment écrire l’histoire des marges ? Cette question traverse l’œuvre de Michel de Certeau, dans sa dimension théorique, mais aussi pratique : Certeau ne s’installe en effet dans aucune discipline, et aborde chaque domaine en transfuge, tandis que son principal objet d’étude est la façon dont un désir fait face à l’institution. À un moment où, tant historiquement que politiquement, la politique des marges semble avoir été effacée par le capitalisme mondialisé, l’essor des géants du numérique et toutes les formes de contrôle qui en résultent, il est particulièrement intéressant de se demander où sont passées les marges, comment les penser, et en quel sens leur expérience est encore possible. Ce dossier, coordonné par Guillaume Le Blanc, propose d’aborder ces questions en parcourant l’œuvre de Michel de Certeau, afin de faire voir les vertus créatrices et critiques que recèlent les marges. À lire aussi dans ce numéro : La société française s’est-elle droitisée ?, les partis-mouvements, le populisme chrétien, l’internement des Ouïghours, le pacte de Glasgow, et un tombeau pour Proust.