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Dans l’espace du soupçon

En quoi réside la faculté d’épouvante du terrorisme ? En opposant deux interprétations philosophiques – l’une qui met l’accent sur le retournement de l’environnement naturel en facteur de violence, l’autre insistant sur la destruction du monde social proche –, l’auteur nous introduit dans les difficultés de la description de l’acte terroriste.

Parmi les drames collectifs qui secouent régulièrement nos sociétés, le terrorisme occupe une place singulière. À l’inverse des situations de guerre ouverte qui reposent sur un principe d’hostilité déclarée, l’attaque terroriste est une forme de violence qui agit par irruption, rompant brusquement la stabilité du monde commun et créant une inflexion brutale entre un avant, qui semblait satisfaire aux attentes de continuité qu’on lui adressait tacitement, et un après qui terrifie dans l’exacte mesure de la cessation violente de ce qui était auparavant appréhendé comme allant de soi. Contrairement aux catastrophes naturelles et aux accidents technologiques majeurs, la nature du stress collectif suscité par l’attentat – ou même la simple menace d’attentat – se caractérise par l’impossibilité de relativiser l’intention mortifère de ceux qui l’accomplissent. Cette double singularité est

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