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Nouveaux fragments d'une mémoire infinie (II)

novembre 2017

#Divers

Il m’est arrivé, il y a quelque temps, d’ouvrir à nouveau le Roland Barthes par Roland Barthes1. Il m’a toujours semblé que, dans ce livre étrangement exaspérant, où plus d’une fois l’on ne peut s’empêcher de bondir ou de s’esclaffer, Barthes avait perdu le contrôle de son talent – comme par une sorte de phénomène d’usure du pouvoir appliqué à l’écriture – et donné prise inconsidérément à ses détracteurs. Pour le pastiche de Burnier et de Rambaud, sorti deux ou trois ans plus tard, c’était une manne incroyable2.

Mais cette fois-ci, je l’ai regardé d’un tout autre œil. Il m’est apparu soudain que ce livre – objet vraiment bizarre du point de vue de l’histoire de l’édition – avait été comme une prémonition singulière, étonnamment exacte, de ce qu’allaient être, quarante ans plus tard, les profils dans lesquels nous nous exposons sur Facebook. Barthes y parle d’ailleurs de lui-même à la troisième personne, comme dans les statuts Facebook d’il y a quelques années – épouvantable manie, encouragée à l’époque par la mise en page de la machine, mais qui est, fort heureusement, en voie de disparition.

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Maël Renouard

Ecrivain, philosophe et traducteur, il a reçu le prix Décembre pour la Réforme de l’opéra de Pékin (Payot & Rivages, 2013). Il est l’auteur de Fragments d’une mémoire infinie (Grasset, 2016), un essai littéraire et philosophique consacré à Internet. De « Nouveaux fragments » ont été publiés dans Esprit, mars-avril 2017.…

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