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Pour une liberté sociale et collective

Défendre le libéralisme sans s’y identifier

Pour bien comprendre le libéralisme, il faut d’abord s’extraire de la vision qui l’oppose frontalement au populisme, et en fait un élitisme technocratique. Il est en effet possible d’opposer au fanatisme du marché et à la volonté d’entraver l’égalité des conditions les idéaux d’un libéralisme à la fois démocratique et social.

L’opinion selon laquelle les enjeux du présent tiendraient dans l’opposition du « libéralisme » et du « populisme » est aujourd’hui répandue. Elle fait cependant courir de grands risques à l’idée libérale aussi bien qu’à ses critiques sociales : les failles et les lignes de force de la démocratie éprouvée par les crises (financières, sociales, sanitaires, écologiques) se trouvent plongées dans l’obscurité quand on les perçoit dans l’ombre du spectre du « populisme », sorte de fourre-tout où l’on amalgame des dynamiques hétérogènes1, dont les unes relèvent de tumultes égalitaires où Claude Lefort aurait aperçu une « démocratie sauvage2 », mais d’autres attestent ce que Patrick Savidan nomme la « démocratisation du sentiment oligarchique3 », c’est-à-dire le désir (fort peu populiste) d’être confirmé dans le sentiment d’appartenir au camp des gag

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Jean-Yves Pranchère

Ancien élève de l'École Normale Supérieure, Jean-Yves Pranchère est membre du Centre de Théorie Politique de l'Université libre de Bruxelles, où il enseigne. Il est l'auteur de Le Procès des droits de l'Homme (Seuil, 2016) avec Justine Lacroix.

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Force structurante de notre modernité, le libéralisme concentre ces dernières années toutes les critiques. Mais lorsque certains fustigent la société du tout marché, l’individualisme et l’égoïsme contemporains, l’élitisme, les inégalités ou l’autoritarisme, est-ce bien à l’idée libérale qu’ils en ont ? La démocratie peut-elle se passer du libéralisme ? C’est à ces questions que s’attache ce dossier, coordonné par Anne-Lorraine Bujon. Le libéralisme y apparaît d’abord comme une tradition plurielle, capable de se renouveler et de se combiner avec d’autres courants de pensée politique. Timothy Garton Ash le définit comme une méthode plutôt qu’un système : « une quête interminable pour déterminer le meilleur moyen de bien vivre ensemble dans les conditions de la liberté ». À quelles conditions, et dans quelles formes nouvelles peut-on défendre aujourd’hui l’idée libérale ? À lire aussi dans ce numéro : l’Allemagne après la réunification, les pays baltiques, la mémoire selon Ernest Pignon-Ernest, une lecture de Nœuds de vie de Julien Gracq, et la vie de Konrad von Moltke, le délégué de la nature.