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Taxer les très hauts revenus

Aux États-Unis, l’inégalité des revenus et des patrimoines devient un thème majeur du débat politique. Dès son entrée au Congrès en janvier 2019, la jeune représentante démocrate, Alexandria Ocasio-Cortez, surnommée «  AOC  », propose de taxer les revenus au-delà de 10 millions de dollars à hauteur de 70 à 80 %. D’où une bronca au sein des représentants du Parti républicain (« On veut spolier les riches! »), à peine plus policée chez certains de ses collègues démocrates (« Avec ce genre de provocation, elle va nous faire perdre les élections. »).

Provocation ? On peine à se souvenir que de tels taux marginaux ont été monnaie courante pendant des décennies, aux États-Unis comme en Europe. Au regard de l’histoire, l’anomalie serait plutôt les taux bas ­d’aujourd’hui. Dans La Société des égaux, Pierre Rosanvallon a bien analysé le contexte idéologique qui a progressivement rendu acceptable une forte imposition des revenus à compter de la fin du xixe siècle[1]. Aux États-Unis, le taux marginal de l’impôt sur le revenu est passé en 1917 à 75 % au titre de l’effort de guerre, puis, après une baisse au sortir de la guerre, a évolué entre 70 et 90 % entre l’ère Roosevelt et jusqu’à tard dans les années 1970. Il était encore de 70 % en 1981 à l’arrivée au pouvoir de Ronald Reag

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François Meunier

Auteur, chroniqueur, professeur associé à ENSAE Paris Tech, il a publié récemment Comprendre et évaluer les entreprises du numérique, Eyrolles - Institut Messine, 2017.

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Dans un dossier sur « Le soulèvement algérien », coordonné par Hamit Bozarslan et Lucile Schmid, Esprit salue un mouvement non violent de revendication démocratique qui vise à en terminer avec un régime autoritaire et corrompu. Le souci de dignité permet aux Algériens de renouer avec leur conscience historique. À lire aussi dans ce numéro : un entretien avec Karol Modzelewski, un hommage à Pierre Hassner et une philosophie de l’événement.