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Un monde habitable par tous

Claude Lefort et la question du social

Les droits de l’homme sont essentiellement solidaires de la révolution démocratique. Et cette dernière est d’abord un mouvement social, qui ouvre un espace dans lequel la société peut se rapporter à ses conditions matérielles, ses projections imaginaires et son ordre symbolique. La vague néolibérale, qui accroît les inégalités et induit la perte du symbolique, requiert donc une reprise de la question sociale au nom de la démocratie.

Commentant en 1996 l’expérience faite dans la seconde moitié du xxesiècle par la gauche brésilienne, prise en tenaille entre le soutien de la population à la dictature et les impasses mortifères d’une violence révolutionnaire indifférente au droit, Claude Lefort faisait ce constat simple et décisif : les droits de l’homme «s’avèrent la condition nécessaire, quoique non suffisante, d’un monde habitable par tous[1]».

Claude Lefort ne faisait pas des droits de l’homme un substitut du monde commun, pas même une garantie de notre capacité à un agir en commun qui fasse du monde un espace partagé. Condition sine qua non du commun – d’un commun coordonné à l’universel, à la figure d’un monde «habitable par tous», et non d’une communauté de quelques-uns –, les droits de l’homme n’ont pas pour autant le pouvoir de le produire par eux seuls, hors de toute causalité sociale. Les institutions juridiques et politiques de la démocratie, soulignait Lefort, «supposent un certain état de m&oeli

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Jean-Yves Pranchère

Ancien élève de l'École Normale Supérieure, Jean-Yves Pranchère est membre du Centre de Théorie Politique de l'Université libre de Bruxelles, où il enseigne. Il est l'auteur de Le Procès des droits de l'Homme (Seuil, 2016) avec Justine Lacroix.

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Largement sous-estimée, l’œuvre de Claude Lefort porte pourtant une exigence de démocratie radicale, considère le totalitarisme comme une possibilité permanente de la modernité et élabore une politique de droits de l’homme social. Selon Justine Lacroix et Michaël Fœssel, qui coordonnent le dossier, ces aspects permettent de penser les inquiétudes démocratiques contemporaines. À lire aussi dans ce numéro : un droit à la vérité dans les sorties de conflit, Paul Virilio et l’architecture après le bunker, la religion civile en Chine, les voyages de Sergio Pitol, l’écologie de Debra Granik et le temps de l’exil selon Rithy Panh.