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GameStop et les fonds activistes

mars 2021

L’épisode d’agitation boursière causée par la spéculation sur les actions de l’entreprise GameStop est significatif à plus d’un titre. Il signale l’importance nouvelle que peuvent prendre les réseaux sociaux comme outils de coordination et de mobilisation financières.

La spéculation advenue au mois de janvier 2021 sur les actions de GameStop, un modeste distributeur de jeux vidéo coté en Bourse, avait tout pour rester relativement anodine. Un violent coup de fièvre boursier sur le titre en question, où l’on fait monter le cours, où ceux qui vendent à temps gagnent, où ceux qui restent se brûlent les doigts, rappelant que la Bourse est un jeu où les gains des uns sont les pertes des autres. Tout cela avec un effet quasi nul sur l’économie réelle. La société GameStop, notablement, n’a ni reçu ni perdu un sou dans l’affaire.

L’événement a pris une tout autre dimension, couplant une bulle boursière avec une bulle médiatique plus forte encore. D’abord en raison des acteurs sur la scène : des jeunes gens partant à l’assaut de Wall Street. Ensuite et surtout, en rendant visible le rôle majeur que pourraient désormais prendre les réseaux sociaux dans la finance. Dans un monde saturé de données, ils offrent un pouvoir immédiat à celui qui arrive à capter l’attention des autres ; dans un monde où les acteurs sont dispersés, ils sont des instruments de coordination efficaces et peu coûteux.

GameStop est une société en déclin, qui a perdu le tiers de son chiffre d’affaires en quatre ans et dont le cours boursier baissait. Pas suffisamment aux yeux de quelques fonds d’investissement, dont la spécialité est de parier sur la baisse des cours boursiers des sociétés qu’ils jugent

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François Meunier

Auteur, chroniqueur, professeur associé à ENSAE Paris Tech, il a publié récemment Comprendre et évaluer les entreprises du numérique, Eyrolles - Institut Messine, 2017.

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On oppose souvent science et croyance, comme si ces deux régimes de discours n’avaient rien de commun. Pourtant, l’expérience nous apprend que c’est généralement quand l’un des deux fait défaut que l’autre subit une crise. Dans le contexte pandémique actuel, l’incapacité des experts et des gouvernants à rendre compte dans l’espace public des conditions selon lesquelles s’élaborent les vérités scientifiques, aussi bien qu’à reconnaître la part de ce que nous ne savions pas, a fini par rendre suspecte toute parole d’autorité et par faciliter la circulation et l’adhésion aux théories les plus fumeuses. Comment s’articulent aujourd’hui les registres de la science et de la croyance ? C’est à cette question que s’attache le présent dossier, coordonné par le philosophe Camille Riquier, avec les contributions de Jean-Claude Eslin, Michaël Fœssel, Bernard Perret, Jean-Louis Schlegel, Isabelle Stengers. À lire aussi dans ce numéro : l’avenir de l’Irak, les monopoles numériques, les enseignants et la laïcité, et l’écocritique.