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Les nouveaux braconnages. Pratiques et récits dans les quartiers prioritaires de la ville

janv./févr. 2022

La notion de braconnage permet d’interpréter les pratiques et les récits dans les quartiers prioritaires de la ville comme autant de manières de se réapproprier l’espace et d’enrichir les imaginaires qui y sont associés. Valorisant le « capital narratif » des individus, et mises au service de la reconnaissance, ces tactiques comportent une dimension éminemment éthique et politique.

« Il faut réveiller les histoires qui dorment dans les rues et qui gisent quelquefois dans un simple nom, pliées dans ce dé à coudre comme les soieries des fées1. »

Michel de Certeau a été le témoin privilégié des transformations culturelles des années 1970. S’interrogeant sur les pratiques des consommateurs dans le cadre d’un projet de recherche soutenu par la Délégation générale à la recherche scientifique et technique, il rend compte de ses observations dans une perspective critique et singulière2. En montrant comment les pratiques de « braconnage » développées par les individus constituent des voies de contournement vis-à-vis des dispositifs institutionnels, la démarche de Certeau se situe à contre-courant de ses contemporains et invite à chercher la source du dépaysement dans un terrain familier : « Nos “tactiques” ne semblent analysables que par le détour d’une autre société. […]. Elles nous reviennent d’ailleurs, comme s’il fallait une autre scène pour que, marginalisées par la rationalité “occidentale”, elles trouvent un vaste espace de visibilité et d’élucidation3. »

Nous avons eu l’occasion de mener des enquêtes de terrain dans quatre quartiers prioritaires de la ville, de février à septembre 2021, autour d

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Rachid Benzine

Islamologue et romancier, chercheur associé au Fonds Paul Ricœur, il vient de publier Voyage au bout de l’enfance (Seuil, 2022).

Amélie Depriester

Élève de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm et membre du bureau de Point d’æncrage, laboratoire politique progressiste.

Dans le même numéro

Comment écrire l’histoire des marges ? Cette question traverse l’œuvre de Michel de Certeau, dans sa dimension théorique, mais aussi pratique : Certeau ne s’installe en effet dans aucune discipline, et aborde chaque domaine en transfuge, tandis que son principal objet d’étude est la façon dont un désir fait face à l’institution. À un moment où, tant historiquement que politiquement, la politique des marges semble avoir été effacée par le capitalisme mondialisé, l’essor des géants du numérique et toutes les formes de contrôle qui en résultent, il est particulièrement intéressant de se demander où sont passées les marges, comment les penser, et en quel sens leur expérience est encore possible. Ce dossier, coordonné par Guillaume Le Blanc, propose d’aborder ces questions en parcourant l’œuvre de Michel de Certeau, afin de faire voir les vertus créatrices et critiques que recèlent les marges. À lire aussi dans ce numéro : La société française s’est-elle droitisée ?, les partis-mouvements, le populisme chrétien, l’internement des Ouïghours, le pacte de Glasgow, et un tombeau pour Proust.