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Départ des femmes de la Halle pour Versailles, le matin du 5 octobre 1789 | Musée Carnavalet, Histoire de Paris
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Au pouvoir, citoyennes !

Brève histoire des révolutions manquées

janv./févr. 2021

La « marche des femmes » de 1789 acte l’existence d’un peuple-femme, mais inaugure également une longue série de révolutions qui s’arrêtent aux frontières du genre, et excluent les femmes du cœur de l’action politique. La nouvelle vague de féminisme, dont le mouvement #Metoo constitue le figure de proue, saura-t-elle infléchir cette tendance ?

Le 5 octobre 1789, dans un Paris populaire où les victuailles manquent et où les prix s’envolent, dans un Paris révolutionnaire suspendu à la signature du roi, pressé par les députés de l’Assemblée de ratifier la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août dernier, le tocsin retentit à l’aube : les dames de la Halle appellent à manifester les ménagères si démunies et les travailleuses du petit peuple (colporteuses, fripières, domestiques, lingères, blanchisseuses, couturières, marchandes de tout et de rien, d’allumettes, de savon ou de hardes), toutes éternelles nourricières. À huit heures et demie, entre quatre mille et sept mille d’entre elles crient leur colère devant l’Hôtel de Ville ; simple halte : bientôt, elles prennent la route de Versailles pour exposer leurs griefs aux députés et, plus encore, espèrent-elles, au roi. D’abord nommé « la marche du pain », par sa parenté avec les fréquentes révoltes frumentaires féminines de l’Ancien Régime, le cortège entre dans l’histoire sous le nom de « la marche des femmes ». Ainsi est souligné, notamment sur les nombreuses gravures d’alors, le fait que, pour la première fois depuis le début de la Révolution, c’est une foule féminine qui veut en découdre avec le pouvoir monarchique. Certes, des vainqueurs de la Bastille lui prêtent main-forte et peut-être cette action est-elle, en réalité, à l’initiative des orléanistes ; le doute demeure, mais qu’importe, car cet appel ne s’adresse qu’aux femmes, cette marche e

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Yannick Ripa

Yannick Ripa est professeure en histoire contemporaine à l'université Paris-8. Spécialiste de l'histoire des femmes et du genre,  Elle a publié en 2020 Histoire féminine de la France. De la Révolution à la loi Veil, aux éditions Belin.

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Les femmes sont au cœur de nombreux mouvements sociaux à travers le monde. Au-delà de la vague #MeToo et de la dénonciation des violences sexuelles, elles étaient nombreuses en tête de cortège dans le soulèvement algérien du Hirak en 2019 ou dans les manifestations contre le président Loukachenko en Biélorussie en 2020. En France, leur présence a été remarquée parmi les Gilets jaunes et dans la mobilisation contre le dernier projet de réforme des retraites. Dans leur diversité, les mouvements de femmes témoignent d’une visibilité et d’une prise de parole accrues des femmes dans l’espace public, de leur participation pleine et entière aux débats sur l’avenir de la cité. À ce titre, ils consacrent l’existence d’un « sujet politique féminin ».