Paul Magnette, revue Esprit, le 11 janvier 2019
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Citoyenneté et résistances à l’Europe

Depuis le tournant néolibéral des années 1980-90, l’Union européenne apparaît comme le bouc émissaire de la réduction de la souveraineté nationale. La création d’une Assemblée européenne pourrait participer au renouveau d’une politique transnationale.

La crise de l’Union européenne semble se confondre avec une crise, plus générale, de nos démocraties : comment voyez-vous cette circulation entre paysages politiques nationaux et paysage européen ?

La question de la citoyenneté et de la démocratie européennes est une question qui me taraude depuis un certain temps. Dans mon dernier projet de recherche, « Les résistances à l’Europe », en 2006-2007, je cherchais à comprendre pourquoi l’Europe suscite des résistances et à comprendre l’Europe à travers les oppositions qu’elle suscite, à l’analyser par le négatif, par l’euroscepticisme. Depuis lors, ces réactions négatives se sont encore amplifiées, banalisées, voire sont devenues majoritaires.

Pour tenter de les saisir, on peut s’appuyer sur deux des politologues européens les plus importants, qui ont publié à quelques années d’intervalle des livres très sceptiques sur l’Europe : Stefano ­Bartolini et Peter Mair[1]. Dans son livre, Bartolini met en perspective cinq siècles d’intégration et de désintégration. Le livre de Peter Mair est quant à lui franchement critique, voire anti-européen – alors qu’il

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Paul Magnette

Bourgmestre de Charleroi, membre du Parti socialiste belge, professeur de sciences politiques à l’université libre de Bruxelles, il est l’auteur de Le Régime politique de l’Union européenne (Presses de Sciences Po, 2009).

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« Lancer l’alerte », un dossier coordonné par Anne-Lorraine Bujon, Juliette Decoster et Lucile Schmid, donne la parole à ces individus prêts à voir leur vie détruite pour révéler au public des scandales sanitaires et environnementaux, la surveillance de masse et des pratiques d’évasion fiscale. Ces démarches individuelles peuvent-elles s’inscrire dans une action collective, responsable et protégée ? Une fois l’alerte lancée, il faut en effet pouvoir la porter, dans un contexte de faillite des espaces traditionnels de la critique.