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Photo : Grant Whitty via Unsplash
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Obsession de la pureté et infériorité des femmes

L’obsession de l’Église catholique pour la pureté articule la sacralité du clerc et le contrôle de la sexualité. Associée à la permanence du patriarcat, elle explique le blocage de l’institution sur l’ordination des prêtres mariés et des femmes.

Jean-Louis Schlegel – Vous avez parlé de l’« obsession ancestrale et patriarcale de la pureté des femmes1 ». Mais, en un autre sens, la pureté a aussi beaucoup préoccupé l’Église. Beaucoup de ceux qui y ont été socialisés ont gardé de mauvais souvenirs du catéchisme de la « pureté ». Dans les années 1950 encore, quand on apprenait ou se préparait à se confesser, il y avait un seul péché vraiment important : l’impureté, pour laquelle s’effaçait la distinction entre péchés véniels et péchés mortels. Tout était grave, et le coupable « en pensées, en paroles et en actes » devait vivre sous la menace de finir dans l’enfer éternel. Bien entendu, tout cela était plus d’une fois aggravé par le cadre familial, où ce catholicisme puritain était intériorisé. Cela explique en partie la violence de la génération conciliaire contre ce passé antérieur au concile : elle avait l’impression d’avoir été trompée, « menée en bateau » et qu’on lui avait raconté des sornettes en jouant sur sa peur durant l’enfance. Accessoirement, le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) a confirmé, à partir de l’écoute des victimes, ce constat d’un discours absurde sur la sexualité, où tous les « écarts » par rapport au sixième commandement (l’interdiction de l’adultère, qui a fini par englober

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Danièle Hervieu-Léger

Sociologue, directrice d’études de l’École des hautes études en sciences sociales, elle a notamment publié Le temps des moines (Presses universitaires de France, 2017).

Jean-Louis Schlegel

Philosophe, éditeur, sociologue des religions et traducteur, Jean-Louis Schlegel est particulièrement intéressé par les recompositions du religieux, et singulièrement de l'Eglise catholique, dans la société contemporaine. Cet intérêt concerne tous les niveaux d’intelligibilité : évolution des pratiques, de la culture, des institutions, des pouvoirs et des « puissances », du rôle et de la place du…

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Patrimoines contestés

Depuis la vague de déboulonnage des statues qui a suivi l’assassinat de George Floyd, en mai 2020, la mémoire et le patrimoine sont redevenus, de manière toujours plus évidente, des terrains de contestation politique. Inscrire ces appropriations de l’espace urbain dans un contexte élargi permet d’en comprendre plus précisément la portée : des manifestations moins médiatisées, comme l’arrachement de la statue d’un empereur éthiopien en Grande-Bretagne, ou touchant à des strates d’histoire inattendues, comme la gestion de la statuaire soviétique, participent d’une même volonté de contester un ordre en dégradant ses symboles. Alors qu’une immense statue célébrant l’amitié russo-ukrainienne vient d’être démontée à Kiev, le dossier de ce numéro, coordonné par Anne Lafont, choisit de prendre au sérieux cette nouvelle forme de contestation, et montre que les rapports souvent passionnés que les sociétés entretiennent avec leur patrimoine ne sont jamais sans lien avec leur expérience du conflit. À lire aussi dans ce numéro : l’histoire, oubli de l’inconscient ?, le prix de l’ordre, pour une histoire européenne, les femmes dans l’Église, les réfugiés d’Ukraine et nos mélancolies secrètes.