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Le « non » français : les messages d’un vote. Radioscopie du vote du 29 mai 2005. (Table ronde)

février 2006

#Divers

Radioscopie du vote du 29 mai 2005

Moment démocratique pour les uns, vote d’incompréhension pour les autres, le choix du 29 mai 2005 renvoie à des lectures parfois divergentes, parfois complémentaires, des attentes politiques et sociales des Français. Entre le choc d’avril 2002 et l’ouverture du prochain cycle présidentiel, qu’en est-il des attentes démocratiques du pays ?

Un moment démocratique ?

Le référendum a-t-il offert une chance de ressourcement démocratique ? Comment expliquer l’intensité inattendue du débat ? Comment apprécier la rhétorique de la campagne et les choix de mise en langage de la confrontation autour de l’Europe ? Peut-on dire que l’Europe est devenue davantage un objet politique sur la scène française ?

Jacques Donzelot – L’intensité et la longueur des débats ne font pas signe selon moi d’un moment démocratique, mais plutôt d’un moment républicain, au sens de la Rome antique, où s’opposaient les patriciens et les tribuns qui parlaient au nom de la plèbe. Les patriciens avaient une force de proposition, c’est-à-dire qu’ils pouvaient dire ce qu’il convenait de faire, alors que les tribuns avaient juste un droit de veto. Le débat autour de la constitution a présenté un affrontement entre des personnes dépositaires d’une capacité de proposition et d’autres qui se faisaient les représentants des oubliés de la société et qui, en tant que tels, adoptaient un ton tribunicien. Jean-Luc Mélanchon ou Philippe de Villiers parlaient en tribuns alors que Jacques Delors et Jacques Chirac expliquaient l’Europe aux enfants. Les représentants du « non » étaient porteurs d’un refus, et ne se sentaient pas responsables d’avancer une proposition alternative. L’intensité du débat auquel nous avons assisté était due à ce décalage entre les registres de discours. C’était un combat entre des registres d’expression qui ne parvenaient pas à s’ajuster. Quant à savoir si l’Europe est devenue davantage un objet politique sur la scène française, cela ne semble pas le cas dans la mesure où le débat a opposé d’un côté des personnes qui parlaient avec réalisme de l’Europe et de la nécessité du compromis qu’elle appelait pour se constituer et, de l’autre côté, des personnes qui ne parlaient pas de l’Europe mais de l’idéal social ou national qu’ils voulaient préserver ou promouvoir. En conséquence, le projet de Constitution de l’Europe n’a jamais été vraiment débattu et le « débat » n’a fait qu’opposer une réalité à une idéalité. Il n’y a donc jamais eu une opposition de différentes conceptions de l’Europe reposant sur une réalité.

Michel Marian – Je trouve cette image très parlante et je suis d’accord avec l’idée que c’est le fond du débat qui lui a donné sa forme. Cependant, je voudrais rappeler que le débat possédait un point d’ajustement entre les deux registres dans la personne de Laurent Fabius. Je crois donc que c’est lui qui a donné de la crédibilité au clan du « non ». Il a pris la liberté d’être un interprète du « non » tout en n’étant pas tenu par le compromis des dirigeants. Ceci lui a permis de critiquer la Constitution sur certains points en apportant des propositions réalistes qui ont donné au « non » le petit propulseur qui lui a permis d’être entendu. Par ailleurs, la métaphore de la « république romaine » ne peut s’appliquer que dans le cadre du débat français. Ainsi, si l’on compare avec le rejet de la constitution par les Pays-Bas, on se rend compte que le vote n’est pas intervenu dans ce même contexte d’échauffement politique et n’a pas mis en jeu le même type de revendication du vote comme outil de salut pour tous les pays de l’Union européenne.

Gil Delannoi – En plus de Laurent Fabius, on peut citer le cas de Daniel Cohn-Bendit. Son langage n’a pas été patricien lors de cette campagne. Voilà deux personnalités politiques qui ont réussi à convaincre des électeurs de voter oui ou non parce qu’ils étaient un peu atypiques et tenaient un discours inverse de celui qui était attendu. Les deux camps avaient besoin de personnes de ce profil. Comme le dit Tocqueville : aux États-Unis il n’y a que des passions démocratiques alors qu’en Europe, et en France en particulier, la démocratie est vécue avec des passions révolutionnaires. On a assisté à un événement qui confirmait une fois encore cette analyse. Il est évident qu’un référendum donne l’occasion à ces passions démocratiques et révolutionnaires (ou pseudo-révolutionnaires) de s’exprimer. Reste à savoir comment démocratiser ces passions révolutionnaires. Et ce n’est pas forcément par moins de démocratie, au contraire. La démocratie doit mettre chacun devant ses responsabilités et, de préférence, pas seulement tous les quinze ans.

Joël Roman – Au vu du résultat, nombreux sont ceux qui mettent en cause l’opportunité d’un référendum : le texte était trop compliqué, trop long. Je pense au contraire qu’il n’est pas choquant qu’une telle décision soit soumise au référendum dans un pays de tradition démocratique tel que la France. La ratification de la Constitution européenne par la voie du référendum constitue en elle-même un moment démocratique. En revanche, il est certain que cette consultation électorale directe des citoyens était la troisième organisée par Jacques Chirac, lequel n’avait pas tenu compte du désaveu profond de la politique de son gouvernement lors des précédentes. Cela a probablement amené beaucoup de personnes à détourner l’objet du référendum et à dire une fois encore non à Chirac, beaucoup plus qu’à la constitution. Pour cette raison, mais aussi pour de nombreuses autres, le débat n’a pas été le grand débat démocratique que l’on montre en exemple : outre l’usage répété d’arguments mensongers ou fallacieux, j’ai été très surpris par le fait qu’une grande partie de l’argumentaire des partisans du « non » consistait à affirmer que les partisans du « oui » les méprisaient et n’écoutaient pas leurs revendications. Argumenter sur le texte était faire preuve de mépris et d’élitisme, dire n’importe quoi relevait d’un respect profond du peuple. Dans ces conditions, la seule réponse possible était le « non ». Je suis donc d’accord avec Jacques Donzelot pour dire que le débat n’a pas été d’une intense qualité démocratique, malgré la forte participation au vote.

Paul Garapon – La campagne du « non » s’est jouée de la part de la gauche « républicaine » sur l’antilibéralisme, le traité étant supposé être un texte libéral et, à ce titre, diabolisé, parce qu’il officialisait un certain nombre de mesures honnies, comme la directive Bolkenstein, arrivée à point nommé pour les tenants du « non ». On a eu l’impression que, sur les lèvres des opposants au traité, le mot « libéralisme » était devenu ordurier et imprononçable, synonyme d’« ultralibéral », ce qui ne laisse pas d’inquiéter. Les Français auraient bien sûr le droit d’obtenir d’importants contrats téléphoniques en Pologne, mais un plombier polonais intervenant dans le nord de la France n’en aurait aucun et, surtout, travaillerait dans des conditions de rémunération et de couverture sociale qui en feraient une victime parmi tant d’autres de notre espace communautaire dérégulé.

La campagne du « non », à gauche comme à droite, s’est alors axée sur la peur : peur de perdre son emploi (délocalisations internes dans l’Union), peur de perdre ses marchés (petites et moyennes entreprises), et peur, finalement, que l’Union européenne ne fragilise une situation de l’emploi en France profondément déstabilisée (une majorité de jeunes votant non, ce qui est une première, de peur de voir s’accentuer leurs difficultés d’entrée sur le marché du travail). En somme, on demande à l’Union européenne toutes les garanties sociales qu’apporte encore l’État-providence du « modèle » français. On peut le comprendre : il faut d’ailleurs admettre ces craintes françaises et faire avec. Elles sont le résultat d’un manque d’initiative en faveur de l’entreprise qui nous fait stagner avec une moyenne de 10 % de chômage ces dernières décennies. À trop vouloir protéger, à trop demander à l’entreprise en termes de sécurité et de garanties sociales, et donc à dissuader l’embauche et la facilité d’initiative, la France se transforme en un pays de vieux riches, qui s’arc-boute sur le cadre sacralisé, voire muséifié, de ses protections sociales de naguère.

La consultation référendaire a certes été un moment démocratique mais montrant, par ce vote de peur, le véritable état psychologique d’un pays qui campe sur la conservation du passé et craint l’avenir, qui n’a plus confiance en lui et cherche à se protéger : voter non, quoi qu’on en dise, pourra difficilement transformer le fer en or, le négatif en positif. Diaboliser le libéralisme, cadre économique dans lequel nous sommes, c’est refuser les conditions des richesses de demain pour ne pas vouloir voir le présent pour ce qu’il est : présent de la globalisation qui est là et qui conditionne les échanges économiques, présent auquel on peut difficilement répondre par la politique de l’autruche… Ce résultat, défensif, constitue une réponse motivée par l’économique à une question politique. Il montre combien la situation économique et sociale française, fragilisée et incertaine, a fini par focaliser la réponse à la question politique sur la partie économique du traité. Ce n’est pas bon signe pour l’avenir. Cela constitue un mauvais diagnostic de la santé de notre pays : résultat négatif, dit-on en médecine…

Jean-Claude Monod – Moment démocratique, assurément : des milliers de gens qui n’avaient pas voté depuis des années sont venus voter, en particulier dans les couches les plus défavorisées ; le débat a enflammé et divisé les familles, dans tous les sens du terme : familles biologiques, familles politiques, etc. ; des questions importantes ont été posées sur le sens d’une constitution, d’un moment constituant, sur les orientations économiques et sociales de l’Europe passée et à venir, sur la part de compromis nécessaire à la formation d’un ensemble politique supranational et nécessairement transpolitique – même si je regrette que sur ces derniers points, les tenants du « oui » (à part Lionel Jospin, me semble-t-il) n’aient pas été clairs et entendus. C’est qu’une ambiguïté fondamentale affectait ce traité dont on disait un jour sur deux qu’il n’était pas vraiment une constitution et que sa partie III, sur les politiques, n’en faisait pas vraiment partie puisqu’elle ne faisait que reprendre l’acquis des précédents traités : il s’agissait de fixer un cadre, une forme dans laquelle différentes options politiques restaient possibles ; mais ce traité avait aussi l’air de fixer d’avance un certain contenu politico-économique, une orientation générale qui est celle de la majorité des gouvernements européens aujourd’hui, c’est-à-dire un cap libéral. L’impression ou la peur d’une dépossession de la possibilité de choix politiques, d’alternatives, d’une restriction de la maîtrise de ces choix par les peuples, au profit d’une technocratie largement acquise à la cause de la libéralisation tous azimuts s’est nourrie de cette ambiguïté, et a été renforcée par le projet de directive Bolkenstein : un commissaire européen pouvait donc prendre des décisions engageant des régulations sociales et économiques décisives sans débat. Cela confirmait le sentiment d’une Europe engagée dans une entreprise de libéralisation et de dérégulation des protections sociales existantes, mise en œuvre par des individus pour qui le bien-fondé de cette entreprise ne souffre pas le moindre questionnement (nombre propos de commissaire à la concurrence donnent aussi cette impression). C’est un problème réel de la construction européenne telle qu’elle s’est faite et se fait, et il me semble que la gauche ne peut que se réjouir qu’il ait été mis au jour et placé au centre de la discussion ; le problème est que, d’une part, cette dimension a occulté le reste, c’est-à-dire le fait que l’Europe est un champ de forces mouvant, qu’elle a aussi massivement aidé des régions et pays pauvres en Europe, qu’elle sait redistribuer, protéger les droits des citoyens, etc. ; et que, d’autre part, cette mise en question de l’orientation néolibérale masquée derrière la pseudo-évidence technique des vertus absolues de la « concurrence libre et non faussée » a rejailli sur un projet de constitution qui renforçait plutôt le pôle délibératif-politique. D’où cette impression de paradoxe et de gâchis : l’intensité réelle du débat démocratique (avec ses scories démagogiques) a accouché d’un vote qui, à mon sens, a bloqué une petite avancée démocratique.

Jérôme Giudicelli – La qualité du débat a tenu à mon sens à l’apparition d’un argumentaire pro-européen en faveur du « non ». Lors du référendum sur Maastricht le débat s’était réduit à un face-à-face entre partisans de la construction européenne et souverainistes, soit les partisans d’une Europe des nations dont nous savons qu’elle n’en est pas une. C’est donc un élément positif de voir désormais s’affronter des regards différents sur l’évolution de la construction européenne dépourvus de nostalgie « précommunautaire ». Le débat s’aiguise et devient plus précis. Certains fédéralistes ont pu se reconnaître dans le « non ».

Le débat interne aux partisans de la construction européenne doit désormais se poursuivre. En ce sens les trois conditions un moment avancées par Laurent Fabius durant la campagne pour renoncer au « non » (abandon de la partie économique du texte du traité, assouplissement des coopérations renforcées et des possibilités de révision du traité) sont assez formalistes et n’ont que peu à voir avec le débat engagé sur l’orientation et la finalité de la construction européenne. Hubert Védrine me semble plus pertinent lorsqu’il invite aujourd’hui à reprendre la réflexion sur la nature de l’objet politique européen, à travers la notion par exemple de fédération d’États-nations, laissée de côté par la convention.

L’autre leçon à tirer de cette campagne en termes de démocratie me semble être, à travers l’exemple du parti socialiste, l’inanité des référendums internes aux grands partis. Marx écrivait que l’histoire se répétait sous une forme grotesque : c’est un peu ce qui s’est passé pour le parti socialiste mais sous une forme inversée, le « grand référendum » désavouant le « petit »… Les partis et leur positionnement ne prennent sens que lorsque le débat engage l’ensemble du spectre politique ou l’ensemble de la société, comme à l’occasion du référendum du 29 mai. Les débats purement internes sont nécessairement réducteurs et leur issue risque toujours d’être percutée par une confrontation plus large avec des points de vue dont la diversité est plus représentative.

Guy Coq – Je ne pense pas que le débat ait été aussi détourné qu’on a pu l’entendre, je crois au contraire que c’est la première fois que la question de l’Europe est devenue un débat national. Si l’on compare ce référendum à celui de Maastricht notamment, il est indéniable que le débat a gagné en ampleur et que le thème de l’Europe a été beaucoup plus pris en compte. Il est également frappant de voir que beaucoup de personnes ont réagi sur des points précis du texte de la Constitution, même s’il est très facile de dire qu’ils ont exagéré l’importance de ces points pour sanctionner Jean-Pierre Raffarin ou Jacques Chirac. Je crois donc que l’on peut dire que l’Europe est pour la première fois devenue un objet politique national. Cela signifie que les électeurs ont articulé dans leur position l’aspect européen et l’aspect national. Si l’on souligne comme élément perturbateur du vote constitutionnel le désir de sanctionner le pouvoir, il faut en même temps souligner comme « oui » douteux celui des personnes qui ont cédé au grand chantage de la peur : « Sans cette constitution, plus d’Europe. » Ainsi, il est évident que la reconstitution d’une ligne majoritaire, cohérente, à l’intérieur du parti socialiste passe par des propositions qui lieraient des problèmes de politique intérieure et des propositions au niveau européen. En outre, je pense qu’il ne faut pas oublier que, pour beaucoup de personnes, l’Europe, qui jusqu’à présent apparaissait comme une protection contre la mondialisation sans loi, n’a pas su, dans le débat sur la constitution, trouver de crédibilité à cet égard. Enfin, je ne sais pas si Jacques Delors expliquait l’Europe aux enfants, mais j’ai bien lu sa conférence publiée en mars 20051 dans laquelle, après avoir dit qu’il soutient le « oui », il expose quatre arguments forts contre le texte constitutionnel et déclare en conclusion : « Il faut revoir les textes. »

Antoine Garapon – Il existait un obstacle objectif dans ce débat, à savoir la complexité du texte juridique. Il est évident que cette difficulté à interpréter le texte n’a sûrement pas joué en faveur de la qualité du débat. Par ailleurs, concernant le recul du souverainisme, il est intéressant de voir que cette notion de souverainisme n’a pas été présente en tant que telle dans le débat mais se retrouve sur un plan négatif dans la diabolisation de l’autre. Ainsi, « faire l’Europe » a rarement été présenté dans le débat comme faire la rencontre de l’autre, prendre en compte d’autres peuples, d’autres cultures, d’autres imaginaires politiques.

Daniel Lindenberg – On a vu réapparaître une tradition française de défense du travail national et un désir ancien de diminuer le nombre de travailleurs étrangers en France. Or, jusqu’à maintenant, l’élargissement n’a pas été discuté et plus de 40 % des électeurs de gauche qui ont voté non pensent qu’il y a trop d’étrangers en France. Il ne faut donc pas ignorer cette peur de l’étranger et de la mondialisation.

Michel Marian – Le thème de la protection de l’emploi national a eu un rôle important. À ce propos, on peut ajouter à l’analyse patricien-plébéien le vieux terme marxien d’aristocratie ouvrière. En effet, ce qui s’est passé au nom de la défense des travailleurs français, dont la dignité politique serait menacée par une constitution technocratique, c’est une défense de l’aristocratie ouvrière par rapport au risque d’arrivée d’ouvriers étrangers. Ceci peut faire penser que le cycle de 1983-1984, c’est-à-dire le basculement à la configuration avec un Front national très fort et une extrême gauche très faible, serait en train de se résorber. Il est possible que l’on ait une gauche assez forte parce qu’elle aura réussi à catalyser à la fois cette crainte sociale et ce discours d’ambition politique. Par ailleurs, il est indéniable que le Front national est diminué pour des raisons conjoncturelles alors que Villiers et Sarkozy sont prêts à récupérer les votes que perdrait ce parti. Ceci conduirait à une configuration politique différente et la question se pose de l’importance du rééquilibrage à gauche.

Paul Garapon – La gauche libérale sort bien mal en point de cette consultation, et c’est regrettable. Si une recomposition sur la gauche « républicaine » et radicale s’effectuait, elle interdirait cette gauche du pouvoir pour longtemps, ce qui n’est pas salutaire. Sommes-nous donc incapables de compter, comme dans les grandes démocraties, sur un parti des démocrates et un autre des républicains, des travaillistes et des conservateurs, susceptibles de gouverner dans une salubre alternance ? On a vu ressortir les vieux démons jacobins, incarnés par le colbertiste Villepin (réponse type de Jacques Chirac aux peurs des Français) appelé à Matignon, lequel n’aura le temps de rien faire et poursuivra un traitement social du chômage qui, quoique nécessaire, n’en est pas moins insuffisant. Au problème économique français, devraient répondre des réformes lourdes pour améliorer la capacité d’initiative à l’emploi de toutes les entreprises, mais le résultat nettement antilibéral de la consultation du 29 mai 2005 ne va pas encourager le gouvernement à prendre des mesures vers plus de libéralisme… d’autant que les prochaines élections présidentielles approchent. C’est pourtant ce dont le pays a besoin. Une société économiquement forte est une société politiquement forte au plan international – pardon pour cette lapalissade.

Guy Coq – Je crois que Laurent Fabius a su allier la crédibilité du point de vue des propositions de politiques de gouvernement et la capacité de se faire appuyer par une gauche plus tribunicienne. Ceci dit, contrairement à ce qu’avait vécu Mitterrand, le problème n’est plus entre un parti socialiste de taille modeste et un gros parti communiste qu’il faut essayer de juguler. La question est de savoir si peut émerger du parti socialiste ce qui est sa fonction historique, un homme d’État capable non seulement d’entraîner la majorité du parti, mais de gagner la confiance d’une gauche très émiettée, notamment l’extrême gauche. Cette capacité de synthèse est la condition d’existence d’une alternative de la gauche au pouvoir actuel. Allier sur un projet des courants gestionnaires en même temps que des mouvements tribuniciens est la vocation historique du parti socialiste. Laurent Fabius a le mieux compris cette dynamique. Il a la capacité de ne pas faire du « oui » et du « non » une frontière définitive, car s’il y avait cette cassure ce serait la mort du PS. C’est pourquoi ceux qui prônent la scission pour expulser le « non » ne tiennent pas une position raisonnable sauf si leur choix est de rejoindre François Bayrou avec les « oui » socialistes. Laurent Fabius semble ainsi le mieux placé pour formuler politiquement des propositions concrétisant le sens du « non ».

Une crise de la représentation ?

Les résultats du référendum semblent corréler fortement le choix exprimé à une situation sociologique. Le vote pour le « non » fait-il système avec le choix du 21 avril 2002 ? A-t-on affaire à une crise de régime, à une faiblesse de la stratégie réformiste ou à une montée populiste ? Quels seraient les remèdes politiques au sentiment de divorce démocratique ?

Marc-Olivier Padis – Il existe un fort décalage entre les choix définis par le président de la République, le gouvernement, les principaux partis de gouvernement qui tablaient tous sur une victoire du « oui » et la décision finale des électeurs. Ce décalage rappelle inévitablement celui qui s’était déjà manifesté le 21 avril 2002, avec le rejet des partis de gouvernement, mais aussi, en remontant d’une décennie, avec les grèves de novembre-décembre 1995 qui ont conduit à l’abandon de la réforme de la sécurité sociale pourtant saluée conjointement par la droite et la gauche à l’Assemblée nationale. Mais la crise de la participation prend ici une forme inattendue puisqu’elle ne se traduit pas par une abstention ou un retrait, un refus de participer. En effet, on parle souvent de crise de la représentation en faisant observer que la participation électorale tend à baisser régulièrement, que la question européenne n’intéresse pas et que les référendums ne mobilisent pas. Or, on a observé ici un triple démenti avec une forte participation, qui renversait la courbe déclinante, un intérêt retrouvé pour l’Europe et pour la consultation référendaire. On observe donc peut-être un vote qui signifie à la fois une participation plus grande et un refus du personnel politique ou des projets politiques en place. S’il y a une forme de rejet politique, il y a aussi le désir de se prouver que le vote sert à quelque chose, un désir de faire une utilisation maximale du vote déjà présente le 21 avril 2002 et que l’on pourrait qualifier de « tentation activiste » de l’électeur2. L’activisme ne correspond plus au simple fait d’être actif en dehors de la participation électorale, mais plutôt à avoir, dans l’acte même du vote, une attitude de maximalisation du vote en l’utilisant pour dérouter un résultat « acquis d’avance » et massivement présenté comme tel dans un premier temps par les leaders politiques, les médias et les sondages.

On peut prendre le thème de la crise de la représentation selon une autre approche, celle de la difficulté à faire de l’Europe un sujet de politique française. L’Europe faisant partie des prérogatives du président de la République, le Parlement ne peut pas se saisir des questions européennes et les ministres ne peuvent venir exposer leurs négociations européennes devant le parlement. Il existe donc un problème institutionnel d’internalisation de la question européenne au sein des dispositifs français. C’est un élément à ajouter au débat sur la réforme institutionnelle de la Ve République.

Enfin, dans un troisième sens, on voit un échec de la stratégie réformiste par l’Europe, ce qu’on appelait la « modernisation exogène » consistant à dire que le blocage français pouvait être surmonté par le niveau européen qui imposerait les réformes refusées au plan national. Ce thème a l’inconvénient de suggérer que tout le modèle social français serait réformé de l’extérieur par l’Europe alors que les difficultés françaises liées par exemple aux retraites ou à l’assurance maladie ne sont pas exogènes et proviennent bien du niveau national. Il y a donc eu un malentendu qui a fait de l’Europe le bouc émissaire de toutes ces problématiques nationales.

Michel Marian – En ce qui concerne la sociologie, il faut constater que c’est la première fois depuis longtemps que l’on observe un tel alignement des choix politiques avec des données telles que le niveau de revenu, le niveau de diplôme, etc. Il y a des seuils à partir desquels il est possible de déterminer la nature du vote des électeurs. Il y a donc là un défi pour les partis. Le deuxième point est le fait que la composante française du débat a indéniablement joué son rôle dans le vote, car le président de la République était responsable constitutionnellement, ce qui a été perçu sous la forme d’une irresponsabilité politique puisque les changements attendus ne se sont pas produits. Cela renvoie au débat sur la cohabitation, qui a été beaucoup critiquée, alors que depuis trois ans nous sommes face à un régime homogène qui n’a pas donné des résultats ni en termes d’approbation des équipes au pouvoir, ni en termes d’assentiment aux réformes. Le dernier changement de gouvernement a donné lieu a des mouvements civiques de protestation contre les différents ministres en place. Or, il s’agit là d’un type de régulation qui a peut-être sa dignité mais qui n’est pas exactement ce qu’attendent les citoyens d’un gouvernement doté d’un mandat électoral. Par ailleurs, le décalage entre le vote de l’Assemblée et celui des électeurs pourrait apparaître comme une preuve qu’il faut instaurer un système d’élection à la proportionnelle. Néanmoins, le dispositif actuel des partis ne semble pas pouvoir s’accorder avec ce régime de la proportionnelle.

Gil Delannoi – Le déterminisme sociologique très fort que l’on a souligné pour expliquer ce vote est, en réalité, plus prédictif qu’explicatif. En effet, je peux dire que la probabilité que vous votiez oui s’accroît en même temps que vos revenus. Cela ne donne ni les raisons politiques d’un vote au fond hétérogène, ni ne permet d’affirmer que les électeurs aient eu, pour la plupart, le sentiment de voter en fonction de leur classe sociale. Ce déterminisme sociologique constitue surtout une information politique de grande importance pour les gouvernants, mais il n’explique rien sur le scénario politique.

Par ailleurs, c’est tout le régime politique qui semble en triste état. Qu’on souhaite qu’il se présidentialise ou qu’il se reparlementarise, on pourrait être d’accord sur le constat et sur certaines solutions : redonner un peu de vitalité aux pouvoirs du parlement et mettre fin à certains des pouvoirs de nomination monarchique du président de la République. En toute sévérité, je voudrais ajouter que les aléas de la démocratie directe ne sont pas ici le symptôme le plus flagrant. Nous voyons trébucher constamment une monarchie impuissante et, surtout, nous observons une démocratie représentative (indirecte donc) qui vote systématiquement « non » en renvoyant les sortants à chaque consultation depuis plus de vingt ans ! Une donnée à méditer avant de comparer démocratie indirecte et directe…

Jérôme Giudicelli – La victoire du « non » ne marque pas une crise de la représentation mais un résultat donné sur l’enjeu européen, qui a été traité comme tel. Alors que cette fois c’est la majorité des actifs et de ceux qui travaillent qui ont voté non, on ne peut donner à ce vote une explication sociologique simple ou l’analyser comme un vote de ressentiment.

Plusieurs autres facteurs expliquent ce vote. Tout d’abord, un certain brouillage du paysage politique avec plusieurs acteurs majeurs du débat à contre-emploi : Chirac, européen peu convaincu en héraut du traité, Bayrou le démocrate-chrétien qui ne s’investit pas, Fabius l’ancien libéral-social qui se prononce pour le « non » ; dans ce contexte l’issue du débat ne pouvait être qu’imprévisible. Ensuite, une incapacité des défenseurs du traité à inscrire dans l’histoire l’enjeu du référendum : c’est le souhait de Chirac de désacraliser immédiatement le débat à l’occasion de son émission télévisée avec les jeunes (à comparer avec le débat Mitterrand-Séguin dans le lieu symbolique de la Sorbonne à l’occasion de Maastricht…) ; la mise sur la touche de Villepin – pas encore Premier ministre et plus ministre des Affaires étrangères – alors que la fougue de son verbe aurait pu être utile. Enfin, une certaine hypocrisie démocratique qui a pu susciter un vote protestataire n’expliquant cependant pas tout : souhait d’avancer la date du référendum devant la montée du « non » dans les sondages, disqualification scandaleuse par les médias des partisans du « non » au début de la campagne – notamment de Laurent Fabius –, focalisation des partisans du « oui » sur les conséquences du vote et non sur le sens du traité.

Mais je crois que la cause profonde du « non » aura été l’effet de « déception » créé par ce traité, aux deux sens d’espoir déçu et de tromperie. Espoir déçu : voilà quelques années, depuis 1983 notamment, que la construction européenne se présentait comme la dernière utopie. L’adoption d’une constitution européenne aurait dû être un moment fort de concrétisation de cette utopie : il n’en a rien été car tous les ferments utopiques du texte proposé au référendum étaient désamorcés. Quel était le statut réel de cette Constitution, rabaissée au fur et à mesure du débat au rang de traité constitutionnel ? Quelle aurait été l’articulation de ce texte trop touffu avec le noyau constitutionnel français qui incarne une part majeure de notre souveraineté ? Qu’était-ce donc que cette charte des droits fondamentaux, qui aurait pu aller au-delà de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, mais qui se révélait finalement applicable au seul droit communautaire et par ailleurs bornée par des interprétations bavardes des États membres ?

Avec cette étonnante avancée fédéraliste que constituait la monnaie unique, le traité de Maastricht possédait pour sa part cette aimantation utopique. Il aurait dû en être ainsi de cette constitution : les peuples européens ne sont-ils pas mûrs par exemple pour envisager une armée unique ?

Tromperie aussi : cela fait des années que nos gouvernants actent la nécessité de contrebalancer le pouvoir de la Banque centrale européenne par un « gouvernement économique européen ». L’une des raisons pour lesquelles l’Union européenne est une zone de chômage de masse est manifestement la limitation des missions de la Banque centrale européenne à la seule maîtrise de l’inflation. Or, en dépit de consensus répétés sur cette question fondamentale, le projet de constitution européenne n’instaurait ni gouvernement économique, ni nouvelle mission pour la Banque centrale européenne. Déjà 13 ans après Maastricht il était difficile de convaincre les Français, notamment les trentenaires ayant vécu une entrée difficile sur le marché du travail, que certes ce n’était pas pour cette fois-ci, mais pour bientôt, et ce, alors même que l’on soumettait une constitution au suffrage… Le « non » français à la constitution européenne peut donc s’analyser comme un « non » de dépit. L’expression de l’électeur pourrait se « surinterpréter » ainsi : malgré son appellation et son ambition initiale, ce texte n’est pas du niveau référendaire. Il y a tromperie sur la marchandise. Un passage par le Parlement aurait suffi.

Jacques Donzelot – Concernant la crise de la représentation, le décalage entre le vote de l’Assemblée et le vote des Français est un point crucial dans la mesure où beaucoup de personnes pensent qu’il se serait passé la même chose dans tous les pays de l’Union européenne. Cet événement peut être interprété dans le sens d’une crise de la représentation dans les classes moyennes de la population, parce que ces électeurs pensent qu’ils « ne représentent plus rien ». C’est-à-dire que, dans le cadre de la mondialisation actuelle, ces personnes se considèrent comme des « oubliés », prises entre la mondialisation par le bas et celle par le haut. Il s’agit donc là d’un sentiment, d’une opinion émotionnelle qui s’oppose à la raison apparente donnée par le logos européen.

Le problème se situe peut-être dans le fait que le discours sur la construction européenne ne donnait pas à voir le processus de sa fabrication. En effet, ce processus est fondé sur une culture du compromis qui demande à être avalisé par un vote démocratique, c’est-à-dire raisonnable. Ce qui est fait dans le secret du compromis doit être avalisé en raison puisqu’il est présenté en raison. En conséquence, ce « clash » entre « l’émotion d’en bas », c’est-à-dire cette peur de ne rien représenter, et le fait que ce qui est représenté a les apparences fallacieuses de la raison crée une relation perturbatrice de la représentation démocratique.

Daniel Lindenberg – Ce vote pour la Constitution doit être distingué du vote du 21 avril 2002 puisque cette fois-ci il n’y a pas eu rejet de la politique et que les électeurs ont voté en masse. La question qui doit alors se poser est plutôt celle de la légitimité des différentes forces politiques. Le rôle du président et la lecture plébiscitaire de ce vote restent évidemment à déterminer, même si ce référendum a été placé sous le signe de la confiance en un individu – le président – et pas dans un régime. La question de savoir si des forces ont été relégitimées par les résultats de ce vote est également importante. Il est par exemple frappant de voir que le parti communiste estime être sorti grandi du rejet de la Constitution européenne. De même, Philippe de Villiers peut apparaître comme le représentant d’une droite « boulangiste » qui a su tirer profit du référendum. Ceci ne prouve pas une crise de la représentation dans la mesure où le référendum constitue une procédure démocratique tout à fait exceptionnelle et que son résultat ne permet pas de présager l’avenir du paysage politique français.

Jean-Claude Monod – La question du divorce entre les électeurs et les partis de gouvernement se pose essentiellement pour la gauche, où le parti socialiste et les Verts n’ont pas été suivis par leurs électeurs. Répétition du 21 avril, où l’offre de la gauche de gouvernement paraissait illisible, le programme du parti socialiste presque indiscernable de celui de la droite, et où le désir d’une « autre politique » s’était donc dramatiquement dispersé. Je ne pense pas que la réponse à ce divorce se trouve dans les forces qui se réclament encore du communisme, sous quelque forme que ce soit ; mais l’attente d’une alternative à la fois crédible et profonde pourrait peut-être se cristalliser autour de la proposition la plus improbable, la plus amusante, sinon la plus intéressante, de cette campagne : Fabius-Bové, l’alliance de la carpe mitterrandienne et du lapin altermondialiste (si l’on ironise) ou (si on la prend une minute au sérieux) d’un mélange de crédibilité gouvernementale et d’habileté politique avec une aspiration à la rupture avec le tout-marchand – or la gauche a-t-elle jamais pu accéder au pouvoir, en France, sans combiner une forte volonté de changement avec une image pacifique et compétente ? Encore faudrait-il qu’il ne s’agisse pas là d’un gadget électoral, mais (quels que soient les hommes qui l’incarnent) d’un projet à la hauteur des attentes des classes les plus exposées socialement à la précarité et à la pauvreté ; la problématique écologique, de son côté, peut être porteuse d’une utopie, d’une transformation profonde de notre rapport au monde, tout en étant, en un sens, la seule voie « réaliste » de développement économique durable pour la planète.

Guy Coq – C’est la manière de mener jusqu’à présent la politique européenne qui a provoqué en grande partie et depuis des années un malaise voire une crise de la représentation. Il y a eu en effet ce jeu pervers des politiques français consistant à compter sur les décisions de niveau européen pour contraindre à des réformes internes. En agissant ainsi, ce sont eux qui ont mis l’Europe en position de bouc émissaire, posture d’autant plus immorale qu’ils n’hésitaient pas à critiquer ensuite les décisions européennes qu’ils avaient contribué à élaborer. Cette mauvaise pratique de la politique européenne de la France a bien entendu été perçue comme un double jeu. Cela a beaucoup contribué à disqualifier le discours européen des politiques. Ils ont perdu leur crédibilité sur les problèmes européens, d’où l’étonnante indiscipline des électeurs par rapport à leurs représentants.

Joël Roman – Évidemment, ce résultat témoigne d’une crise profonde de la représentation. Il est clair que le résultat du référendum a marqué le triomphe du national-populisme. Et l’explication par le divorce entre le peuple et les élites renforce cette tendance. En effet, cette grille omniprésente d’interprétation basée sur l’opposition peuple/élite est le signe du renouveau du populisme. Les conséquences du populisme à gauche se manifestent à travers l’attitude de ceux qui affirment qu’ils n’ont pas forcément de propositions à faire, mais qu’ils ont des ressources pour pouvoir avancer. On retrouve là la filiation avec 1995, avec le mouvementisme et la référence au communisme. Face à cette déferlante, il semble aujourd’hui que l’encadrement syndical est le seul qui survive dans le contexte politique français puisque les tentatives d’encadrement ou de réencadrement politique ne sont pour l’instant pas concluantes.

Juin 2005

  • 1.

    Jacques Delors et Thierry Guerrier, Entretiens, Paris, Michel de Maule éditeur, 2005.

  • 2.

    Voir André Gattolin et Erwan Lecœur, « Régionales et européennes 2004 : la tentation activiste des électeurs », Esprit, juillet 2004.

Guy Coq

Philosophe, président d'honneur de l'association des amis d'Emmanuel Mounier, il a consacré de nombreuses contributions à l'école en France et aux changements de l'éducation. Il a également contribué aux réflexions sur les changements de la laïcité dans le contexte français de sécularisation. Après un ouvrage remarqué sur son parcours spirituel, Que m'est-il donc arrivé ? Un trajet vers la foi (Pa…

Gil Delannoi

Spécialiste de l'histoire des idées et de la pensée politique (CEVIPOF, Sciences Po Paris), il se consacre aux formes de délibérations démocratiques, sans se limiter à la sphère institutionnelle parlementaire. C'est pourquoi il travaille sur le sujet du tirage au sort comme nouvelle pratique démocratique. Il s'inquiète aussi de l'accélération des sociétés contemporaines et de ses effets sur notre…

Jacques Donzelot

Le titre universitaire de "sociologue" est réducteur pour donner l'idée d'un travail de réflexion sur le social (voir son classique sur l'Invention du social. Essais sur le délcin des passions politiques) et la manière de "faire société". Cette interrogation passe par l'analyse des questions sociales au sens large (travail, protection, intégration…) mais surtout de la ville, des banlieues, des…

Jean-Claude Eslin

Philosophe, lecteur et commentateur, entre autres, d'Hannah Arendt et de Max Weber, il s'intéresse aux interrogations politiques contemporaines, notamment la place faite à la religion dans la société moderne. Il intervient régulièrement dans la revue sur la situtaion, notamment institutionnelle, de l'Eglise catholique en France. Il travaille aussi sur la question européenne, la relation à…

Paul Garapon

Antoine Garapon

Magistrat, juge pour enfants, il a fondé l'Institut des Hautes Etudes sur la Justice (IHEJ), où il observe les mutations de la place du droit dans nos sociétés. Il anime sur France culture une émission consacrée à la pensée juridique, « Le Bien commun ». Il a développé sous le même nom une collection d'ouvrages, aux éditions Michalon, qui permettent de présenter des auteurs qui, sans être…

Jérôme Giudicelli

Ses études littéraires l'ont mené, après un passage par l'ENA, aux questions du travail, notamment de la formation professionnelle, vue à l'échelle régionale, puis nationale. Il est désormais fonctionnaire territorial en région pays de la Loire. Il reste fidèle à l'analyse littéraire et cinématographique à travers ses interventions sur l'actualité des livres et du cinéma.…

Daniel Lindenberg

Historien, ses travaux de prédilection portent sur l'histoire des idées politiques et les controverses intellectuelles. Son livre sur le Marxisme introuvable (Paris, Calmann-Lévi, 1975) a participé d'une relecture de la place du marxisme dans les idées politiques en France. Il a consacré de nombreuses études aux interférences et aux croisements entre visions religieuses et idées poitiques,…

Michel Marian

Philosophe de formation, il travaille dans le domaine des politiques scientifiques et de recherche. Michel Marian publie régulièrement notes et articles sur la politique française dans Esprit. Il s’intéresse également à l’histoire et à la culture arméniennes, tout comme aux questions de reconnaissance du génocide arménien.…

Jean-Claude Monod

Philosophe, il s'intéresse en particulier aux rapports entre politique et religion, ainsi qu'à l'articulation entre démocratie et pouvoir, notamment dans l'interrogation qui est au coeur de son livre, Qu'est-ce qu'un chef en démocratie? Politiques du charisme (Paris, Seuil, 2012).

Marc-Olivier Padis

Directeur de la rédaction d'Esprit de 2013 à 2016, après avoir été successivement secrétaire de rédaction (1993-1999) puis rédacteur en chef de la revue (2000-2013). Ses études de Lettres l'ont rapidement conduit à s'intéresser au rapport des écrivains français au journalisme politique, en particulier pendant la Révolution française. La réflexion sur l'écriture et la prise de parole publique, sur…

Joël Roman

Philosophe, essayiste et éditeur   Joël Roman prône « un multiculturalisme à la française », qui reconnaisse le pluralisme social et culturel de la société française, l’empreinte durable des immigrations post-coloniales, et sache adapter le modèle républicain à la multiplicité individuelle, à la nouvelle question sociale des banlieues et à la présence établie de l’islam de France. Il place ainsi…

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