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Esprit numérisé (1932-2006)

par

Esprit

mai 2008

Depuis l’invention du livre ou de la télévision, on sait que les œuvres de culture et de pensée relèvent d’une histoire technique faite d’innovations et de ruptures. Celles-ci n’affectent pas seulement la présentation matérielle des œuvres mais bien leur circulation et leur signification dans l’espace social. Le bouleversement introduit par le numérique s’inscrit dans cette histoire longue. Il apparaît pourtant sans précédent dans la mesure où il touche, sur une très courte durée, solidairement et simultanément tous les aspects des œuvres : production, stockage, diffusion, prescription, consultation, commercialisation…

Dans chacun de ces domaines, le passage au numérique chamboule les modèles économiques, réorganise la relation au public, redéfinit le statut social des connaissances. Avec les nouveaux supports apparaissent de nouvelles fonctions : compression des volumes, diffusion en réseau, nouvelles explorations des textes. Le contenu n’est plus rivé à son support, l’usage et la consultation changent en s’émancipant du papier. La lecture passe un nouveau cap de son histoire.

Notre revue ne se tient pas à l’écart de ces transformations. En ouvrant un site internet en 2002 (www.esprit.presse.fr), nous avons commencé à apprivoiser il y a plusieurs années ce nouveau monde technique, qui permet de construire d’autres relations avec nos lecteurs, de contourner les grands médias peu médiateurs, de mettre en valeur le travail de nos auteurs. En proposant aujourd’hui un dévédérom reprenant la totalité de la collection de la revue (1932-2006) (voir le bon de commande en fin de numéro), nous franchissons une nouvelle étape qui ouvre d’autres perspectives.

Rendre disponible la collection complète de la revue, ce n’est pas seulement réaliser une opération patrimoniale. Il est certes passionnant de saisir dans sa continuité une histoire de 75 ans et de pouvoir consulter sur un seul support plus de 32000 articles1. La numérisation a en outre été l’occasion de refaire toute l’indexation de la revue et d’attribuer à leurs auteurs les notes de « journal » et de « librairie » qui ont été, durant la plus grande partie de l’histoire de la revue, signées par des initiales, ce qui a multiplié par trois le nombre d’entrées dans l’index par auteurs. Que d’articles pouvons-nous redécouvrir à cette occasion ! Mais la mise à disposition de 150000 pages n’aurait pas grand sens si elle ne s’accompagnait des outils de recherche qui montrent ici toute leur pertinence.

Les internautes se sont familiarisés avec ce mode de consultation. Parce que l’informatique offre des outils de recherche simples d’utilisation, rapides et systématiques, elle permet de s’y retrouver dans des séries documentaires très étendues. Ce nouveau mode de consultation ne fait pas perdre de vue l’aspect collectif du travail, bien au contraire. À consulter un ensemble cohérent comme celui de notre revue, on comprend mieux qu’on a affaire ici à une collection. Pour la première fois, en effet, la série des numéros se présente comme une seule unité documentaire puisqu’il est possible de lancer une requête sur la collection considérée comme un tout.

La possibilité d’interroger la base en variant les modes d’exploration montre que si l’article représente l’unité documentaire de référence, celui-ci gagne à être replacé dans une série d’ensembles : le dossier, le numéro, la série annuelle et même la collection complète.

Cet objet invite à renouer une relation complexe au passé. Les textes anciens sont resitués dans le contexte de leur élaboration, c’est-à-dire dans la relativité de leur situation historique. Les échos historiques sont plus manifestes, les filiations thématiques plus denses mais la lecture d’ensemble reste ouverte. C’est donc un projet rédactionnel que le passage au numérique permet de valoriser, l’envie de faire une revue qui ne soit pas simplement une compilation d’études juxtaposées mais un ensemble de choix défendu sur la longue durée, avec ses échos, ses dialogues, ses prolongements. Un héritage vivant à parcourir dans tous les sens.

  • 1.

    Un travail de relecture systématique de la collection de la revue, comme celui entrepris par Henri Bartoli à propos de l’économie, est passionnant mais reste exceptionnel : Henri Bartoli, l’Économie dans la revue Esprit. De la révolution personnaliste à un réformisme dans le fil de l’histoire (1932-2007), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2007 (voir le compte rendu en « librairie », infra p.231-232).

Esprit

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