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« La vie et les étranges aventures de Robinson Crusoé. Illustrations originales de Walter Paget » Londres : Cassell & Co 1896
"La vie et les étranges aventures de Robinson Crusoé. Illustrations originales de Walter Paget" Londres : Cassell & Co 1896
Dans le même numéro

La société des exodes

Après Mai 68, Michel de Certeau diagnostique l’affaiblissement des croyances nécessaires à notre adhésion au social, qui produit des dynamiques centrifuges et fait de nos sociétés des sociétés d’exode. Pour rendre les institutions à nouveau crédibles, il faut se rendre attentif aux nouvelles croyances, comme l’égalité de genre ou la commune appartenance des humains et des non-humains à la nature.

La robustesse des institutions s’est soudainement effritée ; elle a fondu comme neige au soleil. Elles qui étaient décrites comme des « institutions totales » dans les années 1970, au point qu’on pouvait les considérer comme des lieux disciplinaires sans faille, les voilà soudainement devenues précaires, vidées de signification, peinant à produire les schémas de conduite attendus. L’école, l’hôpital, la prison, mais aussi l’entreprise et autres lieux de travail ont changé de statut. Les institutions solides sont devenues précaires. Comment interpréter cette précarité institutionnelle qui nous caractérise aujourd’hui ? Que s’est-il passé dans nos institutions pour qu’elles semblent ainsi sans avenir ?

L’adhésion aux institutions

Dans Surveiller et punir, au chapitre « Le panoptisme », Michel Foucault analyse la formation de la société disciplinaire. Il repère comment nous sommes passés de la discipline-blocus à la discipline-mécanisme. La première se développe à l’occasion de l’administration de la ville pestiférée. Le rôle de la discipline est de bloquer le mal, d’annuler la contagion. La seconde s’affirme depuis une matrice panoptique, initialement à l’œuvre dans la prison, mais dont la caractéristique est de pouvoir être transférée à d’autres institutions : l’école, l’atelier, l’armée, l’hôpital. Les techniques de la surveillance hiérarchique, de la sanction normalisatrice et de l’examen peuvent s’agglomérer dans différents lieux pour en organise

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Guillaume Le Blanc

Philosophe, professeur à l’université Paris-Est, il travaille sur notre rapport à la santé (Canguilhem et les normes, PUF, 1998), au soin, au corps (Courir. Méditations physiques, Paris, Flammarion, 2013), ce qui l'a conduit à s'interroger sur l'exclusion, l'invisibilité de certaines situations sociales, les situations de marginalité et d'étrangeté (Vies ordinaires, vie précaires (Seuil, 2007) ; L

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L’amour des marges. Autour de Michel de Certeau

Comment écrire l’histoire des marges ? Cette question traverse l’œuvre de Michel de Certeau, dans sa dimension théorique, mais aussi pratique : Certeau ne s’installe en effet dans aucune discipline, et aborde chaque domaine en transfuge, tandis que son principal objet d’étude est la façon dont un désir fait face à l’institution. À un moment où, tant historiquement que politiquement, la politique des marges semble avoir été effacée par le capitalisme mondialisé, l’essor des géants du numérique et toutes les formes de contrôle qui en résultent, il est particulièrement intéressant de se demander où sont passées les marges, comment les penser, et en quel sens leur expérience est encore possible. Ce dossier, coordonné par Guillaume Le Blanc, propose d’aborder ces questions en parcourant l’œuvre de Michel de Certeau, afin de faire voir les vertus créatrices et critiques que recèlent les marges. À lire aussi dans ce numéro : La société française s’est-elle droitisée ?, les partis-mouvements, le populisme chrétien, l’internement des Ouïghours, le pacte de Glasgow, et un tombeau pour Proust.