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Sauter dans le vide

juin 2014

#Divers

Dans une photographie en noir et blanc, Leap Into the Void. After Three Seconds (« Saut dans le vide. Trois secondes après », 2004), l’artiste roumain Ciprian Muresan présente la scène qui aurait eu lieu trois secondes après le Saut dans le vide d’Yves Klein. Cette œuvre de 1960, qui annonçait ce qu’on allait appeler la « performance », résulte du montage de deux clichés, l’un de la rue photographiée avant ou après le saut, l’autre pendant que l’artiste prend son envol au-dessus de la bâche tendue à bout de bras par des judokas – rappelons qu’Yves Klein était aussi champion de judo – prêts à le réceptionner afin qu’il ne s’écrase pas au sol1. Célébration et mise en danger du corps, cette œuvre prend une autre résonance dans sa relecture par Muresan, qui la transpose de Fontenay-aux-Roses à une ruelle d’un village roumain, où il montre l’artiste gisant étalé de tout son long, face contre terre. La référence à Yves Klein se double alors d’un écho à la gymnaste Nadia Comaneci, devenue arme nationale du régime de Ceaucescu, qui a chuté brutalement en 1989, et à la situation contemporaine d’une Roumanie qui s’enfonce dans la crise.

Nadia Comaneci et l’équilibre nouveau

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