par Revue Esprit
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Les flambées de colère qui embrasent le monde agricole français depuis l’automne 2023 semblaient presque apaisées à l’ouverture de l’édition 2025 du Salon de l’agriculture, dont le calme a contrasté avec l’édition précédente. Depuis plusieurs semaines, le gouvernement menait au pas de course l’adoption par le Parlement de son projet de loi d’orientation agricole, pensé comme une réponse au mécontentement d’un secteur plus polarisé que jamais : lors des dernières élections des chambres d’agriculture, la coordination rurale et ses bonnets jaunes, considérés comme proches de l’extrême droite, ont bousculé l’hégémonie historique de la FNSEA et le principe de cogestion avec l’État que ce syndicat incarne.

Sans surprise, c’est l’écologie qui paiera le prix de la « simplification » et de la « sécurisation » promises aux agriculteurs : l’échelle des peines en cas d’atteintes à l’environnement sera revue, tandis que le gouvernement est invité à « s’abstenir d’interdire les usages de produits phytopharmaceutiques autorisés par l’Union européenne », en l’absence de solution alternative. Le texte est en revanche quasi muet sur l’accès au foncier, alors que l’installation de nouveaux exploitants est un enjeu crucial. N’y avait-il donc d’autre voie, pour répondre à une profession en souffrance, que de chercher à consolider les brèches d’un modèle productiviste dont tant d’agriculteurs savent qu’il est socialement et économiquement à bout de souffle ?

Opposer l’agriculture industrielle et paysanne comme deux modèles irréconciliables contribue à ce que notre dossier de novembre dernier nommait « le malentendu agricole ».  Caractérisée de longue date par un désir d’autonomie et de revendication de son savoir-faire, la profession fait face à une « dépossession cognitive et décisionnelle croissante », dans les mots de François Léger, engendrée par le progrès technique, l’accroissement de la taille des exploitations et la dépendance à l’agro-industrie. Des hommes et des femmes trouvent les voies pour renouer avec leur environnement et le sens de leur métier, mais l’orientation actuelle des politiques publiques ne va pas dans leur sens. Au contraire, l’encouragement au rendement comme seul étalon de l’excellence professionnelle, quel qu’en soit le coût écologique et humain, ressemble à une terrible fuite en avant.

La rédaction