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L'action politique devant l'indétermination démocratique

Par son attention aux dérives autoritaires des organisations révolutionnaires, Claude Lefort entend préserver l’audace du fait révolutionnaire. Mais ce qui a été principe d’ouverture, le pouvoir du peuple, peut devenir un principe de clôture. Ainsi, Lefort reste aveugle à la nécessité de l’action gouvernementale et surestime l’indétermination de la démocratie moderne. 

L’œuvre de Claude Lefort m’est familière et chère et m’a beaucoup occupé pendant une longue période. Cependant, je l’ai laissée dormir depuis que les enjeux collectifs et mon propre travail se sont éloignés de la question qui avait placé la réflexion de Claude Lefort au centre de l’attention, sinon de notre génération, du moins de notre « promotion », à savoir celle des relations entre la démocratie et le totalitarisme, ou encore la question de l’« énigme » de la démocratie moderne.

Parcourant l’arc de ses travaux sur une période de soixante années, parcours facilité par le recueil Le Temps présent, édité par Claude Mouchard, je suis frappé par la cohérence et la continuité de la pensée de Claude Lefort et par la permanence d’un style qui n’est pas seulement une façon d’écrire, mais une tonalité de l’âme et une présence de l’homme derrière chaque mot de l’auteur, tonalité et présence que Claude Mouchard caractérise très justement en parlant d’«énergie scrupuleuse[1]». À travers tous les d&eacut

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Pierre Manent

Directeur d'études à l'EHESS, Pierre Manent est notamment l'auteur de Enquête sur la démocratie (Gallimard, 2007).

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Largement sous-estimée, l’œuvre de Claude Lefort porte pourtant une exigence de démocratie radicale, considère le totalitarisme comme une possibilité permanente de la modernité et élabore une politique de droits de l’homme social. Selon Justine Lacroix et Michaël Fœssel, qui coordonnent le dossier, ces aspects permettent de penser les inquiétudes démocratiques contemporaines. À lire aussi dans ce numéro : un droit à la vérité dans les sorties de conflit, Paul Virilio et l’architecture après le bunker, la religion civile en Chine, les voyages de Sergio Pitol, l’écologie de Debra Granik et le temps de l’exil selon Rithy Panh.