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Orhan Pamuk, un jour d'automne à Istanbul

octobre 2017

#Divers

C’était il y a très longtemps, une époque où la Turquie rejetait derrière elle, patiemment, lentement, la dictature des généraux putschistes de 1980, une époque où la liberté d’expression retrouvait droit de cité, où la société réapprenait à vivre, à imaginer un futur qui ne soit pas seulement fait d’emprisonnements, de tortures et de terreur. C’était à la fin des années 1980. C’était un temps de bonheurs partagés, d’espérances à fleur de peau. À l’est de l’Europe allait tomber le mur qui amputait le continent depuis des décennies.

C’était il y a trente ans, une éternité. Aujourd’hui, la Turquie a plongé dans une tyrannie sans nom. Elle est devenue une immense prison, un pays sans avenir sinon dans la perte de tout imaginaire, de tout repère. L’État du président Erdogan traque la pensée libre, pousse les dissidents au suicide1, dénonce les artistes coupables de créer et les écrivains coupables d’écrire. Il ne reste plus qu’à s’armer de souvenirs pour reconstruire le temps d’après, qui viendra. La mémoire de la vérité des vies ne s’efface jamais. Il suffit d’un film, d’un livre.

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Vincent Duclert

Vincent Duclert, historien, est spécialiste des temps de l’affaire Dreyfus et de l’étude des génocides. Il a édité récemment, aux éditions du CNRS, les Écrits de résistance de Pierre Mendès France, et le Rapport de la Mission Génocides.

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La « post-mémoire » renvoie à ces événements traumatiques qui se sont produits dans le passé, mais dont les effets se prolongent dans le présent. Comment les accueillir en ménageant nos capacités de pensée, d’action et de création ? Ce dossier articule notre vulnérabilité aux violences de l’histoire et nos possibilités de réparation par les histoires que nous nous racontons.