Depuis le début de l’été, l’agression russe de l’Ukraine s’est intensifiée, notamment dans la région de Kyiv. Gares, raffineries, entrepôts… la Russie frappe en masse les infrastructures, visant délibérément les civils et tout ce qui rend leur vie possible. Dans le même temps, les Russes sont appelés à participer ce week-end à des élections législatives sous contrôle, dont tous les partis opposés à cette guerre ont été exclus.
Quatre ans et demi après le début de l’invasion, un sentiment de lassitude et de déjà-vu gagne pourtant à intervalles réguliers les sociétés ouest-européennes, d’autant plus facilement quand elles sont éloignées du front, n’ont plus d’expérience directe des conflits armés depuis 1945 et peuvent encore croire celui-là détaché de leurs intérêts. Or, cette attention flottante fait le jeu du Kremlin. Vladimir Poutine, qui a toujours misé sur nos divisions, a tout intérêt à ne pas voir les Européens solidaires de l’Ukraine et bien informés de ce qui s’y passe réellement.
Cette situation rend d’autant plus nécessaires les témoignages de celles et ceux qui, journalistes, chercheurs, citoyens, peuvent aller y voir et nous dire de quoi la guerre est faite. Comme Marie Mendras, qui nous en revient, ils nous disent que la guerre n’est pas qu’une affaire de récits et de manœuvres géostratégiques. Elle est tissée des mille et une réalités d’un quotidien bouleversé, souvent sans héroïsme. Tandis que d’autres conflits meurtriers occupent à juste titre nos écrans et nos espaces mentaux, la tentation est forte de détourner le regard de ce qui se passe en Ukraine. Mais ne nous y trompons pas : la distraction et la saturation cognitive sont devenues de puissantes armes de guerre. Tandis que les Ukrainiens se battent pour défendre le droit de vivre dans des sociétés ouvertes, il nous revient d’y résister.
La rédaction