Photo : Humberto Arellano
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L'asile et la prison

La prison comme l’asile naissent à la fin du XVIIIe siècle. Mais si la population asilaire augmente rapidement jusqu’au milieu du xxe, depuis la Seconde Guerre mondiale, elle décline, alors que le nombre de prisonniers explose. Quel lien établir entre ces deux phénomènes ? Comment la prison exacerbe-t-elle la souffrance psychique ?

Histoire

À la fin du xviiie siècle en France, deux grandes réformes morales se mettent en place parallèlement : le traitement des fous et l’incarcération des criminels. C’est la naissance presque simultanée de l’asile et de la prison.

Jusqu’alors, les insensés, lorsque leur famille n’était plus en mesure de les prendre en charge et pour autant qu’ils ne fussent pas simplement abandonnés, étaient enfermés : ceux de la capitale dans les établissements de l’Hôpital général, à la Salpêtrière ou à Bicêtre ; ceux de province dans des espaces ad hoc, tels la tour Châtimoine à Caen. Dans ces lieux, ils côtoyaient, dans des conditions souvent déplorables, des mendiants, des prostituées, des invalides et des délinquants1. De leur côté, les auteurs de délits et de crimes étaient, selon la gravité de leur méfait, leur position sociale et celle de leur accusateur, et bien sûr la sévérité des juges, condamnés au paiement d’une amende ou bien, à l’autre extrême de l&

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Didier Fassin

Anthropologue, sociologue et médecin français. Il est professeur de sciences sociales à l'Institute for Advanced Study de Princeton et directeur d’études à l'École des hautes études en sciences sociales.

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