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Une mauvaise querelle à l'Université

Les oppositions très dures qui se sont exprimées récemment à propos d'une prétendue infiltration des départements de sciences sociales par un courant « islamo-gauchiste » témoignent d'évolutions au long cours, qui affectent tant les carrières des enseignants que leur choix de sujets et leur rapport à l'État. Pour retrouver les conditions d'une recherche apaisée, il faut doter l'Université des moyens nécessaires, et ne céder en rien sur la rigueur théorique qui seule garantit le pluralisme.

Les sciences humaines et sociales sont agitées depuis quelque temps par une opposition violente entre, d’un côté, une frange minoritaire qui entend s’appuyer sur la notion d’islamo-gauchisme pour engager une critique radicale des transformations récentes du domaine et, d’un autre côté, la majorité des acteurs, qui s’estiment attaqués par un phénomène de type maccarthyste. La querelle repose sur un malentendu : si l’islamo-gauchisme a un sens, il ne concerne qu’un domaine limité de l’action politique, d’ailleurs pratiquement inexistant en France. C’est en Grande-Bretagne que Chris Harman a proposé, dans son livre de 1999, The Prophet and the Proletariat, une alliance stratégique entre l’islam politique et le trotskisme, celui-ci ayant un poids politique très faible dans le pays1. Mais si l’idée selon laquelle, les vrais dominés étant les musulmans, il faut faire de ces derniers le fer de lance des luttes pour l’émancipation a certes gagné un peu de terrain, elle n’est jamais devenue hégémonique à gauche. En France, le soutien du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) à une candidate musulmane voilée, lors d’une élection à Avignon, a au

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Jean-Louis Fabiani

Professeur de sociologie à Central European University (Vienne) et directeur d'études retraité à l'EHESS, Jean-Louis Fabiani est notamment l'auteur de Pierre Bourdieu. Un structuralisme héroïque (Le Seuil, 2016) et de Clint Eastwood (La Découverte, 2020).

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Les difficultés rencontrées pendant la gestion de l’épidémie de Covid-19 ont remis en lumière le rapport paradoxal que la France entretient avec son État. Parce qu’il est censé décider de tout, il est le recours vers lequel tous se tournent en situation de crise, en même temps qu’il concentre l’essentiel des critiques. Au-delà de la crise sanitaire, la question d’un juste partage des responsabilités entre l’État et d’autres acteurs - les collectivités territoriales, les citoyens, les syndicats ou les entreprises- pour construire un horizon d’action commun se pose. Alors même que la pandémie marque le retour en grâce de l’action publique, comment changer concrètement la figure de l’État pour apaiser sa relation avec la société et lui permettre de répondre aux aspirations contemporaines en matière d’écologie et de justice sociale ? C’est à cette question que s’attache ce dossier, coordonné par Lucile Schmid.