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Introduction : L’obstination philosophique de Paul Ricœur

par

M. F.

O. M.

mars/avril 2006

#Divers

On chercherait en vain dans toute l’œuvre de Paul Ricœur une réponse à la question : « Qu’est-ce que la philosophie ? » C’est à peine si celui-ci s’est risqué à quelques éclaircissements sur le sens et la méthode de sa philosophie, laissant le plus souvent dans l’ombre les ressorts spécifiques à sa propre pratique1. On peut discerner plusieurs raisons à cette discrétion relative, par exemple le fait que le philosophe se situe au confluent d’au moins trois traditions européennes de pensée. L’inspiration fondamentale de la phénoménologie husserlienne bien sûr, mais aussi la philosophie réflexive héritée de Jean Nabert, et l’herméneutique adoptée très tôt dans le sillage de Hans G. Gadamer comme méthode d’accès au sens par la promotion du concept d’interprétation. À ces diverses traditions, il faudrait ajouter les influences extérieures venues de théories auxquelles Ricœur n’a jamais souscrit mais dont il a parfois adopté le style : on pense à la philosophie analytique anglo-saxonne, à laquelle il s’initie au cours de ses années d’enseignement à Chicago, et à son souci de l’argumentation convoqué pour exorciser les séductions du langage de la métaphysique mais aussi pour irriguer un espace public que le penseur ne méprise pas2. D’où le sentiment étrange qui peut naître de l

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