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À Buchenwald

juillet 2007

C’était en 1947 ou en 1948, je ne suis plus certain de la date exacte. J’étais élève au collège technique de Brest où je préparais le certificat d’aptitude professionnelle (Cap) d’ajusteur mécanicien. Nous avions un professeur de mathématiques que nous appelions Buchenwald. C’était un homme très grand, très maigre, très triste et très sévère. Il était rescapé du camp de Buchenwald, sans doute un résistant communiste qui avait été déporté là-bas, mais nous avions 13-14 ans et nous ne comprenions pas exactement ce que cela voulait dire, ni par qui et pourquoi il avait été baptisé ainsi. Nous nous moquions de lui derrière son dos mais nous en avions très peur, et il n’y avait pas le moindre chuchotement dans la classe.

J’étais nul en mathématiques et pourtant, très fréquemment, Buchenwald m’appelait au tableau pour faire un exercice, et à chaque fois je me ridiculisais devant les autres élèves. Je pensais que ce maître était un sadique ou qu’il m’avait pris en grippe. Avant d’entrer en cours de mathématiques, deux fois par semaine, j’étais saisi de peur et je tremblais lorsque venait le moment d’appeler les élèves au tableau. Pourtant, à la fin de la dernière classe de l’année, Buchenwald m’a fait venir dans son bureau

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Robert Castel

Robert Castel est un sociologue français né en 1933 et décédé en 2013. Après s’être spécialisé en sociologie et avoir commencé à travailler avec Pierre Bourdieu dans les années 1960, Robert Castel s’intéresse, dans les années 1970 et au début des années 1980, à la psychanalyse et à la psychiatrie, se rapprochant alors de Michel Foucault, dont il apprécie l’approche généalogique. Il est à l'origine…

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