par Revue Esprit
· 3 articles

Le serpent de mer du référendum est de retour dans le débat public. Après que le Premier ministre a suggéré, sans succès, d’y recourir pour sortir de l’impasse sur le budget, Emmanuel Macron a évoqué le 11 mai la possibilité d’organiser plusieurs référendums sur de « grandes réformes économiques, éducatives ou sociales ». S’il a exclu d’appeler les Français à se prononcer sur l’abrogation de la réforme des retraites, il s’y est dit prêt sur la question de la fin de vie, alors qu’une proposition de loi est en discussion sur le sujet à l’Assemblée nationale. Mais l’objectif affiché de dépassement des blocages parlementaires en masque à peine un autre : celui d’une reprise de contact avec les citoyens, un an après la dissolution ratée du printemps 2024.

En France, le recours au référendum national – dix fois depuis 1958 – est souvent pris dans une tension entre affirmation de la souveraineté populaire et tentation plébiscitaire. Mais, sous diverses formes (local ou d’initiative citoyenne) le référendum fait aussi partie de la panoplie d’outils que la plupart des démocraties mobilisent pour répondre à la demande de participation à la vie politique. Or Emmanuel Macron s’est fait une spécialité de recourir à ces outils, voire d’en inventer de nouveaux, sans tenir compte des résultats qu’ils produisent : des cahiers de doléance issus du Grand débat national de 2019 (jamais exploités) aux propositions de la Convention citoyenne sur le climat (largement édulcorées dans la loi « climat et résilience » de 2021). Dans le même temps, il n’a cessé de signifier sa défiance à l’endroit des institutions de la démocratie représentative, et des corps intermédiaires qui la font vivre.

Sur fond d’abstention croissante et de montée de l’extrême droite, qui oblige de plus en plus de citoyens à voter par défaut, réouvrir des espaces de débat autour de la chose publique relève de l’urgence démocratique. Le maniement inconséquent des outils de la démocratie participative a donc des effets particulièrement délétères, ajoutant le discrédit à la frustration. Une frustration qui crédibilise ensuite le discours des forces politiques prétendant rendre au peuple la souveraineté dont il aurait été privé. Ce n’est pas sans raison que le Rassemblement national évoque si souvent ses intentions d’organiser des référendums quand il sera au pouvoir. Et c’est pourquoi cet outil mérite mieux qu’une telle improvisation.

La rédaction