Do not follow this hidden link or you will be blocked from this website !

Signature de l'accord de paix avec les Talibans à Doha, auquel à participé Pompéo en tant que témoin. Février 2020, crédits : U.S. Department of State from United States via Wikimédia
Dans le même numéro

Qui sont les talibans ?

novembre 2021

Les talibans prétendent reconstruire l’État afghan en réaffirmant le droit et la neutralité des institutions. Si le mouvement a gagné en popularité parmi les divers groupes ethniques, son projet de moralisation de la société par la charia cristallise un vif antagonisme entre les villes et les campagnes.

Pour de multiples raisons, allant du manque d’étude de terrain à l’orientalisme inconscient des observateurs ou à la propagande de leurs ennemis, les talibans sont souvent mal compris, et cette méconnaissance a été l’une des causes majeures de l’échec occidental en Afghanistan1. Or ce mouvement, qui représente par certains aspects l’une des variantes les plus originales de l’islam politique, mérite qu’on s’y intéresse, ne serait-ce que parce qu’il restera probablement au pouvoir pour les décennies à venir.

Charisme et révolution dans le champ religieux

La guerre civile qui commence en Afghanistan en 1979 a placé les oulémas afghans au cœur de l’insurrection, d’abord en raison de leur capacité à légitimer le djihad et à dire le droit, et alors même que ce groupe était en perte de vitesse dans la société urbaine. Mais paradoxalement, en fondant des partis politiques, ces grandes familles de théologiens musulmans (comme les Modjaddidi ou les Gaylani) vont progressivement se discréditer, en particulier lors de la phase postérieure au retrait soviétique, en 1989, lorsque les partis s’affrontent pour le contrôle du pays.

Dans le contexte très particulier de la région de Kandahar, où les violences des groupes armés avaient installé l’anarchie, le mouvement taliban émerge en 1994 comme une réponse à l’insécurité générale2. L

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Gilles Dorronsoro

Professeur de science politique à l'Université Paris I et membre sénior de l'Institut universitaire de France Gilles Dorronsoro est spécialiste de l’Afghanistan et de la Turquie.

Dans le même numéro

L’essor sans précédent d’Internet et des nouvelles technologies de l’information a transformé en profondeur le rapport des citoyens à la participation civique. Si elle a permis des progrès incontestables, cette révolution numérique pose également des défis pour la préservation du débat en démocratie. Le bouleversement introduit par le numérique dans la délibération publique semble en effet remettre en cause les exigences traditionnellement associées au débat démocratique, comme l’égalité d’accès, le contrôle public des instances de modération, la fiabilité de l’information ou le pluralisme des courants d’expression. Quelles stratégies adopter pour faire face aux dérives qui touchent aujourd’hui le débat sur Internet ? Le dossier, coordonné par Romain Badouard et Charles Girard, examine la propagation des fausses nouvelles, la mobilisation de nouveaux publics, les pouvoirs de régulations privés et la déstabilisation des cadres juridiques. À lire aussi dans ce numéro : le naufrage moral de l’Église, qui sont les talibans ?, gouverner la pandémie et une rencontre avec Pierre Bergounioux.