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Qu'est-ce qu'un dispositif de terreur ? Entretien avec Jacob Rogozinski

Propos recueillis par Andreas Wilmes[1]

octobre 2018

Une religion est un dispositif de croyance qui peut s’employer dans le sens de l’émancipation ou être dévoyé par des dispositifs de domination, de persécution, voire de terreur. Les analyses du djihadisme sous-estiment trop souvent sa dimension religieuse, notamment messianique et apocalyptique.

Votre dernier ouvrage, Djihadisme : le retour du sacrifice, propose une nouvelle analyse philosophique du djihadisme [2]. Derrida, -Baudrillard, Slavoj Žižek et Alain Badiou avaient déjà tenté -d’appréhender ce phénomène. Qu’est-ce qui distingue votre approche de celle de ces philosophes ?

Ce sont les récents attentats en France et en Europe qui m’ont incité à écrire ce livre. Je dois dire que je n’étais pas satisfait des analyses de ces philosophes. Il me semble que la plupart d’entre eux ont abordé le phénomène du djihadisme sans prendre suffisamment en compte sa référence religieuse, c’est-à-dire son ancrage dans l’islam. Lorsqu’Alain Badiou définit le djihadisme comme un « nihilisme fasciste », il se trompe doublement : en assimilant un phénomène nouveau à un phénomène ancien de nature différente (le fascisme) et en prétendant que l’on a affaire à des gens qui ne croient plus en rien[3]. Telle est en effet depuis Nietzsche la définition du « nihilisme ». Peut-on vraiment qualifier ainsi des hommes qui sont prêts à tuer et à mou

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Jacob Rogozinski

Professeur de philosophie à l’université de Strasbourg, il est l’auteur de Djihadisme. Le retour du sacrifice (Desclée de Brouwer, 2017).

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Le terrorisme djihadiste pose une question de confiance à la démocratie. Comment comprendre que des jeunes soient séduits par cette idéologie et s’engagent dans la violence ? Quel rôle y joue la religion ? Le dossier, coordonné par Antoine Garapon, observe que les djihadistes sont bien les enfants de leur époque. À lire aussi dans ce numéro : Mai 68 en France et en Pologne, le populisme du mouvement 5 étoiles, une critique de l’Université, ainsi que des commentaires de l’actualité politique et culturelle.